Le silence des apparitions mystérieuses, par David Salcedo, photographe

©David Salcedo

Voici un livre de pures sensations construit comme une camera obscura mentale.

Imprimées recto-verso dans un noir et blanc très contrasté, les images de + de David Salcedo, publié en Espagne par Ediciones Posibles, se lisent et s’apparient de façon quasi aléatoire, les photographies étant réparties en deux jeux reliés par une spirale, la richesse du dispositif permettant de multiplier les pistes poétiques.

Le hasard est ici requis, mais comme il s’agit étymologiquement de la Providence de Dieu, nous sommes certains d’être dans la justesse du regard, le spectateur/lecteur étant le créateur de l’œuvre qu’il ordonne et tente de comprendre en acceptant qu’elle lui échappe – Marcel Duchamp en avait fait un principe générique de ses productions artistiques.    

Les scènes défilent, deux par deux, quatre par quatre, la combinatoire permettant des milliers de narrations et de dérives imaginaires.

©David Salcedo

On peut interpréter, froncer les sourcils, réfléchir, mais il faut surtout accepter la logique du monde flottant, et le silence des apparitions mystérieuses.

La photographie de rue rejoint l’intime, et le spectacle tranquille du vivant le royaume des Ombres.

On peut s’enchanter des surprises créées par le dialogue des formes et des matières, des rais de lumière et des ténèbres, mais l’essentiel est moins dans la fantaisie de ce qui se met en place que dans la proposition d’entrer dans un espace méditatif où tout bouge, tout fuit, tout glisse.

Le polyptique mouvant imaginé par David Salcedo conduit à une forme de vertige.

Pourquoi telle photographie plutôt qu’une autre ?

Pourquoi telles associations plutôt que d’autres ?

Pourquoi ces châteaux construits sur du sable ?

©David Salcedo

Jean-Luc Godard l’a suffisamment répété : « Il n’y a pas d’image, mais des rapports entre les images. »

Ici les rapports disent la solitude, l’étrangeté, la grâce, l’enfermement, l’espoir.

Une lumière éclaire le buste sculpté d’une jeune femme.

Un chat semble avoir tout compris.

Quelqu’un lit dans un train.

Un cœur couronné a été tagué.

Une vieille dame s’endort.

Un papillon se cogne contre une fenêtre.

©David Salcedo

La Vénus à son miroir de Vélasquez côtoie la devanture d’une chapellerie.

Apparaissent des mains, des silhouettes, parfois un visage, dans une dialectique permanente entre pesanteur et légèreté, apesanteur et gravité.

Les photographies, qui sont au nombre de soixante-six, sont parfois reprises, donnant la sensation au spectateur de voir défiler, mais dans un autre ordre, les dernières images de sa vie.

Nous sommes des figurants, ou des personnages en quête d’auteur.

Un livre nous rêve, dont le titre est presque celui d’un rhésus sanguin.

Les images coulent par nos yeux dans nos veines, on appellera cela depuis Daguerre la modernité.

David Salcedo, +, graphisme Julian Garnès, Elena Ortiz y Silvia Bancells, Ediciones Posibles, 2022, 132 pages – 500 exemplaires

https://www.salcedofoto.com/

©David Salcedo

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