Vie, mort, vie, par Thibault Biscarrat, poète

Orphée, 1865, Gustave Moreau « Aujourd’hui, voici, la solitude m’assiège mais mon cœur n’a pas peur. Il existe un lieu, une voix, un destin. » Thibault Biscarrat écrit des livres où la parole brûle. Des livres où résonnent les mots du Christ repris par Saint Luc : « J’apporte le feu sur la Terre et qu’ai-je voulu sinon qu’il…

Tout est détruit, rien ne l’est, par Philippe Sollers, écrivain

Délos, Cyclades, Grèce Il y a indéniablement une forte dimension gnostique dans l’œuvre de Philippe Sollers, le simple relevé de quelques titres en témoigne : Paradis (1981), Le Lys d’or (1989), Illuminations (2003), Une Vie divine (2006), Discours parfait (2010), Médium (2014), L’Ecole du mystère (2015), et le dernier-né, le plus explicite peut-être, Graal. Peu s’en…

Le sang d’un poète, par Jean-Jacques Schuhl, écrivain

Autopotrait aux gants, 1498, Albrecht Dürer « Ce soir j’étais sorti tard, je me promenais seul, couvert de bouts de papier, de coupures déchirées de journaux, je m’en étais distraitement enroulé autour des poignets, ça faisait des bandelettes en bracelets avec l’actualité dessus, et puis d’autres sortaient de mes poches, et j’avais oublié d’enlever de ma…

Dans l’ascension du chant, par Thibault Biscarrat, poète

« Des milliers de chants s’enroulent en des soieries de bonheur. Des milliers d’êtres s’abreuvent au plus près de la source et cheminent. Un, éternellement, parmi la grâce d’être né, voici le délice des mots, des saisons, de l’extase d’être là, jeté au monde. » Si l’on considère que le lyrisme est essentiellement célébration du génie de…

Un talisman redoutable, par Thibault Biscarrat, poète

©Marc Biscarrat « Sur nos fronts l’orage, sur nos lèvres l’orage, et pourtant tout reste à dire de cette percée dans l’obscur. Dire qu’un aède habita des cieux teintés de foudre, d’insomnie. Dire ce nom qui s’efface, les grands retours, l’homme, en retrait, qui pleura. » C’est entendu, nous accédons chaque jour à un point de non-retour…

Le Messie vaincra, par François Meyronnis, écrivain

« Finie, toute soumission au règne utilitaire. » Il existe des royautés secrètes. Le dernier venu porte toujours le visage du Christ, c’est un messager dont nous ignorons, par paresse, négligence, aveuglement, veulerie, les pouvoirs, et qui se méconnaît généralement lui-même. Il y eut à Paris un saint mourant de faim, vacillant pour une dernière fois le…

L’amant arabe, par Patrick Autréaux, écrivain

La femme à barbe, 1631, José de Ribera « Parce qu’il m’apportait quelque chose d’unique, qui ne fut pas l’amour et n’aura pas été seulement le sexe mais une avancée presque chaque fois renouvelée vers une limite imprévue, l’impatience de sa venue, surtout quand il ne venait pas, si elle passait forcément par les étapes…

Une aura d’absence, Mallarmé, par Cynthia Fleury, philosophe, psychanalyste

Et la disparition élocutoire du poète, vous en pensez quoi ? Reprise en Folio d’un essai étonnant de la philosophe Cynthia Fleury paru en 2001 aux Editions de l’écart, Mallarmé et la parole de l’imâm est une formidable réflexion sur le silence en poésie et le verbe créateur. L’auteure y risque sa pensée, lance des hypothèses,…

Translaturi me salutant, un entretien avec James Joyce, écrivain catholique

« Il est étrange, Monsieur Hoffmeister, que tous les instants de cet été me semblent des plus sacrés. » Il faut imaginer James Joyce entouré de langues de feu, écrivant pendant près de quinze ans Finnegans Wake dans une Pentecôte ininterrompue. En France, peu nombreux sont les aventuriers ayant tenté de traduire ce monument, don du Verbe,…

Le théâtre & le malaise des cœurs, par Pascal Rambert, et la revue Parages

J’essaie de ne manquer aucun des numéros de l’excellente revue semestrielle du Théâtre National de Strasbourg, Parages (fondée par Stanislas Nordey, conçue et animée par Frédéric Vossier) dont l’ensemble – sept volumes à ce jour – forme déjà un panorama très riche de la création théâtrale contemporaine. Consacré à Pascal Rambert, son dernier numéro est…

Entre crime et sainteté, Dostoïevski, par Julia Kristeva

« Bien avant, et très tôt, Dostoïevski avait réalisé que l’explosion épileptique, ses auras, ses douleurs et peurs le mettaient au contact avec une dimension essentielle de la condition humaine : avec l’avènement et l’éclipse du sens. » J’ai connu une étudiante albanaise, venue en France dans l’espoir d’y étudier Sartre et Camus. Elle était…