La parole contre la peste, par Nathalie Koble, écrivain

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Nicolas Lancret, Les Oies de frère Philippe, circa 1736, huile sur cuivre. New York, The Mertropolitan Museum of Art.

« Décamérez :  du néologisme verbal décamérer, ‘sortir de sa chambre en restant confiné’ »

Après Médiéval contemporain. Pour une littérature connectée, de Zrinka Stahuljak, les éditions Macula publient dans la collection Anamnèse. Médiéval/Contemporainun autre livre excellent, Décamérez !, ouvrage de littérature de l’universitaire et spécialiste du Moyen Age Nathalie Koble.  

Ce livre faisant bien entendu référence au Décaméron de Boccace paru au milieu du XIVe siècle – dix amis ayant rejoint la campagne pour fuir la peste à Florence inventent des histoires pour tenter d’oublier, en paroles et en musique, les ravages de l’épidémie – est un hommage à la culture et à la fiction dans leur pouvoir de libération.

Ayant donné, chaque jour du premier confinement, à la revue en ligne En attendant Nadeau (direction éditoriale de Tiphaine Samoyault), dans une langue savoureuse, joueuse, inventive, une nouvelle s’inspirant de l’univers du génial écrivain toscan, accompagnée ici d’une iconographie très belle, médiévale (des miniatures) et beaucoup plus contemporaine (tableaux, photos, photogrammes), de citations d’auteurs essentiels (Pasolini, Anne Dufourmantelle, Georges Oppen, Apollinaire, Dominique Fourcade, Victor Hugo, Kafka, Jules Verne…) et de propositions musicales (Lou Reed, Purcell, Erik Satie, Gustav Malher, Alain Souchon…), Nathalie Koble produit un véritable divertissement, se détournant du mal par la grâce d’une inspiration aux multiples dimensions, à la fois savante et populaire.

Décamérez ! est donc un enchantement, ou plutôt un désenvoûtement, à lire littéralement et dans tous les sens.  

La peste en littérature, c’est Lucrère (Athènes), Boccace, Camus (Oran), mais c’est aussi désormais Nathalie Koble (Paris, le monde).

« Les histoires empruntées au quotidien de l’auteur et de ses personnages – des « nouvelles », à proprement parler -, côtoient les scenarii trouvés dans d’autres genres littéraires, reprisés et transformés, re-nouvelés, précise la facétieuse universitaire : les auteurs latins (Apulée, Valère Maxime, Ovide…), les fabliaux, les romans français, adaptés en italien (Tristan et Yseut, Lancelot, le Roman de Troie, les romans idylliques), Marco Polo, les recueils de contes et d’exempla, les textes historiques, les vies de saints, les chansonniers provençaux et italiens, les récits de croisade, les témoignages sur l’au-delà, qui foisonnent depuis le XIIe siècle et la naissance du Purgatoire… »

Ce sont des bouquets de paroles contre la mort.

Des bons vins, une bonne compagnie, de la musique de choix.

De la danse, des chants, de l’amour, des jeux, de la grâce.

L’harmonie contre le chaos.

L’imagination contre la stagnation.

Le vouloir dire, et surtout le pouvoir dire.

Des aventures, du hasard, du possible contre l’impossible.

La courtoisie contre la barbarie.

La polyphonie contre le silence.

Il y a dans les 55 nouvelles de Nathalie Koble de l’humour – beaucoup -, de la galanterie, de l’érotique, des espiègleries, de l’effroi, une variété de registres célébrant la langue dans sa plasticité, l’art de la conversation et l’inventio comme partage.

Cette amorce : « Un jour qu’elle se promenait par temps chaud, l’abbesse trouva le jardinier couché sous un amandier. Pour avoir peu à faire le jour, il avait travaillé toute la nuit. Il dormait. A cause de la chaleur, il était en chemise, ouverte. »

Cette autre : « Richard et François se connaissent bien, ils se taquinent : le premier, sur la jalousie maladive de son rival ; le second, sur le penchant (qu’il n’ignore pas) que l’autre a pour sa femme. »

Ou : « La nouvelle circula que le roi avait un ulcère que les médecins de son entourage ne parvenait pas à guérir. Gillette sauta sur l’occasion : elle savait un remède. »

Nathalie Koble ? pour une littérature médiévale transitive, actuelle, urgente, disponible, ouverte.

Soit la fidélité dans la traduction/tradition/doulce trahison.

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Nathalie Koble, Décamérez ! Des nouvelles de Boccace, postface Tiphaine Samoyault, Editions Macula, coll. Anamnèse. Médiéval/Contemporain, 2021, 288 pages – 106 illustrations couleur

Editions Macula

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