Le daguerréotype, invention majeure, par François Arago, astronome, physicien et homme d’Etat

image

« M. Daguerre a découvert des écrans particuliers sur lesquels l’image optique laisse une empreinte parfaite ; des écrans où tout ce que l’image renfermait se trouve reproduit jusque dans les plus minutieux détails avec une exactitude, avec une finesse incroyable. »

Ainsi s’exprime l’astronome et physicien François Arago (1786-1853) le 3 juillet 1839 dans un discours prononcé devant la Chambre des députés intitulé Rapport sur le Daguerréotype, intervention publique débouchant sur la promulgation d’une loi accordant à Louis Jacques Mandé Daguerre une pension annuelle et viagère de 6000 francs pour son invention.

Le physicien napolitain Jean-Baptiste Porta avait inventé la chambre obscure (ou chambre noire), Daguerre, prolongeant les travaux de Niépce, invente entre 1813 et 1829 une technique, le daguerréotype, permettant de fixer, « comme dans une gravure à la manière noire ou à l’aqua-tinta », des images sur des plaques d’argent sensibilisées à la vapeur d’iode, première étape essentielle vers la mécanisation des images dont nous ne sommes pas près de voir le terme.

François Arago, que célébrera Walter Benjamin, comprend immédiatement l’importance de cette découverte française, et « à la portée de tout le monde », pouvant concerner aussi bien l’archéologue que le simple curieux, promettant un nouvel égalitarisme dans la diffusion à tous des beautés du monde.

daguerreotype-portrait-ladies-born-in-the-late-18th-century-1700s-vintage-06

Les procédés des anciens alchimistes sont entrés dans l’ère moderne. Daguerre parvient notamment à reproduire les images « avec soixante ou quatre-vingts fois plus de promptitude » qu’avec la méthode du physicien de Chalon avec qui il s’était associé en 1829. Arago précise : « Il lui fallait dix à douze heures pour engendrer un dessin », de mauvaise qualité puisque dans un intervalle de temps aussi long les ombres se déplaçaient.

Niépce utilisait du bitume de Judée réduit en poudre, ne se servant pas « d’iode comme substance sensitive ».

Dans sa communication, Arago décrit de façon précise les diverses tentatives chimiques ayant permis le perfectionnement de la reproduction des images apparaissant dans la chambre noire, un des problèmes majeurs étant d’empêcher que la lumière du jour ne dégrade l’image obtenue, « en agitant la plaque dans de l’hyposulfure de soude en la lavant ensuite avec de l’eau distillée chaude ».

den30_anonyme_001f

Mais, rien n’est si simple. Le 29 janvier 1839, Henry Fox Talbot, membre de la société royale de Londres (lire à son propos le superbe livre de Jean-Christophe Bailly, L’Instant et son ombre, Seuil, 2009), auteur du premier livre de photographies au monde, Pencil of Nature, réclame la priorité d’invention attribuée à Daguerre concernant « la fixation des images de la camera obscura » et « la conservation subséquente de ces images, de sorte qu’elles peuvent soutenir le plein soleil ».

On lui répondra que Niépce en avait de toute façon l’antériorité.

Mis au service du progrès général de l’humanité, le daguerréotype est ainsi encensé (chacun appréciera, ou pas, ou peu) : « A l’inspection des premiers tableaux que M. Daguerre a fait voir au public, chacun a songé à l’immense parti qu’on aurait tiré pendant l’expédition d’Egypte d’un moyen de reproduction si exact et si prompt ; chacun a été frappé de cette réflexion que si la photographie avait été connue en 1798, nous aurions aujourd’hui des images fidèles d’un bon nombre de tableaux emblématiques dont la cupidité des Arabes et la vandalisme de certains voyageurs ont privé le monde savant. »

D’une utilité scientifique indéniable, l’invention de Daguerre se propagera très vite, en attendant un autre inouï, la reproduction des couleurs.

Et Arago de conclure : « Grâce à tant d’efforts couronnés de succès, la photographie a atteint, en peu d’années, une perfection inattendue ; cet art s’est répandu dans toutes les parties du monde avec une rapidité que je n’aurais osé espérer à l’époque où il prenait naissance et où, selon certaines personnes, je lui prédisais cependant un trop brillant avenir. »

book_825_image_cover

François Arago, Le Daguerréotype, Allia, 2018, 96

Editions Allia

main

Se procurer Le Daguerréotype

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s