Le Perche au contact, par Anaïs Boudot, photographe

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© Anaïs Boudot

Dans le Perche où elle était invitée par Le Champ des Impossibles (Christine Ollier), Anaïs Boudot a photographié des granges dans la nuit, des présences fantomales, l’énigme même de ce qui apparaît.

Son art déploie ainsi un double questionnement : sur la substance du paysage, et sur la nature même de l’image.

Nous sommes à la lisière du rêve, dans une sorte de tremblement ontologique propice à l’abandon comme au doute.

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© Anaïs Boudot

On pense aux primitifs de la photographie, à Henri Fox Talbot, à la puissance symbolique des formes, à une lumière pouvant percer les ténèbres.

On pense qu’on serait bien, à quelques-uns, des amis bien choisis, dans une de ces fermes retirées de Normandie, où pourrait s’inventer un nouveau phalanstère.

Dans nos insomnies, nous pourrions, revêtus de laine, ou simplement nus les nuits d’étouffement, marcher dans les champs, et nous retrouver, à l’instinct, à l’aveugle, pour quelque sabbat nécessaire, à deux d’abord, davantage ensuite.

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© Anaïs Boudot

Le monde est peut-être en train de disparaître, mais il reste quelques pans de réalité où se réfugier, quelques images à aimer.

Impression de pictorialisme et de de visions extraterrestres.

Des pierres, des effritements, des murets et des portes en bois.

Merveille de l’héraldique des corps de ferme finement travaillés.

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© Anaïs Boudot

On est ici au pays des croisés aspirant au repos, des alchimistes discrets travaillant au rétablissement des forces fondamentales.

Des tourelles, des pigeonniers, des murs épais, un lavoir, une écluse.

Un tas de bois, des sentiers, et une épaisseur de temps déposée en chaque bâtiment rencontré par la photographe.

Dans une petite publication coproduite par Filigranes Editions & Le Champ des impossibles, Patrick Bard parle d’ensauvagement pour décrire la démarche d’Anaïs Boudot.

Le terme me plaît, c’est celui des ronces, des plantes grimpantes indociles, des illuminé-e-s.

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© Anaïs Boudot

« La pratique d’Anaïs, écrit-il, l’émancipe de l’un des principes fondateurs de la photographie : la reproductibilité de l’image. Quand je lui demande comment elle procède, elle me répond que, parfois, elle se contente de poser des objets sur du papier photo, des surfaces qu’elle a sensibilisées au préalable. Du verre, par exemple. Elle ne sait pas ce que ça donnera, elle expérimente. Ou bien alors elle mélange les techniques. Réalise un tirage pigmentaire en positif d’une photographie sur du calque qu’elle dépose ensuite sur une feuille de papier photo. Elle travaille par contact. Le positif devient négatif, le jour devient nuit. »

On a beaucoup erré, tâtonné dans l’obscurité, mais là-bas, derrière le coteau, il y a une bâtisse, un manoir un peu oublié, qui sera bientôt notre prochaine utopie.

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Anaïs Boudot & Patrick Bard, Rencontre, conception graphique Corinne App, Filigranes Editions et Art Culture & Co et Le Champ des Impossibles, 2020

Filigranes Editions

Anaïs Boudot – site

Le Champ des Impossibles

Anaïs Boudot est représentée par la galerie Binôme, Paris

Galerie Binôme

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