Conter le contemporain, par Steve McCurry, photographe

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© Steve McCurry

Membre de l’Agence Magnum depuis 1986, Steve McCurry, né en 1950 à Philadelphie (Pennsylvanie), est une incarnation du photojournalisme de qualité à dimension mondiale, et du courage inhérent aux reporters de guerre épris d’aventures.

Autoredéfini conteur de guerre, après le scandale de la découverte, en 2016, de ses photographies quelquefois retouchées, le photographe américain n’en reste pas moins un géant.

Paraît aujourd’hui aux Editions de La Martinière – après le livre somme Une vie en images (2018) – un album de très grand format montrant pour la première fois en volume cent photographies inédites choisies par Steve McCurry tout au long de sa carrière, au Guatemala, au Népal, au Viêtnam, à Cuba, en Afghanistan, aux Philippines, en Mauritanie, au Pakistan, au Togo, en France, au Mali (liste non exhaustive).

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© Steve McCurry

Ses portraits sont saisissants par leur impression de vie, qu’il montre des personnages faisant l’Histoire (Aadam Aziz au Cachemire, photo de couverture), ou des anonymes (une femme torse nu de la vallée de l’Omo en Ethiopie).

La majesté du format offre à chaque image la chance d’un plein déploiement, le regard pouvant s’attarder longuement sur la richesse des signes, des détails, des matières.

Sur tous les continents, Steve McCurry photographie l’humaine condition, la façon dont chacun donne par son corps et ses actes un sens à sa présence au monde.

Les signes de religiosité sont omniprésents, non par bondieuserie, mais parce que la foi est un soutien et une grille de lecture, que l’on soir shintoïste, bouddhiste, musulman ou chrétien.

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© Steve McCurry

A La Havane, il vient de pleuvoir. Les couleurs sont vives et les papayes aussi vertes que le short de la jolie cubaine qui les tâte. Il y a dans le cadre onze personnages, plusieurs scènes en une, des actes parallèles, un placement des corps dans la rue quasi théâtral.

Passe à Kaboul une femme intégralement voilée de bleu près d’une voiture recouverte d’un tissu jaune canari.

S’il a beaucoup photographié les guerres, et leurs conséquences sur les civils, Steve McCurry voit le monde au-delà des drames essentiellement en coloriste, ce dont témoigne par excellence A la recherche d’un ailleurs, qu’il faut comprendre peut-être avant tout comme cet ailleurs au sein même de la réalité, plutôt que comme une volonté de s’enchanter à la façon de l’exote de la différence.

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© Steve McCurry

Quelle est la part de l’invisible dans le visible ? Quelle est la part d’inconnaissable dans ce que nous croyons connaître ? Quelle est cette autonomie du vivant transcendant les êtres ?

En cela les couleurs possèdent un pouvoir propre, comme un ordre symbolique guidant les existences et organisant le ballet des êtres dans l’espace, à Lourdes ou à Calcutta.

On aurait tort de ne considérer que McCurry que sous l’angle de la gravité, ses images, parfois quelque peu mises en scène, témoignant également de la sensation de drôlerie et d’absurde de l’existence.

Un homme en Birmanie lit son journal, le visage en pleine page d’un personnage buvant du Coca Cola se superposant au sien, belle métaphore de la mondialisation.

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© Steve McCurry

Un dentiste ambulant officie au Cachemire à même la rue : scène de soin, de torture ou d’un film burlesque ?

A Calcutta, un bouquiniste lit, assis sur la structure métallique de son échoppe, tandis que passe devant lui un chien noir : qui est le plus sage des deux ?

D’apparence documentaire, les images de Steve McCurry relèvent plutôt de l’énigme, voire du conte.

Il y a des conversations silencieuses, des visages muets, toute la force du bricolage existentiel, et, dans la misère ou la pauvreté, toujours un souci de ne pas abandonner l’esthétisation du cadre de vie devant les difficultés économiques.

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© Steve McCurry

Partout, quelles que soient les conditions sociales, le photographe montre ce besoin d’enchanter le quotidien par les couleurs, et l’insistance d’une dimension facétieuse des individus par-delà les impasses supposées.

A Mandalay, en Birmanie, un novice vêtu de rouge escalade un Bouddha couché.

En Papouasie-Nouvelle-Guinée, un père apprend à son fils mal à l’aise, un peu effaré, les codes d’une danse rituelle.   

En Inde, pour marquer l’arrivée du printemps, on s’asperge d’eau et de pigments de couleurs.

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© Steve McCurry

Invitant à la modestie, et à la relativisation de nos pratiques culturelles, l’inventivité humaine est partout incroyable, incessante, fabuleuse.

On travaille, on prie, on joue, on se peint le visage, on part en pèlerinage, on regroupe un troupeau, on coupe des arums, on récolte des fleurs de lotus, on transporte en scooter des canards entassés dans des paniers en osier, on vend des navets à même des barques sur un marché flottant.

Faisant sourire ou déroutant nos certitudes, les photographies de Steve McCurry invitent à la méditation.

Je ne peux pas le prouver, mais je suis certain que l’Américain globe-trotteur ayant couvert des conflits meurtriers un peu partout sur la planète (Iran/Irak, ex-Yougoslavie, Afghanistan, Cambodge…), a le cœur bouddhiste.  

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Steve McCurry, A la recherche d’un ailleurs, Photographies inédites, préface de Pico Iyer, édition Anne-Laure Cognet, Editions de La Martinière, 2020, 208 pages

Editions de La Martinière

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Se procurer A la recherche d’un ailleurs

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