
©Yamamoto Masao
« Je suis régulièrement frappé par une puissante révélation : tous les êtres vivants – et à vrai dire toutes les existences en ce monde – sont d’égale valeur. Hiérarchiser les animaux en fonction de leur intelligence, ce n’est rien d’autre qu’une invention humaine, un système de mesure qui nous arrange. » (Yamamoto Masao)
J’écris dès que je le peux sur Yamamoto Masao, dont le grand œuvre est un enchantement.
L’artiste ne craint en effet ni l’émerveillement face au spectacle de la nature, nourri par l’esprit d’enfance en lui, ni les compositions audacieuses.
On peut considérer ses photographies comme des haïkus visuels d’une délicatesse remarquable.

©Yamamoto Masao
Mais le maître japonais sait aussi percevoir la facétie en chaque situation, la solennité de ses images étant souvent imprégnée d’un humour léger.
Etre sérieux sans se prendre complètement au sérieux.
Masao a trouvé dans le motif du singe – saru dans sa langue natale – un être à sa mesure, symbole de vitalité, d’adaptabilité et d’intelligence.
Les singes représentent encore la sagesse : ils ne voient pas le mal, ne l’entendent pas, ne le propagent, ni ne le disent pas.
Publié sur beau papier ivoire par les éditions Textuel, Saru pourrait être un hommage au bouddha Amida, lié à l’ésotérisme shingon l’identifiant à la terre de béatitude.

©Yamamoto Masao
Chez Masao, la fragilité est une puissance, et la grâce une forme de surprésence.
Son art relève de la joie du fabuliste observant les animaux comme des frères humains, certes un peu spéciaux.
Les singes qu’il rencontre vivent pour la plupart dans le parc de Jigokudani (préfecture de Nagano), où il retourne chaque hiver.
Les paysages sont enneigés, et les sources d’eau chaude terriblement bienfaisantes.
Ils jouent, se bousculent, semblent méditer.
Ce sont peut-être, avance le photographe, nos véritables professeurs.
Ils sont drôles, terriblement agiles, solidaires ou solitaires, des petits clowns quand le ciel se déchire et que la mélancolie terrasse les humains.

©Yamamoto Masao
Voilà deux singes qui se blottissent tendrement, trois autre qui se serrent, et toute une ribambelle d’autres qui se balancent aux arbres.
Feu et eau, cieux et terre.
Le regardeur rêve, s’amuse avec eux, les admire.

©Yamamoto Masao
Vivez en paix, semblent-ils nous dire, votre folie de destruction nous est inconnue.
Il y a chez l’artiste international révélé d’abord aux Etats-Unis une profonde conscience de l’unité du vivant : chacun a sa place, mais chacun participant au concert général de l’existant, les humains devant apprendre des plus petits qu’eux.
Masao nous donne une leçon de sérénité et de bonheur simple : « Nous parlons souvent de sauver la planète, mais je crois que nous devrions commencer par nous remettre en question et chérir la vie qui existe juste sous nos yeux, plutôt que de nous faire du souci pour la Terre. »

Yamamoto Masao, Saru, direction artistique Nakajima Reiko, retouche image Ikumo Motosugi, design graphique Agnès Dahan Studio, traduction Seiko Uyeda/Marie Delaby, relecture Marie Delaby/Bronwyn Mahoney, fabrication Camille Desproges, photogravure Les Artisans du Regard, éditions Textuel, 2026, 104 pages

https://www.yamamotomasao.com/
https://www.editionstextuel.com/catalogue/photographie/voir-tout
Ouvrage publié avec le soutien de la Fondation Sasakawa

Exposition monographique : Galerie Camera Obscura (Paris), du 12 juin au 1er août 2026
https://www.galeriecameraobscura.fr/expositions.html

©Yamamoto Masao
Expositions collectives : Festival L’été photographique de Lectoure, du 11 juillet au 20 septembre 2026 ; Modèle animal, aux Rencontres d’Arles, du 6 juillet au 4 octobre 2026 ; La photographie japonaise depuis 1945, à la BnF (Paris), du 29 septembre 2026 au 31 janvier 2027
https://centre-photo-lectoure.fr/2026/05/21/inauguration-de-lete-photographique-de-lectoure-2026/
https://www.rencontres-arles.com/fr/expositions/2026/modele-animal
https://www.bnf.fr/sites/default/files/2026-05/CP-BnF-exposition-Photographies-japonaises.pdf