Une histoire mondiale des femmes photographes, un engagement

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Julie Margaret Cameron, Annie, mon premier succès, janvier 1864 © Digital image courtesy of the Getty’s Open Content Program

Après la parution récente chez Actes Sud dans la collection Photo Poche des trois volumes Femmes photographes, sous la direction de Clara Bouveresse, les Editions Textuel publient un ouvrage de référence intitulé Une histoire mondiale des Femmes photographes.

Conçu par les historiennes et commissaires d’exposition Lucie Lebart et Marie Robert, ce livre impressionnant donnant uniquement la parole à des autrices, non pour disqualifier celle des hommes, mais pour rendre visible des voix féminines venues des cinq continents, se présente comme un manifeste faisant suite à une longue tradition d’invisibilité des travaux féminins.

Cent soixante chercheuses, passeuses, artistes, critiques, présentent donc trois cents femmes photographes, dans une approche faisant suite aux cinq volumes de Georges Duby et Michelle Perrot, Histoire des femmes en Occident (Plon, 1990-1991).  

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Sabine Weiss, Cheval, Porte de Vanves, 1951© Sabine Weiss

Il s’agit donc de prendre position, de façon politique, dans un débat actuel renouvelé concernant la place des femmes dans la société, sur l’égalité, et de se battre, ouvrage de 504 pages à l’appui, pour une reconnaissance accrue, nécessaire, évidente.

Ce livre de nature encyclopédique pourra être complété, prolongé, enrichi, bien sûr, parce qu’il y a des manques, parce qu’il a fallu choisir, parce que les archives s’ouvrent encore, mais il fera date, tant il ouvre de perspectives et d’envies de découvrir des œuvres jusqu’alors inconnues, ou peu étudiées.

« Qui connaît aujourd’hui, écrit Marie Robert, conservatrice en chef au musée d’Orsay depuis 2011, le destin tragique de la reporter et parachutiste américaine Dickey Chapelle, morte au Vietnam en 1965 sous les bombes ? Sait-on que l’on doit la redécouverte de l’œuvre d’Eugène Atget à l’engagement et à l’entêtement de Berenice Abbott ? Que les « photo-romances » de l’Indienne Pushpamala N. n’ont rien à envier aux séries de travestissement de l’Américaine Cindy Sherman ? Et que la publication du premier livre de photographie en 1843 est due à Anna Atkins ? »

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Pamela Singh, Carte au trésor 022, 1994-1995, peinte en 2015, Courtesy © Pamela Singh andsepia EYE

S’il faut aujourd’hui choisir la stratégie de la revendication de genre pour infléchir durablement les mentalités, nul doute que l’approche différencialiste ne soit mené, in fine, dans un but universaliste.

Présent dans tous les domaines et à toutes les étapes de la photographie, l’apport des femmes, dans le monde entier, a été le plus souvent minoré, si ce n’est purement et simplement nié.

La colère est légitime, transformée en puissance de savoir, édifié à partir d’un « vide historiographique » (Luce Lebart), ainsi cette Histoire mondiale des femmes photographes, pensé comme un ouvrage pilier dans une enquête en cours sur un discrédit, une injustice et un impensé majeurs.

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Maryam Şahinyan (Foto Galatasaray),Sans titre, Beyoğlu, Istanbul, juillet 1949 © Courtesy of Tayfun Serttaş

Bâti de façon chronologique, ponctué par de très beaux portfolios, ce volume proposant une relecture féministe de l’histoire de la photographie initie une véritable aventure de lecture.

Il n’est pas possible de tout retenir, de tout embrasser, de tout circonscrire intellectuellement, mais la base est là, faite pour durer, et enthousiasmer tant les découvertes sont nombreuses.

L’Autrichienne Trude Fleischmann (1895-1990) : « C’est comme ça que j’ai photographié, avec un cœur battant. »

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Anita Conti, Dans les bancs de Terre-Neuve, à bord du chalutier Bois-Rosé, 1952 © Anita Conti / Archives de Lorient

Evelyn Richter (née en 1930 en Allemagne) : « En ces temps de complète manipulation, nous devons nous efforcer de maintenir, face au flot d’images mensongères, une position individuelle d’auteur, conscient de sa responsabilité, digne de confiance et s’en portant personnellement garant. »

Judy Dater (née en 1941 aux Etats-Unis) : « Le corps nu – des femmes, des hommes et de moi-même – est devenu un mode d’expression important de mes idées sur la bisexualité, la politique de genre, la liberté, la vulnérabilité, la force et le caractère. »

Les photographes viennent du Canada, de l’Inde, de l’Islande, de l’Algérie, de France, de Géorgie, de Chine, de l’Australie, de la Jamaïque, de Russie, de Pologne, du Zimbabwe, de Corée du Sud, de Grande-Bretagne…, et c’est passionnant.  

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Une histoire mondiale des femmes, sous la direction de Luce Lebart et Marie Robert, préface de Sam Stourdzé, Les Editions Textuel, 2020, 504 pages

Editions Textuel

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