La panique, le silence, l’amour, par Gérard Berréby, poète

octbre2

« tel un éclair / le mot se fracasse / contre le mur du doute »

Le silence des mots, du poète, plasticien et éditeur Gérard Berréby, est un titre mallarméen pour un livre écrit au cœur de l’angoisse, de la menace, de la mort, et de l’ouverture par le corps, le visage, l’amour.

Après Stations des profondeurs, Joker & Mat et La Banlieue du monde, ce quatrième opus poétique est une variation sur l’absence, au monde, à soi-même, aux mots, et ce qui desserre l’étouffoir.

Comment tenir ? comment garder prise quand tout semble s’éloigner autour de soi et en soi ?

Les ombres grandissent, les amis disparaissent, il n’y a que la chute.

98 poèmes de quelques vers à une page, 98 luttes contre l’innommable, et l’ignominie.

« la fonte des neiges / au printemps / dans les Alpes / révèle de pauvres corps / engloutis / qui tentaient à l’hiver / de passer la frontière »

Qu’est-ce qui persiste dans la durée ?

Qui sont les errants du bord du monde ?

« la brique rouge / des immeubles / de la petite ceinture / où s’entassent / gens cafards / & punaises de lit »

Les épaves, les colonisés, les broyés, les dépossédés de tout.

« des bacilles / juste bons / à éradiquer »

Et pourtant, trouant les ténèbres, il y un visage « criblé d’éphélides / à l’épaisse chevelure ambrée », et « des mots solitaires » qui « tombent comme des grêlons / venus d’on ne sait où »

Le lyrisme de Gérard Berréby puise à la source de Léo Ferré, et de Paul Eluard : « la lumière s’éteint / le tonnerre gronde / le jugement / et les idées reçues / suspendues / j’entr’aperçois / la princesse / à la langue coupée / là où les chiens aboient / par la gueule du cheval / le jour point / en joyeuse saoulerie / dans la tension extrême / du manque de sommeil / beauté chaotique / au-delà du supportable / des forces vives / vers la voie royale »

Aussi du pauvre Rutebeuf.

On se suicide, on est suicidé, on a le cœur scié.  

Même les oiseaux se désespèrent.

Les corps parviennent à se trouver, mais dans quel état de mensonge pour la vérité de baisers conjuratoires.

La folie guette, André Breton, Paul Verlaine, Chris Marker, Gérard Berréby.

L’espace se rétrécit, et la neige revient, comme le risque de la vie, de l’amour, de la lave des bouches.

On meurt en masse, on a peur, on se presse contre le front d’un enfant-femme prophète.

On manque d’air, les procureurs prospèrent, comme les insomnies.

On passe, on est là, seuls ensemble dans le meilleur des cas.

008797519 (1)

Gérard Berréby, Le silence des mots, Editions Allia, 2021, 104 pages

Editions Allia

logo_light_with_bg

Se procurer Le silence des mots

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s