Viendront d’autres horribles travailleurs, Arthur Rimbaud, Lettres de la vie littéraire

le

arthur_rimbaud_2-74ebb-94bda

On les a lues, on en connaît pour certaines des passages par cœur, mais bien entendu elles restent pour une grande part à redécouvrir.

Il s’agit desdites Lettres de la vie littéraire d’Arthur Rimbaud, rassemblées et commentées par Jean-Marie Carré dans la collection L’Imaginaire de Gallimard.

L’édition n’est pas particulièrement savante, on s’en contentera, car, dans le désert ou à peu près (imaginez un café, à Calais, un dimanche matin, quand la ville a froid, radio à fond), la moindre lueur donne des raisons d’exister encore.

Jean-Marie Carré distingue quatre étapes, Le collégien (1870), Le voyant (1871), Le malade (1872), Le maudit (1873-1875).

Je prends, j’ouvre, je lis, je note, je médite, je recopie :

« enfant touché par le doigt de la muse »

« Ma ville natale est supérieurement idiote entre les petites villes de province. »

« trois cents pioupious, cette benoîtes population gesticule, prud’hommesquement spadassine »

« vous n’êtres plus professeur, maintenant, j’espère !… »

« Je m’embête affreusement à adorer la liberté libre et un tas de choses que « ça fait pitié n’est-ce pas ? » »

« Vous revoilà professeur. On se doit à la Société, m’avez-vous dit ; vous faites partie des corps enseignants : vous roulez dans la bonne ornière. »

« Il s’agit d’arriver à l’inconnu par le dérèglement de tous les sens. Les souffrances sont énormes, mais il faut être plus fort, être né poète, et je me suis reconnu poète. Ce n’est pas du tout ma faute.  C’est faux de dire : Je pense. On devrait dire : On me pense. Pardon du jeu de mots. Je est un autre. Tant pis pour le bois qui se trouve violon, et nargue aux inconscients qui ergotent sur ce qu’ils ignorent tout à fait ! »

« Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute. Cela m’est évident : j’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute : je lance un coup d’archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d’un bond sur la scène. »

« Si les vieux imbéciles n’avaient pas trouvé du Moi que la signification fausse, nous n’aurions pas à balayer ces millions de squelettes, qui, depuis un temps infini, ont accumulé les produits de leur intelligence borgnesse, en s’en clamant les auteurs ! »

« Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. Toutes les formes d’amour, de souffrance, de folie ; il cherche lui-même, il épuise en lui tous les poisons pour n’en garder que les quintessences. Ineffable torture où il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, où il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit, – et le suprême Savant ! – Car, il arrive à l’inconnu ! Puisqu’il a cultivé son âme, déjà riche, plus qu’aucun ! Il arrive à l’inconnu ; et quand, affolé, il finirait par perdre l’intelligence de ses visions, il les a vues ! Qu’il crève dans son bondissement par les choses inouïes et innombrables : viendront d’autres horribles travailleurs ; ils commenceront par les horizons où l’autre s’est affaissé ! »

« Donc le poète est vraiment voleur de feu. Il est chargé de l’humanité, des animaux même : il devra faire sentir, palper, écouter ses inventions. Si ce qu’il rapporte de là-bas a forme, il donne forme ; si c’est informe, il donne de l’informe. »

« La Poésie ne rythmera plus l’action ; elle sera en avant. »

Et ceci, à transmettre à tous : « Quand sera brisé l’infini servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle, l’homme, – jusqu’ici abominable, – lui ayant donné son renvoi, elle sera poète, Elle aussi ! la femme trouvera de l’inconnu ! Ses mondes d’idées différent-ils des nôtres ? – Elle trouvera des choses étranges, insondables, repoussantes, délicieuses ; nous les prendrons, nous les comprendrons. »

« Baudelaire est le premier voyant, roi des poètes, un vrai Dieu. Encore a-t-il vécu dans un milieu trop artiste ; et la forme si vantée en lui est mesquine. Les inventions d’inconnu réclament des formes nouvelles. »

« La chaleur n’est pas très amusante, mais de voir que le beau temps est dans les intérêts de chacun, et que chacun est un porc, je hais l’été, qui me tue quand il se manifeste un peu. J’ai une soif à craindre la gangrène : les rivières ardennaises et belges, les cavernes, voilà ce que je regrette. » [penser à l’agonie de Rimbaud, la poésie a son plus haut niveau lance des phrases autoréalisatrices]

A Verlaine : « Si je dois plus te revoir, je m’engagerai dans la marine ou l’armée. O reviens, à toutes les heures je te pleure. Dis-moi de te retrouver, j’irai, dis-le-moi, télégraphie-moi. Il faut que je parte lundi soir. Où vas-tu, que veux-tu faire ? »

Au Directeur du journal, Le Bosphore égyptien : « De retour d’un voyage en Abyssinie et au Harrar, je me suis permis de vous adresser les quelques notes suivantes sur l’état actuel des choses dans cette région. Je pense qu’elles contiennent quelques renseignements inédits et quant aux opinions y énoncées, elles me sont suggérées par une expérience de sept années de séjour là-bas. »

Mon voisin : Qu’est-ce qu’il a dégringolé, hier !

005721600

Arthur Rimbaud, Lettres de la vie littéraire, réunies et annotées par Jean-Marie Carré, Gallimard, 2018

Site Gallimard

main

Se procurer Lettres de la vie littéraire

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s