Tout est détruit, rien ne l’est, par Philippe Sollers, écrivain

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Délos, Cyclades, Grèce

Il y a indéniablement une forte dimension gnostique dans l’œuvre de Philippe Sollers, le simple relevé de quelques titres en témoigne : Paradis (1981), Le Lys d’or (1989), Illuminations (2003), Une Vie divine (2006), Discours parfait (2010), Médium (2014), L’Ecole du mystère (2015), et le dernier-né, le plus explicite peut-être, Graal.

Peu s’en sont rendus compte, mais Philippe Sollers est un Atlante, soit, dans l’écoulement immobile du temps et l’éternel retour du même, un de ces élus ayant vécu/vivant encore pleinement dans l’île mythique de l’Atlantide, soit, pour en donner une représentation à peu près concrète, Venise/l’île de Ré – où le navigateur à l’encre bleue sera enterré.  

Pour être un élu, il faut avoir été désigné et spécialement initié lorsque l’on est jeune homme par des femmes, tantes attentives ou prostituées, aux profondeurs du savoir sexuel (jouissance à sec, plaisir féminin, rire).

Qui penserait qu’un homme né en 1936 ne possède physiologiquement plus toute sa tête/mémoire, et encore moins sa substance vitale, se tromperait grandement.

Voici donc Graal, soit un scandale qui sera probablement inaperçu par les sept milliards d’humanoïdes genrés courant à leur perte en applaudissant frénétiquement devant le spectacle de leur propre déchéance.

Il y a les somnambules, et les quelques autres, solitaires, chanceux, régnant sur leur propre royaume.

Mais qu’est-ce que le Graal ? une coupe ? un vase ? un fantasme ? Non, le verbe absolu créateur de monde, cette Parole primordiale décrite notamment dans les traités tantristes, et que Saint Jean appelle Dieu.

« Le cri d’amour sonore, impossible à simuler, est un écho de la Parole Suprême. La majorité des mâles hétéros sont sourds, et se laissent facilement abuser. »

L’amour est un miracle, mais il existe : « L’amour, on ne le sait pas assez, consiste à trouver quelqu’un qui vous touche où il faut, quand il faut. Pour un Atlante conscient, une telle rencontre est exceptionnelle et comporte une chance sur des millions. »

Bien entendu, rater cette chance serait criminel, de l’ordre d’une damnation éternelle.

« La vraie vie, écrit l’ésotériste migrant (passage qui enchantera sûrement Valentin Retz et Catherine Millot), consiste à vivre sa propre mort. Pas LA mort, mais SA mort. C’est une révélation très tardive, une révolution radicale. En langage théologique, dans la résurrection des morts, il s’agit des ‘corps glorieux’. »

Le Mal ? « Il y a un Graal de vie, unique, et apparemment introuvable, mais il y a aussi un Graal de mort, qui, lui, est légion, et plein de répliques. Qui possède l’arme atomique possède le Graal de mort. »

Trop en dire exposerait l’initié à un déchaînement d’incompréhension et de haine, il sera discret, secret, essentiellement silencieux, et s’enchantera des intersignes parsemant son quotidien.

« Pour l’instant, le réfugié atlante rêve qu’il est à Jérusalem, en train de participer, de nuit, au Saint-Sépulcre, à une cérémonie à laquelle il ne comprend pas grand-chose, mais dont il devine qu’elle appartient à l’Eglise invisible, fondée ici par Jean, il y a deux mille ans. Peu importe, il n’a pas besoin d’explications, sa foi le soutient et le porte, il pense toujours que toutes les choses obscures doivent être éclairées un jour. C’est un homme des lumières, fait pour la nuit. »

Et le tombeau est vide.

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Philippe Sollers, Graal, Gallimard, 2022, 72 pages

Site Gallimard

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