©Letizia Le Fur
Septième titre des éditions Rue du Bouquet, L’Origine / L’Âge d’or, de Letizia Le Fur est probablement le plus beau, et sans contexte le plus sensuel, le plus élégiaque, le plus solaire.
L’écrin est parfait – couverture cartonnée façon album BD de notre enfance, double papier permettant une lecture tantôt lisse, tantôt plus accrocheuse, grande qualité de la photogravure rendant compte d’un travail de postproduction très important sur les couleurs – pour un propos dont le substrat est mythologique, c’est-à-dire d’une possibilité de sortir de l’enfer des jours dans lequel la petite race humaine ne cesse de s’enfoncer.
Réalisées en numérique, les photographies de Letizia Le Fur possèdent un chromatisme splendide, une lumière de crépuscule romantique, une atmosphère de matin du monde.
©Letizia Le Fur
La forêt ouvre son sexe, découvrant une mer paisible, une lumière mauve, la magie d’un espace initiatique.
L’œil est sans cesse ravi, comme on le dit d’un rapt majeur : des crêtes de vagues, des sillons, des lisières, des seuils, des frontières, et des fentes, des failles, des entailles, des totalités signifiantes trouées.
La roche est volcanique, où les cactées s’épanouissent dans une luxuriance baroque et parfois drôle.
La nature jouit en une féérie polychrome exprimant une abondance dans la fécondité.
©Letizia Le Fur
Le temps a craché en ce paradis des myriades de poussières colorées, comme lors d’une fête indienne où le sacré exulte.
L’air est chaud, les bois craquent, un dieu va apparaître dans ce monde intact où la pierre, les lichens et les végétaux dialoguent avec la tourbe et les eaux primordiales.
C’est un homme nu, un plongeur puissant, une gourmandise, une sculpture vivante.
C’est d’abord une silhouette dans le lointain, une biche musculeuse entraperçue dans une clairière, Apollon en son royaume indemne.
©Letizia Le Fur
Le voici abrité par une conque rocheuse que surmontent des terrils de mousses et de fleurs fantastiques.
Un triangle d’émeraude féminin – aux îles Canaries comme à Ouessant -, une plante turgescente, c’est la naissance de l’univers.
« Avec ce don de redessiner le réel, Letizia Le Fur, écrit la commissaire d’expositions et auteure Laura Serani, transforme même la végétation la plus anodine et familière de nos campagnes en somptueuses fresques tropicales et emporte les visiteurs dans des paysages à l’échelle incertaine. »
La raison bascule, comme chez Paul Rousteau ou Emilie Traverse, emportant le regardeur dans une contrée de fête et de gloire.
©Letizia Le Fur
On est bien ici, dans ce livre, dans cet Eden, dans ces feuillages cézaniens et cette joie à la Bonnard.
Le temps n’existe plus, le présent miroite, la peau est un frisson d’amour roux.
Un tigre est endormi sur la branche épaisse d’un pin épanoui, c’est un homme attendant sa proie pour la ravir définitivement.
Letizia Le Fur, Mythologies – L’Origine / L’Âge d’or, texte (français/anglais) Laura Serani, design Bizzarri-Rodriguez, éditions Rue du Bouquet, 2021, 88 pages – 500 exemplaires
©Letizia Le Fur
Letizia Le Fur expose à la galerie Laure Roynette, du 20 mai au 17 juillet 2021
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