Jean Giono, la vérité du conteur, conversations avec Taos Amrouche

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« Ce que je fais, en présence d’amis ou en présence du personnage qui est venu passer un petit moment avec moi, j’essaie d’être aimable, de l’intéresser : son plaisir est mon plaisir, et j’essaie de lui faire plaisir en lui racontant une petite histoire que j’invente généralement sur le moment même, soit en me servant de mes souvenirs d’enfance, soit en me servant des observations que j’ai faites à travers la campagne, ou dans mes promenades avec les gens d’ici. »

On connaît certainement les interviewes radiophoniques de Jean Giono avec Jean et Taos Amrouche enregistrées à l’été 1952 (publiés en 1990 par Gallimard).

Paraissent aujourd’hui des conversations improvisées avec la seule Taos Amrouche (1913-1976) ayant eu lieu en 1954 à Manosque, et probablement, précise Christian Morzewski, à qui l’on doit cette édition, au « château de Roquefort-la-Bédoule, près d’Aubagne, chez Romée et Eliane de Villeneuve, amis de longue date de Giono ».

Artiste, écrivain, interprète de chants traditionnels kabyles, Taos Amrouche est belle, admirative, buvant les paroles d’un conteur génial.

Car Jean Giono ne cesse de fabuler, de se saisir du moindre détail pour inventer des histoires, grossir les traits, envoyer danser en une même sarabande l’ensemble des éléments du créé dans une sorte de feu mythologique incessant.

Méthode : « Vous démesurez certains traits, et vous en obtenez le pathétique. Ou quelquefois cela ne réussit pas, vous avez obtenu une sorte de monstre qu’il faut alors rejeter. Très souvent, vous en obtenez alors un pathétique qui n’a aucun rapport avec le fait vrai, et qui devient un fait avec une autre vérité. »

Ecrire pour Giono est d’abord posséder une voix, s’adresser à un auditeur directement, de visage à visage, et ne surtout pas soliloquer.

« Je disais à Gide : si au lieu de l’écriture nous ne disposions que de la voix, il y aurait peut-être un très grand déchet dans le contingentement d’écrivains, il y aurait peut-être beaucoup moins d’écrivains qu’il n’y en a… »

Pas d’amphigourisme, d’intellectualité assommante, mais la chair de la vie, le verbe incarné, le romanesque de l’existence.

Grand lecteur de La Chartreuse de Parme, amoureux de l’Italie, Giono, qui écrit alors la suite du Hussard sur le toit, Le Bonheur fou, est un symphoniste, maître des cavalcades et du chaosmos.

Pan est le véritable père des écrivains, dieu dément, dieu de toutes les épousailles.

Ecrire comme Bach, Mozart, le vent, les brebis, les châtaigniers, les montagnes, et toute la sainte création.

La vieillesse ? « je la vois venir sans terreur, absolument sans terreur car je me rends compte qu’au moment même où les passions s’assoupissent, où les forces qui se font désirer pour les passions s’assoupissent elles-mêmes, on n’a plus tellement besoin d’avoir une vie ardente, comme disait Stendhal. Il est vrai que Stendhal écrivait cela encore assez jeune. On n’a plus besoin d’ardeur, on a besoin au contraire d’une sorte de paix, d’une sorte  de terrain plat, de sentier passant dans des endroits agréables… »

Stendhalien, Giono croit en la possibilité d’identifier le mal, et, en sage, de jouir du bonheur. 

Il y a parfois des moments d’harmonie, des instants de perfection.

Un bosquet d’yeuses, une petite maison du XVIIIe siècle, un parfum, des amis, une aimée, des enfants.

« Je peux me promener à perte de vue dans des forêts qui m’appartiennent – qui m’appartiennent parce que je les compose, parce qu’elles sont non seulement les forêts que j’ai vues, les véritables forêts avec leurs arbres, leurs couleurs et leurs parfums, mais des forêts qui ont également mes couleurs, mes odeurs et mes parfums, mes propres chemins dans lesquels je rencontre mes propres animaux sauvages, et mes personnages. Tout cela est composé avec l’immense moisson qui a été faite dans tous ces temps passés avec le bonheur de tous les temps passés. »

Avec Giono, l’esprit des Chroniques est permanent dans des causeries ayant « parfois l’allure capricante » (Christian Morzewski).

L’adjectif est parfait.

Chez Pauline, la mère blanchisseuse, circulaient toute la journée les histoires.

Il semble que Jean le bleu ait mis son écriture en accord avec cette polyphonie journalière.

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Jean Giono, Propos et récits, Entretiens improvisés avec Marguerite Taos Amrouche, textes établis , présentés et annotés par Christian Morzewski, Gallimard, 2020, 222 pages

Jean Giono – site Gallimard

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Roger Salloch dit :

    pardon faute de frappe: Giono

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