Dalind, chantier ouvert au public, par Juan Valbuena, photographe

©Juan Valbuena / Editions Zoème

L’une des meilleures nouvelles annoncées lors des Rencontres d’Arles 2022 est la reprise par Soraya Amrane (librairie et éditions Zoème, Marseille) de l’excellente collection Cahier, auparavant publiée en collaboration avec Filigranes Editions, dont le onzième numéro est consacré au travail du Madrilène Juan Valbuena.

Né en 1973, membre fondateur de l’agence NOPHOTO, directeur de la maison d’édition Phree, Juan Valbuena s’intéresse aux territoires invisibilisés, aux zones reléguées, à ce qui relève des failles, des secrets, de l’imperceptible, de la persistance et de la destruction.

©Juan Valbuena / Editions Zoème

Dalind est une série en cours évoquant, à travers la disparition dans les dictionnaires espagnols de cet adverbe signifiant « de là-bas », le territoire de Gibraltar, et ce que pourrait être l’expérience d’une incarnation en un lieu où l’identité se trouble.

Colligeant des documents préparatoires ou définitifs de nature diverse – comme le veut le principe de la collection -, Dalind, à la couverture gris ciment comme une œuvre de l’école de Düsseldorf, est un chantier ouvert au public.

Des portraits, des paysages, des réflexions écrites, des graphiques, des listes, des légendes, et à chaque page une impression de vide, d’absence, de mélancolie voire de ruine possible.

©Juan Valbuena / Editions Zoème

Il y a des signes manifestant la présence de la mort, et le baroque spontané de l’existence.

Nous sommes à Gibraltar, Juan Valbuena appréciant les frontières, les lisières, les lieux de passages et les regards d’exil.

« Le quartier, écrit-il, se réveille avec une descente de police et des rumeurs d’arrestations : vêtements, drogues, armes, argent pour terrorisme islamique… Mille labyrinthes avec leurs mensonges associés. »

©Juan Valbuena / Editions Zoème

Appartenant à la tradition photographique documentaire, l’artiste espagnol cherche davantage l’autonomie des images que l’explicitation d’un sous-texte, préférant les photographies taciturnes aux clichés tonitruants, ou simplement illustratifs.

« Vortex. Spirale. Carrefour. Lieu stratégique. Enclave. Paradis. Enfer. Purgatoire. Limbe. Rock (The). Croisement. Territoire magique. Trou. Pôle. Béance. Foyer. Point. Ligne. Mur. Muraille. Barrière. Limite. »

L’utilisation des archives et images de communication de masse (cartes postales) percutent les visages du peuple d’aujourd’hui et les bouts de pellicule personnels, faisant entrer le spectateur dans la complexité d’un lieu, où, comme à Tanger, la réalité n’est jamais très loin de la fiction.

©Juan Valbuena / Editions Zoème

« L’idée du trou pourrait servir pour essayer de raconter cette histoire. Il y a toujours une barrière, frontière ou grille qu’il faut franchir, traverser, contourner ou saper. Il y a toujours une certaine tension entre point et ligne, entre norme et exception, entre la loi et la Loi, entre vous et moi. »

Voilà l’Espagne à partir de son limes, entre reconnaissance et chemins de redéfinition.

©Juan Valbuena / Editions Zoème

« La vie entière, conclut le photographe, a explosé : peur, mort et ruine. Langage de guerre et confinement… »

Oui, tout est à réinventer.

Juan Valbuena, Dalind, directrice de la collection Soraya Amrane, photogravure Christophe Girard, Zoème Editions, 2022

http://www.juanvalbuena.es/

©Juan Valbuena / Editions Zoème

https://zoeme.net/livre/

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