L’art comme accélérateur de vie, par Bernard Plossu, photographe

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©Bernard Plossu

« Seule la sobriété fonctionne en matière de photographie. Cet art est une ascèse austère, sans recherche de l’effet. » (Bernard Plossu)

Passionné de photographie, l’éditeur et photographe Rémi Noël est un inventeur de formes.

Reposant sur une idée enthousiasmante, 36 vues est la nouvelle collection de sa maison d’édition, Poetry Wanted : donner l’opportunité à un photographe de s’exprimer, à la façon d’une intervention similaire à une lecture d’images en public, sur un corpus de trente-six images.

Le premier volume est offert à Bernard Plossu, qui revisite ses archives, révélant notamment des inédits.

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©Bernard Plossu

Il ne s’agit pas de chercher la pièce rare à tout prix, mais d’exposer des densités d’émotion, une nécessité d’art, une pensée exigeante et fraternelle.

Comme toujours le photographe vivant aujourd’hui à La Ciotat célèbre ses maîtres et/ou amis – Edouard Boubat, Paul Strand, Denis Roche, le photographe historien Jean-Claude Gautrand – comme autrefois le vieil Homère à l’orée de L’Iliade appelait en la remerciant sa muse, et d’abord l’épouse, la compagne destinale, la plus belle femme du monde, Françoise Nunez.

Plossu est un artiste moral, sincère, généreux, respectueux.

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©Bernard Plossu

Un philosophe de l’action discrète aimant les grands espaces et les ciels d’hiver, les déserts et les îles italiennes battues par le vent, les roches de la montagne et les points de vue à couper le souffle.

Le Mexique l’a exalté, libéré, propulsé, l’Arizona l’a enivré, le Niger (Agadès !) lui a fait reconnaître l’essentiel.

36 vues enseigne et fait du bien, parce que le photographe y clame à chaque instant le bonheur d’être au monde.

Rouler, prendre des trains, photographier au 50mm avec son Nikkormat – le Leica n’est pas pour lui -, ressentir une tendresse immense pour le vivant.

Un père faisant monter sur son cheval son enfant.

Deux hommes se croisant sur le pont de Galata à Istanbul sans se regarder.

La foule de Dehli.

Une jeune femme avec deux machines à écrire posées sur le capot d’une voiture à la portière arrière ouverte, à Animas dans le Nouveau-Mexique.

Un homme écoutant de la musique sur un tourne-disque dans la rue à Athènes.

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©Bernard Plossu

Le peuple polonais.

La chaleur et la belle folie madrilènes.

Des copains de randonnée sur un sentier du côté des Fonts de Cervières.

Des hirondelles.

Les amis considérables (liste non exhaustive, il faudrait plusieurs dizaines de lignes) : Bill Coleman, Luis Baylon, Eric Dessert, Wojciech Prazmowski, Pierre Devin, Patrick Le Bescont, David Le Breton, Peter Mc Arthur, Carlos Serrano, Max Pam.

Il y a parfois des fulgurances, une sorte d’inconscient photographique agissant, ainsi cette photographie prise au Portugal depuis la fenêtre d’un train – on les ferme maintenant, comme à peu près tout -, et évoquant exactement l’une des vingt-quatre planches du fameux livre Pencil of Nature de W. H. Fox Talbot, le premier livre de photographie jamais publié.

Il n’y a pas pour les grandes sensibilités de hasard, mais des chemins de rencontres nécessaires.

Les Américains sont obsédés par la tonte de leur pelouse ? Plossu sera du côté des hippies.

On nous impose le consumérisme et le matérialisme ? Il part en Egypte, en Inde, au Sénégal.

On nous vend l’hystérie et l’impossibilité de s’entendre avec sa famille ? Il photographie son premier fils Shane faisant ses premiers pas à Monument Valley, en territoire Navajo, avec tout l’amour du monde.

Ne surtout pas chercher à séduire, à épater ou à être à la mode, non, vivre « hors-saison »,

Observer simplement le dialogue secret entre un palmier, un poteau électrique et un bâti métallique à l’abandon en 1974 en Basse-Californie

« La photographie, déclare-t-il, quand on la prend à bras le corps, permet de vivre non par écrans interposés, mais en relief, avec les sons et les odeurs. »

La santé chez les Sumériens est pardon, remerciement, joie.

Il y a dans l’art photographique de Bernard Plossu un principe de santé très fort, dont il n’est pas impossible qu’il ne soit aussi de l’Antiquité mésopotamienne.

« Mais, instinctivement, on sent qu’il faut être discret, ne pas déranger, même si on croit qu’il n’y a personne. Personne, vraiment ? »

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Bernard Plossu, 36 vues, directeur de collection Rémi Noël, conception graphique Olivier Verdon, production Patrick Le Bescont, tirages Françoise Nunez et Guillaume Geneste, Poetry Wanted, 2022, 142 pages

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Poetry Wanted – site

Instagram Poetry Wanted

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  1. chantal Igier dit :

    magnifiques textes et photos !!!!!

    J’aime

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