Dans le Finnmark, une poétique des confins, par Cato Lein, photographe

©Cato Lein

A Polaroïd noir et blanc – insérant cependant quelques images aux couleurs altérées au centre de son ouvrage dont le papier est plus fin -, le Norvégien Cato Lein a photographié de 1980 à 2012 les territoires du Finnmark, et la région sámi du Finnmark intérieur.

Publié comme toujours avec puissance par André Frère Editions, Northern Silence est composé de portraits humains et de paysages, généralement naturels.

Les visages sont regardés dans leur mystère profond, dans une dimension archéo-poétique presque sauvage. Ils possèdent une profondeur de temps qui les rend intimidants.

©Cato Lein

Les paysages sont comme passés au charbon, ou à la poudre graphite. La suie les recouvre.

C’est très beau, très étrange, assez effrayant et d’une tonalité toute romantique : solitude du sujet dans un environnement grandiose, sublime jusqu’à la terreur, atmosphère de catastrophe inéluctable planant sur les images, présence invisible d’un rapace aux ailes noires.

La glace emprisonne les rochers, le brouillard efface les formes, le monde disparaîtra peut-être très prochainement.

Que reste-t-il de l’Eden originel ? Des traits, des surfaces ombrées, des ténèbres.

©Cato Lein

Le blanc s’impose parfois, comme un flash de conscience, ou un aveuglement de lucidité face à l’impermanence et la fragile beauté des choses.

On a formé un totem avec du bois de renne.

Qui prie-t-on ici ? Quels dieux très anciens ?

Les humains sont fatigués, les paysages eux-mêmes semblent manquer de souffle, aspirés par une nuit qui progresse.

©Cato Lein

Il neige, il faut survivre, en espérant ne pas manquer d’essence pour arriver jusqu’au prochain village.  

Tout est dessin, accords fins de géométrie, éclats de chuchotements, angoisse rentrée.

Règne ici une opacité et une matité omniprésentes : il faut contenir les émotions, de peur de sombrer dans l’immensité avaleuse de vie.

Avec la tempête, arrivent les oiseaux de la mélancolie.

©Cato Lein

On s’enfonce dans les tourbières comme on retourne à la terre originelle, fœtus à peine grandi.

Les falaises sont tranchantes, les bateaux les plus solides sont tous de frêles esquifs, les aurores boréales déchirent pour quelques instants l’impression d’effondrement.

Northern Silence est un livre magistral, sorte de road movie des confins, témoin de l’unité fabuleuse entre l’ensemble des vivants.

Parsemés d’éphélides, les visages métaphorisent les paysages qui les entourent.

©Cato Lein

Dans le Fimmark, tout est fractal.   

En préface, Sophie Allgardh précise : « Le paysage du Finnmark n’est plus le même que lorsque Cato Lein a grandi [dans le village de pêcheurs de Batsjord, sur la péninsule de Varanger]. Au cours des cinquante dernières années, il s’est réchauffé et la toundra est sur le point de disparaître. Sur les montagnes de granit dénudées du passé, la mousse pousse maintenant et les bouleaux arctiques ont été remplacés par des arbres élancés. »

Voilà, Northern Silence est un mémorial.

Cato Lein, Northern Silence, texte Sophie Allgardh, concept design Fernanda Fajardo et Joao Linneu, André Frère Editions, 2022, 128 pages

©Cato Lein

https://catolein.com/

©Cato Lein

https://www.andrefrereditions.com/livres-photo/northern-silence-par-cato-lein/

https://www.leslibraires.fr/livre/20897431-northern-silence-cato-lein-andre-frere-editions?affiliate=intervalle

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