Réinventer l’enfance, par Peter Wendel, photographe

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©Peter Wendel

Après le superbe Behind the sofa – livre chroniqué le 26 octobre 2020 dans L’Intervalle -, les éditions suédoises Journal publient un second ouvrage de Peter Wendel intitulé Missing pages.

Se présentant comme un album de famille – couverture cartonnée rigide protégeant un carnet à spirales de format presque carré -, encadré de photographies prises dans les années 1960 (Mamma/Pappa/la fratrie, les amis), Missing pages est une méditation sur la mémoire, fixée par des images ayant attiré à elles l’ensemble du passé.

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©Peter Wendel

Terrible pouvoir.

Mais, bien entendu, tout cela est aussi trompeur, tant les images qui restent de notre enfance se substituent à toutes celles que nul ne prît jamais.

Tel est l’objet du projet de Peter Wendel : inventer les photographies absentes de son enfance.

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©Peter Wendel

Il y en aura vingt-deux en noir et blanc, comme les arcanes du tarot, comme un jeu de divination.

Pas d’explication, mais de purs blocs de temps recréé, le visage de profil d’un petit garçon plongé dans la réflexion, une barre d’immeuble la nuit, un couloir sombre, un banc flou probablement photographié au sténopé.  

On peut s’enchanter de telle ou telle image, beaucoup sont très belles, très silencieuses, très intenses poétiquement.

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©Peter Wendel

Je les regarde, je me laisse absorber par le cadre, je deviens poteau électrique, cristal de neige, allée de trembles, avant-bras posés sur une nappe blanche.

Il y a du sacré ici, des énigmes, des présences fantomales.

Et puis, soudain, cette photographie que j’espère en chaque livre, qui me saisira et me donnera envie de vivre.

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©Peter Wendel

Une jeune femme, une grande sœur serrant contre sa poitrine la tête de son frère y trouvant un immense réconfort.

Il porte un chemisier à carreaux, elle est d’une gravité solennelle, sa peau est douce.

Quelques bijoux, une natte, toute la force de l’amour.

La scène se déroule dans le cloître d’une église ou sous les colonnades d’un palais vénitien.

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©Peter Wendel

Cette photographie m’émeut aux larmes, parce qu’elle est une puissance de tendresse contre la guerre qui est, qui vient, qui ne cesse.

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©Peter Wendel

La jeune femme au visage noble qui réconforte son frère est une sainte.

Elle ne le sait peut-être pas, mais c’est l’un des moments les plus vrais de sa vie.

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Peter Wendel, Missing pages, editing and design Gösta Flemming, Peter Wendel, Journal, 2021

Journal Photobooks

Peter Wendel – site

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. boris dunand dit :

    « …cette photographie que j’espère en chaque livre, qui me saisira et me donnera envie de vivre. » Magnifique… et qui nourrit de tout créateur la question incessante: mais pourquoi je fais ça ? Merci, je continue de me régaler de chaque article…

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