Beyrouth, familière et étrange, par Ara Oshagan, photographe

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©Ara Oshagan

Menant une réflexion au long cours sur la notion de diaspora, le photographe arménien Ara Oshagan est l’auteur d’une trilogie questionnant le thème de l’identité, dont Displaced, le dernier volume, après Identity (2005) et Fatherland (2010), vient de paraître en Allemagne chez Kehrer Verlag. 

Ara Oshagan, dont les ancêtres ont fui le génocide arménien, s’installant au Liban – il est né à Beyrouth -, avant d’en être chassé par la guerre civile pour les Etats-Unis, se présente ainsi : « Je n’appartiens à aucun pays, ni à aucune langue, ni à aucune nationalité. »

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©Ara Oshagan

Revenu aujourd’hui dans la capitale libanaise, le photographe documentariste observe en un noir & blanc très contrasté une ville à la fois familière et étrange/étrangère.

Ara Oshagan est chez lui, mais il est aussi l’égaré ayant quitté son pays natal il y a quarante ans.

Le passé et le présent se mélangent, l’enfant qui courait partout est devenu un photographe errant à l’identité transnationale ambiguë.

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©Ara Oshagan

Beyrouth pour qui en a été chassé par la guerre ? Un abîme, un abysse, une hydre, une blessure.

Un chaos, des générations de violence, une désorientation intime.

Les réfugiés arméniens de 1915 ont rebâti en cette ville cosmopolite leur vie, quatre générations ont passé depuis.

Ici, on peut encore entendre parler l’arménien, il n’y a pas que des fantômes.

Ara Oshagan, accompagné de son ami Krikor Beledian, auteur d’un essai inséré dans le livre, a construit un récit éclaté : comment faire tenir ensemble, si ce n’est dans la forme d’une œuvre ouverte, toutes ces visions, ces pans de réalité, ces fragments de quotidien incompossibles ?

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©Ara Oshagan

Des collines, un bois, des visages dans la pénombre.

Un homme pensif grille une cigarette dans la nuit.

Une femme tend la main pour montrer de quelque hauteur sa ville : à son poignet pend une croix latine.

On danse dans un appartement, la fête est réussie, on prie ensemble, en Arménie et dans les communautés de la diaspora, depuis au moins dix-sept siècles.

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©Ara Oshagan

Les corps sont coupés, saisis à la volée, Ara Oshagan est une ombre qui fuit, va vite, c’est un chat dans un angle de rue.

Des enfants, des mobylettes, des hommes portant des sweats à capuche.

On attend, on boit un café, on commerce, on négocie, on s’énerve.

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©Ara Oshagan

L’exilé photographie le théâtre du quotidien, les enfants se glissant dans chaque interstice, comme des fumées ne pouvant être contenues.

On se regarde, s’épie, se juge, se jauge.

On ne peut pas s’oublier, chacun se tient en tenant l’autre, c’est le destin des communautés ayant conscience des menaces pouvant les disloquer.

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©Ara Oshagan

Affairements, dans les appartements, dehors, comme s’il fallait sans cesse bouger pour ne pas mourir.

Ara Oshagan a rencontré un peuple soudé dans l’adversité, mais habité par une tension constante.

Lui, le voyageur, l’étranger, l’autre, le même, traversant des espaces reconnus et perdus, est une particule cherchant à comprendre ce qui le constitue, dans la liberté et l’attachement.   

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Ara Oshagan, Displaced, text (arménien/anglais) Krikor Beledian, project managemebt Sylvia Ballhause, design and typesetting Lisa Drechsel, Kehrer Verlag Heidelberg, 2021, 160 pages

Kehrer Verlag – site

Ara Oshagan

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