De l’art comme chemin spirituel, par Zissimos Lorentzatos, écrivain

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« A bien considérer certains de ces signes, on peut comprendre que l’homme occidental, ou l’homme moderne, recherche une vision, ou un centre perdu, au-delà et en dehors des liens du rationalisme dans lesquels il s’est entravé lui-même. Or ce centre, dont la perte a déterminé toute la période de la Renaissance à nos jours, l’homme moderne le recherche de mille manières. » (Zissimos Lorentzatos)

A quoi bon l’art s’il s’agit seulement de multiplier les jeux formels ?

A quoi bon l’art si l’intellect est synonyme de dévitalisation ?

A quoi bon l’art s’il n’est pas question d’une transformation de tout l’être, d’une direction, d’un espoir, d’un réveil ?

Quelle est la place du poète dans une société bassement matérialiste et meurtrière ?

Dans un court essai publié pour la première fois en français (l’édition grecque date de 1962), Le centre perdu, traduit par Jacques Touraille, le poète, penseur et critique Zissimos Lorentzatos (1915-2004) rappelle l’importance spirituelle de l’art, faisant de son pays un lieu de fécondité et de renouvellement intime situé entre Occident et Orient. 

Cherchant à rétablir le lien traditionnel unissant art et vérité, Lorentzatos souhaite, après avoir fait le diagnostic de la crise de l’art en Europe, asséché par le rationalisme triomphant, corréler le rétablissement de la dimension métaphysique de la création avec sa dimension spirituelle.

« Il existe en Afrique, écrit l’essayiste, des verges ou des masques thérapeutiques qui perdent parfois l’énergie magique qu’ils captaient, et on les suspend en haut du mur de la case. Plus personne ne les prend. Quand ils cessent d’être utiles, on cesse de s’en servir. Quelque chose de semblable a pu advenir avec la poésie et les autres arts. Une inquiétude partout répandue, inconnue autrefois, beaucoup de doutes ou de révisions, et singulièrement e qui est arrivé, d’une part dans la pratique quotidienne de l’art, c’est-à-dire dans les œuvres nouvelles et d’autre part dans le fonctionnement de celui-ci au milieu du monde moderne, portent et orientent l’homme vers une telle vacuité. »

Oui, l’art, en perdant la notion d’œuvre, de temps long et de foi ou de croyance, est devenu pour une grande part vain, simplement décoratif, voire purement spéculatif.

Les « révolutions de laboratoire » ont quitté la source même de la poésie et de la parole vivante, qui est de réconciliation entre les vivants et les morts.

« Personne ne croit plus un mot de ce que dit le poète en notre siècle. Tous s’attachent aux paroles, non à ce qui est dit. Ils écoutent, mais ils n’obéissent pas. Le message s’est perdu. Ainsi un jour (pour eux) la poésie a cessé d’être la vérité, et la vérité a cessé d’être poésie. (…) L’art doit devenir de nouveau le travail grave qu’il a toujours été. »

En ne nous laissant plus déborder par la tradition spirituelle de notre terre, précise Zissimos Lorentzatos, nous manquons et l’art, et le peuple dont il est profondément l’expression.

La surenchère de formalisme n’est pas la solution, mais le retournement du regard, la métanoïa, la conversion.

Car tout est là, mais enfoui, méprisé, nié, si ce n’est saccagé.

« Il nous faudra de nouveau vivre vraiment pour que nous puissions de nouveau parler vraiment. »

En quittant nos attitudes et oripeaux de morts vivants, en correspondant à notre vocation première, nous rétablirons peut-être la nécessité poétique.   

« Il nous faudra comprendre que la civilisation moderne tout entière (et son art), conclut ce fils grec de José Ortega y Gasset, a partout, tant dans la forme dite capitaliste que dans la forme socialiste ou communiste, perdu le centre métaphysique éternel de la vie, ou va le perdre, et que c’est là le problème crucial de l’époque. »

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Zissimos Lorentzatos, Le centre perdu, traduit du grec par Jacques Touraille, éditions Allia, 2022, 64 pages

Editions Allia

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