Carpes Koï, beauté de l’éphémère, par Laurent Barrera, photographe

©Laurent Barrera

Il existe, dit-on, près de six mille îles au Japon, réparties en de nombreux archipels.

Oui, mais c’est oublier les productions artistiques concernant ce pays qui sont comme d’autres terres, d’autres extensions, d’autres reflets de la beauté de l’impermanence dans l’éternel retour du même.

Koï du photographe Laurent Barrera est ainsi, en sa grâce d’écriture, un hommage au pays de l’invention des haïkus, ce titre évoquant les carpes vues dans les bassins impériaux de Tokyo lors d’un premier voyage, écailles d’or glissant contre de vertes tresses végétales.   

©Laurent Barrera

Au fil des saisons, l’artiste a observé ces navigateurs souverains dont l’inquiétante étrangeté n’est que le revers d’un suprême bien, don de la nature offert aux esthètes et rêveurs.

Série réalisée au Japon et en France, sur le Var et le long du canal du midi, de 2019 à 2022, Koï est aussi un livre d’art très soigné auquel ont collaboré la calligraphe Keiko Yokoyama et l’autrice Mélanie Bosc

Tout concourt ici à l’éveil par la puissance de la délicatesse, certaines photographies, dont la qualité pigmentaire est un ravissement de l’œil, ayant été modifiées et reprises à l’aquarelle et à l’acrylique par l’auteur.

©Laurent Barrera

Quoi de plus banal qu’une carpe ? Mais quoi aussi de plus merveilleux finalement que cette fausse affabilité de prédateur déguisé en prince débonnaire porteur de vifs atours ?

On pense, comme Philippe Chanelet Dardenne qui représente l’artiste (galerie L’embrasser, Paris), aux estampes classiques, et à tout ce que la culture japonaise doit au shintoïsme.

Nous sommes dans un cosmos aqueux où nage une carpe ayant l’âge des poissons de la création du monde.

©Laurent Barrera

Pas de précipitation, mais de brusques virées, l’animal n’est pas une ingénue, mais un redoutable danseur des surfaces étales et fantastiques.

On prend le temps d’observer, de respirer, de flotter.

Suspension.

Irisations.

Circumambulation.

Effervescence sous-marine.

©Laurent Barrera

Laurent Barrera photographie un espace intérieur, une stupeur douce, un émerveillement.

Pas de psychologie de ratiocination, mais « l’empathie envers les choses » (notion structurante du mono no aware).

Solitude d’une ligne animale traversant la moire.

C’est l’été, « l’étang s’éclaire » (Mélanie Bosc), dans la profondeur du présent tournoie le fugace habitant des ondes, noires.

©Laurent Barrera

Et la poétesse une saison plus loin d’écrire : « la nuit remue / sur le miroir de l’eau – / lune d’octobre »

On peut alors suivre l’envol du majestueux ibis, dont le long bec contient peut-être la fragile beauté, encore frémissante, de l’éphémère.

©Laurent Barrera

Laurent Barrera, Koï, préface de Philippe Chanelet Dardenne, calligraphie de Keiko Yokoyama, texte de Mélanie Bosc, graphiste Pascal Perron, 2022, 64 pages  – 500 exemplaires

https://www.facebook.com/lembrasser

https://www.laurentbarrera.com/

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