Des Oiseaux, par Philippe Séclier, directeur de collection et photographe

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©Rinko Kawauchi / Atelier EXB

A l’occasion de la parution du dixième volume de la collection Des oiseaux, confié à Rinko Kawauchi, j’ai souhaité m’entretenir avec Philippe Séclier, co-directeur avec Nathalie Chapuis chez Atelier EXB / Editions Xavier Barrral, de cette superbe collection.

Pendant le confinement, la photographe japonaise a observé près de chez elle, dans son quartier de la ville de Chiba, à environ quarante kilomètres de Tokyo, la façon dont se comportaient les hirondelles, notamment durant la construction de leur nid.

Ponctuant son ouvrage aux teintes opalescentes de purs paysages de ciels, l’artiste a produit une série de grande grâce, sorte de partition musicale ne craignant ni silence, ni le vide créateur.

On entendra parler ici un messager des oiseaux en un temps qui les violente comme jamais.

Comment est née la collection Des oiseaux chez Atelier EXB / Editions Xavier Barral ? Est-ce une idée première de Xavier Barral ? Comment considérait-il la gent ailée, comme dit Jean de La Fontaine ?

Oui, c’est une idée qu’avait eue Xavier Barral, parce qu’il était curieux de tout, de la nature comme de la science, de la vie sur Terre en général, et qu’il savait, comme beaucoup de gens, que les oiseaux étaient en proie à de nombreux dangers liés à l’urbanisation galopante comme à la pollution environnante. Et comme il n’avait jamais publié de collection proprement dit, depuis la création de sa maison d’édition en 2002, il s’est dit, en 2018, qu’il était temps d’en proposer une sur les oiseaux à travers le regard artistique des photographes. Malheureusement, il n’en aura pas beaucoup profité puisqu’il nous a quittés brutalement en février 2019 alors que venaient d’être publiés les deux premiers volumes consacrés à Bernard Plossu et Pentti Samallhati.

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©Rinko Kawauchi / Atelier EXB

Y a-t-il eu des évolutions formelles ou de concepts depuis ces deux premiers volumes ?

Non, aucune. C’est une collection, les photographes le savent pertinemment et l’admettent volontiers. Le format le et le principe de la couverture restent toujours le même. Seuls changent la teinte de la toile, la taille et l’emplacement de la photographie de couverture ainsi que le déroulé de chaque livre et le nombre d’images également. Enfin, l’ornithologue Gilhem Lesaffre est l’auteur attitré de chaque texte où il nous régale de sa belle plume.

La direction de la collection Des Oiseaux est bicéphale – Nathalie Chapuis et vous, Philippe Séclier. Comment vous répartissez-vous les tâches ?

Disons que je suis une tête chercheuse et Nathalie Chapuis, de par son rôle au sein d’Atelier EXB, possède davantage un rôle d’éditrice, même si nous partageons toutes les informations, afin d’avoir une vue d’ensemble la plus précise possible d’un titre à l’autre, et même si nous essayons de régler tous les problèmes ensemble. Cela concerne aussi bien l’éditing, effectué évidemment en concertation avec chaque photographe, que le suivi de production jusqu’à la publication du livre. Mais on peut parler d’un trio puisque Coline Aguettaz, la graphiste de cette collection, joue aussi un rôle essentiel dans tout ce process.

Votre collection est sur le principe infini. Comment pensez-vous son développement dans le temps ? Y a-t-il chez vous un esprit encyclopédiste ?

C’est une question que nous nous posons justement depuis peu. Nous venons de fêter, symboliquement, la publication du dixième volume – déjà ! – avec la Japonaise Rinko Kawauchi et c’est vrai que nous cherchons maintenant à publier des séries plus singulières, peut-être un peu moins « portfolio », comme au début. Vous en avez déjà eu un aperçu avec le livre de l’Américaine Terri Weifenbach où l’unité de lieu – son jardin – prévalait, comme avec celui de l’Australienne Leila Jeffreys qui a portraitisé de nombreux oiseaux dans un studio-volière. Vous serez également très surpris, à l’automne, avec le nouvel opus, consacré à Paolo Pellegrin, le photographe de l’agence Magnum que l’on n’attendait pas forcément dans ce registre-là.  Sinon, il n’y a pas de volonté encyclopédiste de notre part et la photographie animalière n’est pas dans notre registre. La collection s’inscrit dans une démarche purement artistique.

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©Rinko Kawauchi / Atelier EXB

Vous est-il arrivé de passer commande ou d’inciter tel ou tel photographe à composer un corpus ?

Oui, c’est ce qu’il s’est produit avec Rinko Kawauchi. Nous avions évidemment très envie de la voir nous rejoindre dans cette collection, connaissant bien son travail, mais étant donné le confinement, elle a préféré partir sur une série inédite et travailler en grande partie tout près de chez elle, et même dans son quartier de la ville de Chiba, à environ quarante kilomètres de Tokyo, en s’intéressant spécifiquement aux hirondelles et à leur habitat si particulier. Mais cela ne l’a pas empêché d’y adjoindre des images dans son style très reconnaissable, avec ces ciels opalescents, comme pour mieux marquer le territoire des oiseaux.  Nous tenons compte toujours de l’envie, chez certains photographes, de « casser » le rythme des photos d’oiseaux avec des photos que l’on peut qualifier d’intermédiaires, voire d’interludes. Comme si le silence pouvait aussi se faire subitement ressentir  dans un livre.

Essayez-vous de varier les géographies, donc les types d’oiseaux ? Terri Weifenbach est américaine, Yoshinori Mizutani et Rinko Kawauchi sont japonais, Graciela Iturbide est mexicaine, Michael Kenna est anglais, Albarran et Cabrera sont espagnols, Leila Jeffreys est australienne, Byung-Hun Min est coréen…

Nous regardons d’abord la pertinence du travail de chaque photographe, peu importe sa nationalité. C’est l’œuvre photographique qui prime avant tout. Mais c’est vrai que nous souhaitons ouvrir la collection au plus grand nombre de photographes internationaux, donc si possible à tous les continents. Même si, pour l’instant, nous n’avons pas encore de signature sud-américaine ni africaine, par exemple. Mais j’espère que cela sera possible prochainement. Il faut juste continuer à chercher et à faire connaître de plus en plus la collection à l’étranger. Ce à quoi nous nous employons avec toute l’équipe d’Atelier EXB !

Comment travaillez-vous avec l’ornithologue Guilhem Lesaffre, administrateur de la LPO (Ligue pour la protection des oiseaux) vivant en Bretagne ? Y a-t-il avec votre collection le souhait de faire prendre conscience, notamment aux plus jeunes, de la rareté, ingéniosité, somptuosité et fragilité des oiseaux ? 

Guilhem Lesaffre a toute liberté de réfléchir et d’écrire sur le thème et le ton qui lui conviennent pour chaque ouvrage, sachant que nous lui envoyons, bien entendu, le déroulé de chaque livre en amont. Nathalie Chapuis et moi-même sommes ravis de cette étroite collaboration parce que ses textes sont aussi très didactiques. On apprend une multitude de détails sur la vie des oiseaux, et ce dans tous les domaines y compris parfois géographique et même historique. C’est un plaisir toujours renouvelé de découvrir la prose de Guilhem Lesaffre parce qu’il nous rend toujours plus avide de curiosités. 

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©Rinko Kawauchi / Atelier EXB

Qui sont les prochains photographes sélectionnés ? Pourquoi avoir choisi un rythme de parution si intense ?

Paolo Pellegrin, pour cet automne, donc, mais pour 2022, la sélection finale n’est pas encore fixée. Nous attendons des réponses, nous devrons faire également des choix, mais nous avons en réserve plusieurs grands noms pour les années à venir, rassurez-vous… Pour répondre à votre seconde question, après les deux premiers opus, en 2018, nous étions partis effectivement sur une base très élevée en 2019 avec quatre livres par an. Je crois que c’était nécessaire pour installer rapidement la collection. La pandémie s’est ensuite installée à partir de 2020 et nous avons donc décidé de passer à deux livres par an. Histoire, aussi, de permettre à chaque livre de trouver sa place chez les libraires. Et sachant, aussi, que certains livres sont déjà épuisés, donc réédités régulièrement.  

Qui rêvez-vous de montrer, pour l’instant absent de votre catalogue ?

Pour ne pas faire de jaloux, je dirais n’importe quel oiseau capable de faire des selfies dans le ciel… Avis aux amateurs !  

Propos recueillis par Fabien Ribery

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Rinko Kawauchi, Des Oiseaux, textes de Rinko Kawauchi et Guilhem Lesaffre, ouvrage dessiné par Coline Aguettaz, fabrication confiée à Charlotte Debiolles, Atelier EXB / Editions Xavier Barral, 2021, 96 pages

Rinko Kawauchi – Atelier EXB / Xavier Barral

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©Rinko Kawauchi / Atelier EXB

Rinko Kawauchi – site personnel

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Se procurer le volume Des oiseaux, de Rinko Kawauchi

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