Yougoslavie, mémoires d’enfance, par Ines Sebalj, photographe

©Ines Sebalj

C’est un livre souple composé d’images très belles, très douces, s’ouvrant sur le regard d’une petite fille aux yeux clairs portant couettes et chapeau dont l’étoile est un rappel de celle figurant sur le drapeau yougoslave.

A travers des photographies pour une part mises en scène, Ines Sebalj revient dans Flickan och Tito (« Le fille et Tito ») sur un moment particulièrement intense de son enfance, lorsqu’elle fut enlevée par sa mère à sa grand-mère yougoslave.

Des documents originaux issus d’enquêtes sur Ines et sa mère sont donnés en suédois (éditions Sailor Press) en fin de livre, regroupés sous un trombone, mais je ne peux les comprendre.

©Ines Sebalj

Je vais essayer de les deviner, de les rêver, de les trahir peut-être pour les réinventer.

Je vois des documents d’archives, une photo de classe (1957), un portrait d’une jeune femme appelée Marija (1965) prise à Zorkovac, actuellement en Croatie, mais aussi le visage de Tito, père de la nation, et des bâtiments de la ville de Göteborg, lieu de l’exil.

Des polaroïds d’Ines et de sa mère Marija en Suède datant de 1971.

©Ines Sebalj

Chaque image, recréée ou non, témoigne d’un mystère, d’un récit ellliptique à comprendre et reconstruire.

Fermer des portes pour en ouvrir d’autres, partir, quitter la ruralité, infléchir le destin, reprendre les choses en main.

Le passé n’est pas vraiment passé, il est en dormance, la photographie le réveille.

Le cabanon de l’enfance, le regard d’une grand-mère, les bois emplis de présence magique.

©Ines Sebalj

Le chromatisme des photographies contemporaines est très fin, quelques touches de couleur, pas plus.

Qu’aurait signifier grandir pour toujours en Yougoslavie ?

Quelle vie de femme ?

Quelle place dans le grand ballet social ?

©Ines Sebalj

Il y a du flou, des images superposées, et un véhicule filant à vive allure.

Une vieille dame en noir dont le soleil illumine le front porte des poivrons bien rouges.

Au cimetière soigné, près des vignes, reposent les ancêtres.

Il faut quitter cela, pour y revenir plus tard, plus apaisé peut-être, et loin de la folie perceptible dans le glas d’un silence recouvrant l’ensemble des images.

©Ines Sebalj

Une femme hiératique au visage grave entre dans l’eau d’une rivière.

Non loin de cette scène, Ines Sebalj a photographié des chardons épanouis.

Flickan och Tito est un livre de mémoire et de béance, de stupeur et de conscience de la beauté en chaque chose, malgré la séparation, malgré l’absence, malgré la mélancolie.

Ines Sebalj, Flickan och Tito, textes en suédois, graphisme Matilda Plöjel, Sailor Press, 2020

©Ines Sebalj

https://www.inessebalj.se/

©Ines Sebalj

https://www.sailorpress.com/Flickan-och-Tito

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Barbara Polla dit :

    Magnifique
    des très belles images de possibles non advenus.– et le texte de Fabien est comme la traduction imaginée d’une langue inconnue : found in translation…

    J’aime

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