Examiner, réexaminer, par Simon Hantaï, peintre

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Ecriture rose, 1958-1959, encres et feuilles d’or sur toile 330 x 425 cm, Paris, Centre Pompidou, Simon Hantaï ©ADGAP, Paris, 2022

« L’art est témoignage de plus en plus véhément de la terreur sacrée, origine de toute expression créatrice. L’essence religieuse réapparaît impérieusement, opposant le Savoir au courant moral laïque. » (Simo Hantaï, 1956)

Peintre hongrois venu du surréalisme, comme sa compatriote Judit Reigl (1923-2020), Simon Hantaï (1922-2008), exilé à Paris à partir de septembre 1948, est passé des visions étranges nées de la libération de l’inconscient à la peinture quasi pure, d’essence matissienne.

On le connaît généralement pour ses pliages, ses toiles parfois gigantesques laissant apparaître des envols d’oiseaux blancs ou de plumes entre les surfaces peintes.

L’Atelier contemporain publie un très beau volume regroupant la plupart de ses textes et entretiens d’importance (1953-2006), pour lui qui a su rester silencieux, notamment quant au monde de l’art et de son marché, une bonne partie de sa vie, mais qui a n’a néanmoins cessé, rappelle son préfacier Jérôme Duwa, de se réexaminer.

Il écrivait en 1955 avec Jean Schuster ces lignes, dont on peut conjecturer qu’elles forment le socle de sa pensée, bien au-delà des aventures du surréalisme : « L’opinion spécifiquement surréaliste selon laquelle l’art et la poésie sont moyens autonomes d’interprétation et de transformation du monde, cette opinion de combat grâce à quoi la « poésie » de circonstance est désormais passée par l’évier de l’Histoire, mériterait, à l’heure que nous parlons, de n’être plus réduite à son rôle topique et d’être élevée à la dignité de prémices d’une poétique future. »

Richement commenté et illustré (les cahiers photographiques sont superbes, Edouard Boubat le rencontrant notamment dans son atelier de Meung en 1973), Ce qui est arrivé à la peinture est un ouvrage absolument complémentaire/indispensable des catalogues plus ou moins savants consacrés à son œuvre – une rétrospective est prévue à la Fondation Louis Vuitton (Paris) de mai à août 2022.

Grand lecteur du poète Henri Michaux, explorateur de langages et mondes inconnus, Simon Hantaï parvient à concilier lyrisme des effets et antilyrisme de la méthode, déclarant en 1974 à Alfred Macquement, dans un documentaire conçu par Jean-Michel Meurice, à propos du pliage, technique inaugurée en 1960 : « C’est l’extrême fin d’une évolution historique où on peut pratiquement constater qu’il ne nous reste rien. La peinture, à un moment donné, se réduit à ceci : « j’ai une couleur, j’ai un pinceau, je le trempe dedans, j’étale sur la surface, il ne nous reste plus rien. » Et à la fois, c’est la constatation que c’est une nécessité historique : on ne peut plus recourir à rien d’autre. »

Georges Didi-Huberman lui consacre en 1998 un livre d’entretiens intitulé L’Etoilement, où le peintre pense la toile comme « poche d’accouchement ».  

Jean-Michel Meurice est explicite : « Pour bien comprendre ces images, il faut savoir comment ont été peints ces tableaux que l’on voit là, jonchant le sol de l’atelier comme des tapis. La toile libre, sans châssis, a d’abord été froissée, pliée, repliée et ensuite aplatie. Puis la surface ainsi réduite a été recouverte d’une ou plusieurs couleurs, entièrement, sans laisser la moindre parcelle de toile blanche. Cependant l’envers des plis étant caché ne peut recevoir la couleur et forme donc des réserves qui n’apparaîtront qu’une fois la toile dépliée. C’est à ce moment-là, lorsque les plis s’ouvrent et s’écartent, qu’Hantaï découvre pour la première fois le tableau dans sa forme complète et définitive, avec le dessin blanc laissé dans la couleur par le creux des plis. »

Le Centre Pompidou, Musée national d’Art moderne, conserve la toile Ecriture rose, 1958-1959 (encres et feuilles d’or sur toile 330 x 425 cm), c’est une œuvre remarquable, un tableau liturgique, peint pendant un an, de l’Avent à l’Avent, couvert d’écritures quasi illisibles reprenant cependant les mots de la Bible et des phrases de philosophes, comprenant en outre des taches, une croix grecque ainsi qu’une étoile juive.

Dominique Fourcade et Hélène Cixous ont pu la décrire comme un exercice spirituel.

C’est un acte sacré.

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Simon Hantaï, Ce qui est arrivé à la peinture, Textes et entretiens, 1953-2006, édition établie et présentée par Jérôme Duwa, L’Atelier contemporain, 2022, 296 pages

L’Atelier contemporain – site

Exposition Simon Hantaï à la Fondation Louis Vuitton (Paris), mai-août 2022

Simon Hantaï – Fondation Louis Vuitton

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Se procurer Ce qui est arrivé à la peinture

 

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