De la vie limbique, une année de Masterclass par Diana Lui, photographe


©Joël Saras

Après la publication en septembre 2021 du premier collectif Punctum, projet éditorial guidé par Diana Lui rassemblant des travaux photographiques d’étudiants inscrits dans le cadre du programme de mentorat artistique Masterclass – Carline Bourdelas, Nadia Bouzguenda, Françoise Evenou, Karin Fellinger, Anita Hélène -, paraît aujourd’hui un second volume tout aussi passionnant, bénéficiant comme la première édition du travail graphique superbe de Manon Muller.

Présentés sur cahiers indépendants reliés par un bandeau, les huit essais artistiques exposés ici ont pour ambition d’enrichir par leur singularité « le paysage de la photographie contemporaine ».

©Joël Saras

« La photographie, à l’image de l’écriture, précise Diana Lui, possède une étonnante manière de révéler l’inconscient, de nous emmener de l’invisible au visible tout en nous dévoilant la complexité de notre psyché et son habileté à transformer des moments de notre passé en narrations poétiques, qu’ils soient heureux, douloureux, tragiques, enfouis ou oubliés. »

Diana Lui considère en effet la photographie dans son rapport presque sacré à l’invisible, sorte de membrane ultrasensible entre les espaces du dehors et ceux du dedans.

Joël Saras, né en France en 1949, utilise la qualité des procédés de tirage ancien pour montrer sa collection d’objets hétéroclites comme s’il s’agissait d’entités douées de vie.

©Isabelle Levistre

Il ne s’agit pas vraiment d’un cabinet d’amateur, mais d’une façon de souligner la surréalité de l’ordinaire.

Les objets sont juchés sur des socles sans luxe – un cadre, des boites, des parapluies, des flacons, un livre.

Sensible aux figurines, marionnettes et fragments de poupées, Joël Saras explore, comme ses autres comparses de création, la dimension onirique de l’existant.

©Isabelle Levistre

Isabelle Levistre a construit un univers de conte noir.

Quelque chose plane, quelque chose nous regarde, quelque chose va se passer.

Mais quoi ?

Sommes-nous certains de vivre notre vie ? Ne serions-nous pas les figurants d’une vaste pièce de théâtre appelée existence ?

©Martine Henry

Martine Henry produit une photographie ensorcelée.

Des fumées, des vagues emplies de déités mystérieuses, un cratère.

La présence d’un enfant, un porche, une nature située de l’autre côté du miroir.

©Martine Henry

Des animaux, des flux, des flottaisons.

Serait-ce cela l’inconscient ?

L’Irlandaise Aisling Greally observe sa grossesse avec une grande délicatesse.

Une robe blanche sur un corps nu, un lierre, un dos-fougère.

©Aisling Greally

Le miracle de la naissance s’écrit en lumières douces, l’enfance est un envol.

Jacques Angelini se souvient de ses arrière-grands-parents et de la richesse de sa constellation familiale, notamment de son bisaïeul Louis Angelini né en 1860.

©Jacques Angelini

Nous sommes en Corse, le maquis est dense, il y a des présences christiques.

La nuit remue, le cimetière est un vaisseau amiral prêt à décoller.

©Florence Blondeau

En des teintes bleu nuit, Florence Blondeau observe la façon dont l’humain et l’animal dialoguent.

Chacun est le nom de l’autre, l’idée de séparation est inepte, le feu intérieur est ce qui nous relie.

La photographe britannique Dorrie McVeigh rejoue en des images splendides sa noyade à l’âge d’un an et quatre mois – une femme inconnue la jeta d’un pont de Battersea dans la Tamise.

L’artiste s’interroge sur l’impact réel sur sa vie future d’un événement qui n’engendra finalement pas de drame, ni de phobie de l’eau.

©Dorrie McVeigh

L’espace retranscrit en sa série intitulée The things we cannot see est d’une matière limbique troublante.

Enfin, la Polonaise Ewa Pszczulny observe en chorégraphe un ballet de fleurs et de plantes vertes et bleues photographiées sur fond noir.

L’impression est celle d’un monde végétal naviguant en nous comme autant de cellules merveilleuses.

©Ewa Pszczulny

Avec ce Punctum 2, la maîtresse de stage Diana Lui s’est transformée à n’en pas douter en sublime maïeuticienne.

Punctum #2, travail de création guidé par Diana Lui, photographes Jacques Angelini, Florence Blondeau, Aisling Greally, Martine Henry, Isabelle Levistre, Dorrie McVeigh, Ewa Pszczulny, Joel Saras, conception graphique Manon Muller, suivi de fabrication Patrick Le Bescont, 2022

https://dianalui.fr/Bio

https://www.filigranes.com/livre/punctum-1/

©Aisling Greally

©Dorrie McVeigh

©Ewa Pszczulny

©Florence Blondeau

©Jacques Angelini

https://www.filigranes.com/livre/punctum-2/

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s