La fable des oiseaux, par Byung-Hun Min, Anna Cabrera et Angel Albarrán, photographes

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 © Byung-Hun Min

On les attend comme on espère le retour saisonnier des meilleurs fruits.

Ce sont les volumes migrateurs de la collection Les Oiseaux, dirigée par Philippe Séclier et Nathalie Chapuis – textes de l’ornithologue Guilhem Lesaffre – aux éditions Atelier EXB.

Les 9eme et 10eme tomes de cette encyclopédie illustrée magnifique paraissent aujourd’hui, confiés à Byung-Hun Min et au duo de photographes espagnols Anna Cabrera et Angel Albarrán.

De dimension intensément méditative, Les Oiseaux de l’artiste coréen sont des traits fragiles traversant des ciels crayonnés de gris.

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 © Byung-Hun Min

Le temps est aboli pour les marques d’une présence à la fois pure et éphémère.

L’apparition n’est jamais loin de son envers de néant, il faut savoir voir, saisir l’instant favorable, le kairos de l’oiseau et de l’homme.

Il y a dans les photographies de Byung-Hun Min une grâce provenant de la ténuité de signes faisant pourtant tenir, du peu de poids des ailes, tout l’édifice du vivant.  

L’espace est une feuille de papier tramé de fils très fins, où se posent des créatures détachées des roches ou des eaux.

Nous pourrions être dans les mers du Sud, ou sur la Côte d’Opale, ou en Corse, ou à la pointe de la Bretagne, nous sommes à l’instant de la création du monde.

Prière de ne pas déranger, de s’approcher à petits pas, de tourner les pages sans effrayer la gent ailée.

Peu de contrastes, une sensation d’évanouissement, de l’impalpable.

Des colonies d’oiseaux saisis dans leur danse secrète, et l’inconnaissable de leurs rituels.

Des marées, des marécages, des lignes très graphiques.

Pétroglyphes et aquaglyphes.

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 © Byung-Hun Min

Le nouveau Champollion n’est pas encore né, qui déchiffrera en totalité l’écriture singulière du vivant.

Dieu est la rencontre d’un roseau et d’un cygne sur une surface étale, ou un héron cendré passant en un instant de l’Asie à l’Occident.

Les pages deviennent de plus en plus blanches, le vivant rejoint l’abstraction, c’est-à-dire l’esprit s’ouvrant à ce qui le fonde.   

« Le brouillard, la lumière chiche, la pluie ou la distance que savent souvent mettre les oiseaux entre eux et nous, remarque Guilhem Lesaffre, condamnent parfois l’observateur à de pénibles frustrations. Mais ce qui est désavantage pour celui-ci devient pour Byung-Hun Min source d’inspiration par la grâce conjuguée de son regard et de sa restitution argentique. Trop lointains pour l’ornithologue exigeant, les oiseaux prennent toute leur place dans le cadre que leur alloue l’artiste coréen. »

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© Albarrán Cabrera

Esthétique très différente avec Anna Cabrera et Anegl Albarrán, tous deux nés en 1969 à Barcelone.

Utilisant des procédés de tirage très différents – platine, au palladium, cyanotype, gélatine argentique, impression pigmentée… -, le couple d’artistes catalans construit des images proches du rêve éveillé, ou du conte.

Les oiseaux sont ici des messagers ouvrant des portes de perceptions nouvelles, des guides d’une nature se situant de l’autre côté du miroir.

#749

© Albarrán Cabrera

Anna Cabrera et Angel Albarrán font entrer le spectateur dans la légende d’un monde où, sous la merveille des frondaisons, tout paraît possible.

Les couleurs sont voluptueuses, faisant quelquefois penser à celles des sérigraphies des maîtres du pop art, ou aux estampes d’Hokusaï.

Le noir & blanc  rappelle les illustrations des romans de Jules Verne édités par Hetzel, ou le film Chang (1927) réalisé en décors naturels par Ernest B. Schoedsack et Meriam C. Cooper dans la jungle du royaume de Siam.

Des cygnes se lavent sur la moire épaisse d’un plan d’eau alimenté par une cascade.

Par son vol d’éternité, l’oiseau serait-il le signe de l’immémorial ?

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© Albarrán Cabrera

Cette impulsion mystérieuse montant des profondeurs de l’être est-elle cri de paon ou d’homme déchirant la nuit ?

Exceptionnel, le travail sur le tirage fait sourdre de chaque image des profondeurs de ténèbres, ou de couleurs.

Nous sommes au Japon, dans un conte fabriqué par une cosa mentale fascinée par l’ailleurs.

Le Mont Fuji est un volcan de neige que dessine un oiseau noir.

Anna Cabrera et Angel Albarrán inventent, à la lisière du fantastique, des fables muettes dont seuls leurs oiseaux, corbeaux, sternes ou migrateurs, semblent connaître le sens ultime.

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Byung-Hun Min, Des Oiseaux, texte Guilhem Lesaffre, Atelier EXB, 2020, 120 pages – 37 photographies noir & blanc

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Anna Cabrera et Angel Albarrán, Des Oiseaux, texte de Guilhem Lesaffre, Atelier EXB, 2020, 104 pages – 66 photographies couleur et noir & blanc

Site d’Albarran Cabrera

Des Oiseaux – Atelier EXB – Albarran Cabrera

Des Oiseaux – Atelier EXB – Byung-Hun Min

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