Une amitié dans l’Allemagne nazie, par Fred Uhlman, écrivain, et Manuele Fior, illustrateur

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©Manuele Fior

« Je peux me rappeler le jour et l’heure où, pour la première fois, mon regard se posa sur ce garçon qui allait devenir la source de mon plus grand bonheur et de mon plus grand désespoir. C’était deux jours après mon seizième anniversaire, à trois heures de l’après-midi, par une grise et sombre journée d’hiver allemand. »

Vous avez lu peut-être le célèbre roman bref de Fred Ulhman (1901-1985), L’ami retrouvé (1971), racontant l’amitié entre un enfant juif, Hans Schwarz, fils de médecin ayant servi dans l’armée allemande durant la Première Guerre mondiale, et un jeune fils d’ambassadeur, Conrad von Hohenfels, issu d’une illustre ascendance teutonne de confession protestante, dont la famille est farouchement antisémite.

Nous sommes à Stuttgart en 1932, le parti nazi progresse, les dogues seront bientôt au pouvoir.

Les deux garçons se découvrent, s’admirent, s’aiment, et se désirent peut-être, avant que la haine d’Etat ne pousse Hans à s’exiler aux Etats-Unis – où il deviendra avocat, comme l’auteur, écrivain et peintre britannique d’origine allemande s’étant enfui en Angleterre à la suite de l’élection d’Adolf Hitler -, et ses parents à se suicider par le gaz.

L’histoire est édifiante, j’aime la transmettre, comme le film très réussi (lumières de Bruno de Keyzer), sorti en 1989, que réalisa l’Américain Jerry Schatzberg, librement adapté (Harold Pinter signe le scénario) de ce roman au succès mondial.

Paraît aujourd’hui chez Gallimard associé à Futuropolis une nouvelle édition de ce livre avec des illustrations de Manuele Fior, soit une nouvelle façon de le faire connaître qui m’enchante.

Le format est assez grand, le texte respire, les dessins de Manuele Fior sont clairs, expressifs, très beaux.

Lire vraiment, c’est relire.

Je retrouve des phrases qui ne m’ont pas quitté depuis ma première lecture : « Il entra dans ma vie en février 1932 pour n’en jamais sortir. Plus d’un quart de siècle a passé depuis lors, plus de neuf mille journées fastidieuses et décousues, que le sentiment de l’effort ou du travail sans espérance contribuait à rendre vides, des armées et des jours, nombre d’entre eux aussi morts que les feuilles desséchées d’un arbre mort. »

J’y retrouve le professeur Herr Zimmermann, pas si mauvais bougre mais quelque peu obséquieux, bientôt remplacé par un idéologue nazi, Herr Pompetzki.

J’y retrouve le goût de la camaraderie, les balades dans la Forêt Noire, le sentiment d’une distinction naturelle sans morgue de classe, les premières persécutions.

J’y retrouve la colère contre Dieu de Hans devant la maison de ses voisins entièrement brûlée, ainsi que les trois petites filles qui y résidaient.

Et cette scène, qui ne m’a pas quitté : « Mes parents sont morts, mais je suis heureux de dire qu’ils n’ont pas fini à Belsen. Un jour, un nazi fut posté devant le cabinet de consultation de mon père, portant cet écriteau : « Allemands, prenez garde. Evitez tous les Juifs. Quiconque a affaire à un juif est souillé. » Mon père revêtit son uniforme d’officier, arbora toutes ses décorations, y compris la Croix de fer de première classe, et se mit en faction à côté du nazi. Le nazi devint de plus en plus embarrassé et une foule s’assembla peu à peu. Les gens se tinrent d’abord silencieux, mais, comme leur nombre allait croissant, il y eut des murmures qui éclatèrent finalement en railleries agressives. »

Mais, au fait, pourquoi retrouvé dans le titre ? L’amitié est-elle si fragile ?

Fred Uhlman, L’ami retrouvé, traduit de l’anglais par Léa Lack, illustré par Manuele Fior, conception et réalisation graphique Didier Gonord, éditeur Alain David, Gallimard/Futuropolis, 2022, 106 pages

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Futuropolis – site

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Se procurer L’ami retrouvé

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