Le gel de la parole, et l’esprit de conversation, par Chantal Thomas, essayiste

Ah, chers amis, qu’avons-nous fait de l’art de la conversation ?8 La vulgarité mass-médiatique, le langage journalistique bas, la novlangue administrative, les mauvais livres, ne l’ont-ils pas tué, aussi bien que l’incapacité à écouter finement ce que l’autre ne dit pas – parce qu’il n’ose pas, parce qu’il ne veut pas, parce qu’il se méconnaît –…

Le Messie vaincra, par François Meyronnis, écrivain

« Finie, toute soumission au règne utilitaire. » Il existe des royautés secrètes. Le dernier venu porte toujours le visage du Christ, c’est un messager dont nous ignorons, par paresse, négligence, aveuglement, veulerie, les pouvoirs, et qui se méconnaît généralement lui-même. Il y eut à Paris un saint mourant de faim, vacillant pour une dernière fois le…

Words, lay me down, par Eric Sarner, poète

« J’écris sur Fernando Pessoa et sur la boxe, sur les mères de la place de Mai de Buenos Aires et sur Marcel Duchamp, sur le ladino, la langue des juifs d’Espagne, et sur l’art de Frank Sinatra. Je respire ainsi. Complètement. J’aime les puzzles. Les choses attendent toujours qu’on les conjugue. » Se définissant comme « voyageur-chroniqueur »,…

L’amant arabe, par Patrick Autréaux, écrivain

La femme à barbe, 1631, José de Ribera « Parce qu’il m’apportait quelque chose d’unique, qui ne fut pas l’amour et n’aura pas été seulement le sexe mais une avancée presque chaque fois renouvelée vers une limite imprévue, l’impatience de sa venue, surtout quand il ne venait pas, si elle passait forcément par les étapes…

Des femmes en mille morceaux, par Michaël Serfaty, photographe, et gynécologue

© Michaël Serfaty « Je ne trahis pas, je témoigne. Je ne révèle pas, je m’insurge. Je ne dévoile pas, je crie. », écrit Michaël Serfaty, gynécologue et photographe. Depuis trente ans, dans un volumineux carnet d’artiste – composé de dessins, de bouts de scotch, de ficelles et de tissus, d’images collées, de menus objets, de tickets…

Yannick Haenel en roue libre, une adresse à Sainte-Anne

« A mes yeux, la question que pose la littérature est simple : où est-on encore en vie ? (…) Je voue ma vie à chercher ce lieu, dont je pense qu’il a lieu dans la parole. Et non seulement je le cherche, mais j’en fais l’expérience. »  Inlassablement, livre après livre, phrase après phrase, Yannick Haenel ne…

My chief happiness manager est un salaud, par la revue Lignes, n°62

Le dernier numéro de la revue Lignes (62), consacré aux « mots du pouvoir et au pouvoir des mots », est excellent, qui offre à ses contributeurs la participation à un dictionnaire critique permettant, à la façon de Victor Klemperer, ou de Eric Hazan, de faire un état des lieux des maux langagiers pourrissant notre…

Lettre à Samuel Beckett, par Yannick Haenel, écrivain

J’ai reçu de Yannick Haenel copie d’une lettre écrite pendant le confinement pour Samuel Beckett, texte lu un soir pour la radio-télévision belge. Il est inédit en français. Je vous le transmets, sans commentaire, comme on se passe le feu en silence, alors que gagnent les ténèbres. « Montreuil, le 1er mai 2020 Cher Samuel Beckett,…

Le théâtre & le malaise des cœurs, par Pascal Rambert, et la revue Parages

J’essaie de ne manquer aucun des numéros de l’excellente revue semestrielle du Théâtre National de Strasbourg, Parages (fondée par Stanislas Nordey, conçue et animée par Frédéric Vossier) dont l’ensemble – sept volumes à ce jour – forme déjà un panorama très riche de la création théâtrale contemporaine. Consacré à Pascal Rambert, son dernier numéro est…

Eloge du corps vivant, par Bernard Andrieu, philosophe (1)

Philosophe et professeur de Staps à l’université Paris-Descartes/Université de Paris, Bernard Andrieu élabore une pensée parmi les plus stimulantes qui soient, proposant une réflexion d’ampleur sur le lien entre le corps vivant et la conscience que peut en avoir le corps vécu. Le chercheur appelle ainsi émersiologie l’éveil du corps vécu par l’intelligence du corps…