Par milliers, les oiseaux, par Irene Zottola, photographe

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©Irene Zottola

Lauréat de la cinquième édition du Concours de livres de photographie Photochannel 2020, organisé par la Communauté de Madrid et Ediciones Anomalas, Icaro est le premier livre d’Irene Zottola, dont les recherches portent sur les limites du médium photographique et les procédés de tirages anciens, ainsi que sur la capacité de l’image à traduire la force et la vulnérabilité du vivant.

Chacun se souvient du fils de Dédale, Icare, ayant pu s’échapper du labyrinthe créé par son père pour le roi Minos en volant par-dessus les hautes parois, à l’aide d’ailes de plumes et de cires, fondant finalement alors que le Crétois, grisé par le paysage, s’était trop approché du soleil.

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©Irene Zottola

Icaro n’est bien entendu pas la stricte illustration de ce mythe mais une réflexion en images de nature poétique sur le désir de voler des bipèdes humains soumis aux lois de la pesanteur.

Irène Zottola montre des plumes, des planches de travail comportant des bouts de scotch, des études, parfois accompagnées de textes à la façon d’une encyclopédie sauvage, sur les nids, les arbres, les nuages, les oisillons attendant la becquée.

En des images de natures très différentes, mais toujours en noir & blanc, l’artiste espagnole construit une sorte d’atlas d’associations libres particulièrement beau et inspirant.

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©Irene Zottola

L’impression générale est celle des retrouvailles avec nos dictionnaires d’enfants, dont les illustrations ont durablement impressionné des générations de jeunes lecteurs.

Collés les uns ou autres, les oisillons tremblants, à peine formés, sont pourtant ces animaux qui bientôt nous fascineront par leur liberté folle.

La forêt bruit de présences cachées, le pépiement est une eau douce.

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©Irene Zottola

Irène Zottola s’interroge, sur les plumes comme facteur de stabilité, sur l’envergure des oiseaux, sur la nidification.

L’un monte, l’autre se noie dans la mer, mais nous n’accepterons jamais la chute d’Icare.

Procédant par collages, montages, effaçages, l’auteure nous fait pénétrer dans son laboratoire de recherches peuplé d’images fragiles, blessées, puissantes.

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©Irene Zottola

Des mouettes, des hirondelles, des faisans, une buse (bonjour Flore-Aël Surun), un hibou, des volatiles moins connus.

Est-ce une plume ou quelque fougère ? Est-ce un végétal ou une expression animale ?

Y a-t-il une différence entre le trait de pinceau et l’expressivité du vol d’un membre de la gent ailée ?

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©Irene Zottola

Livre hybride, Icaro progresse par bribes, ellipses, métaphores, fragments de visions, textes coupés.

C’est très beau livre, très libre, « comme un vol de gerfauts hors du charnier natal / Fatigués de porter leurs misères hautaines, / De Palos de Moguer, routiers et capitaines / Partaient, ivres d’un rêve héroïque et brutal. » (Les Conquérants, José-Maria de Heredia, in Les Trophées, 1893)

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Irene Zottola, Icaro, textes en espagnol et anglais, Ediciones Anomalas / Communidad de Madrid, 2021, 108 pages

Ediciones Anomalas

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Irene Zottola – site

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