Pier Paolo Pasolini, une destinerrance, par Chantal Vey, photographe

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 ©Chantal Vey 

« Il est 14 heures, le restaurant est plein, je sens tous les regards occupés par mes déambulations autour de ce bâtiment insolite ! » (Chantal Vey, à Rimini, non loin du port)

J’ai toujours en tête les images en noir et blanc superbe du livre de Philippe Séclier publié en 2014 aux Editions Xavier Barral, La longue route de sable, que mon ami l’écrivain américain Roger Salloch, qui l’avait offert à sa muse Yvonne Baby, m’avait recommandé.

Inspiré du récit éponyme de Pier Paolo Pasolini paru dans le magazine à grand tirage Successo qui le commandita en 1959 (texte disponible chez Arléa traduit par Anne Bourguignon), La longue route de sable est un voyage le long des côtes italiennes parcouru par l’écrivain au volant de sa Millecento, de Vintimille à Trieste.

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 ©Chantal Vey

Décrivant à la fois la jeunesse et l’état de son pays, le grand écrivain italien ne cachait pas son bonheur de mener cette enquête au contact d’un peuple qu’il aimait tant.

Paraît aujourd’hui aux Editions Loco un ouvrage de Chantal Vey, Sur la route de Pier Paolo Pasolini, qui elle aussi a repris, seule au volant de sa camionnette, l’itinéraire pasolinien, parcourant des milliers de kilomètres,  produisant des images (photographies/vidéographies), des sons, des mots.

Il ne s’agit pas pour moi de comparer ces deux ouvrages, mais de lire à neuf le récit photographique d’une auteure vivant et travaillant généralement à Bruxelles.

Composé de photographies, de photogrammes, de dessins, de citations, mais aussi de phrases issues du journal de bord tenu par Chantal Vey, Sur la route de Pier Paolo Pasolini frappe par le calme souverain de ses images, ses paysages minéraux, sa « pudeur mélancolique » (Roberto Chiesi en préface).

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 ©Chantal Vey

Son voyage est tout autant une quête intérieure qu’une recherche concernant le paysage et l’Italie d’aujourd’hui, pour une part défigurée par des constructions jurant avec l’environnement naturel où elles sont édifiées.

Il y a chez elle une fascination pour la persistance du sauvage malgré tout, une sorte d’affût permettant de percevoir à la fois la menace et l’indemne.

Des nuages noirs s’amoncellent, la plaine est très verte, est-on vraiment en Italie ?

Loin des visions de carte postale, Chantal Vey photographie le vide, l’absence, le spectacle graphique d’infrastructures portuaires.

Ses couleurs sont le plus souvent pâles, lointaines, sans effet de joliesse.

Tiens, voici une vignette de La Dame à l’hermine (détail), de Léonard de Vinci, tableau pourtant conservé en Pologne, juxtaposé à quelque vue d’herbes hautes.

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 ©Chantal Vey

Chantal Vey varie les échelles de plan, construit des diptyques, des triptyques, voire des mosaïques d’images, l’absence est une substance, les humains n’apparaissent au mieux que comme des fragments de silhouettes.

Le monde est incomplet, il ne s’agit pas de le réparer, mais de laisser s’exprimer en lui le manque, la faille, la béance.

Le réalisateur, journaliste et écrivain italien David Grieco, ami de Pasolini, se souvient : « Avec des moyens que certains ont qualifié de « maniaques », Pasolini se battait contre la brutale « homologation totalitaire du monde », aujourd’hui en cours de réalisation, c’est-à-dire contre le processus consumériste et hédoniste qui emporterait l’individu jusqu’à le chosifier. »

En son livre en trois parties (De Trieste à Pescara / De Ventimiglia à Ostia / De Pescara à Ostia), Chantal Vey cherche des signes, des traces, des indices permettant d’établir la signature d’un pays recouvert de clichés, s’approchant du mystère de la mort en 1975 du réalisateur désespéré de Salo.

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 ©Chantal Vey

Pasolini ? Son cousin, le trompettiste Guido Mazzon, témoigne : « Tu portais des pantalons de velours ou des jeans patte d’éléphant, très à la mode. Des chemises Cacharel près du corps (tu m’en offris une) et des blousons de cuir. »

Le noir gagne maintenant les images de la photographe, la mort approche, l’espace devient à la fois intime et métaphysique, puis voici l’éblouissement, la blancheur qui aveugle, l’outre-monde peut-être.

 Sur la route de Pier Paolo Pasolini est une expérience intérieure.    

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Chantal Vey, Sur la route de Pier Paolo Pasolini, Contro-Corrente, contributions (en italien et français) de Roberto Chiesi et Guido Mazzon, direction éditoriale Eric Cez, maquette Chantal Vey et Manu Blondiau Editions Loco, 2022, 256 pages

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Chantal Vey – Editions Loco

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Chantal Vey – site

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Se procurer Sur la route de Pier Paolo Pasolini

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