Calme rage de l’expression, par JH Engström, photographe

©JH Engström

JH Engström ouvre ses archives, et c’est Dimma Brume Mist, publié chez VOID, livre dense, intense, sans repos, et pourtant serein.

On y voit le feu, l’audace, le flux incessant des images, des visages, des corps et des situations, jusqu’au vertige, quand l’auteur écrit : « Je ne veux pas être le feu. Je veux être la brume. »

Le photographe suédois installé en France ne hiérarchise pas, le principe de son regard est celui d’un démocratisme absolu, avec le peuple, loin des puissants ou des nantis.

©JH Engström

Dimma Brume Mist est ainsi une œuvre politique.

Il ne s’agit pas d’opposer la ville et la campagne, les moments exceptionnels de la quotidienneté et l’ordinaire des jours, ni les âges, ni les origines ethniques, ni le noir & blanc et la couleur.

Cet ouvrage de 672 pages est un acte de création total témoignant d’un œil sans cesse curieux, libre, indépendant.

 La nature expérimentale, et presque new-yorkaise, de ce corpus totalement inédit – pellicules périmées, accidents, traitement croisé, griffures, flous, couleurs aléatoires – lui confère une sensualité de matière et une électricité faisant dériver l’imaginaire tout en stimulant l’esprit.

©JH Engström

On ne sait pas où l’on est, quand, ni avec qui l’on est, mais peu importe, c’est la vie brute de nos contemporains, la rue, les paysages, les naissances, les jeux, le glas.

La couverture du livre, douce, souple et résistante, est comme une peau parcheminée, une mémoire à activer.

Des photographies défilent, comme des pans d’histoires impossibles à raconter, comme les membres dispersés d’Osiris, comme une constellation d’étoiles.

La lumière nous parvient encore, mais les astres ont chu depuis longtemps.  

Ce qu’on croit être le chaos est un cosmos, tout est en ordre, sous l’apparence du disparate.

©JH Engström

Dimma Brume Mist commence sans transition, parce que la vie n’attend pas, parce que l’urgence des sensations, parce que le rythme vif de la respiration.

Qu’est-ce qu’une photographie pour JH Engström ?

Une empreinte digitale du soleil, et de l’âme.

Esprit du paysage es-tu là ?

Esprit du gamin de la rue ?

©JH Engström

Esprit de la cabine téléphonique, de l’immeuble, des oiseaux, des arbustes, du flipper, du tronc d’arbre effondré ?

Engström saisit l’énergétique spéciale des scènes qu’il traverse, son esthétique est du domaine de l’haptique, toucher avec les yeux.

Des phrases, tels des vers, ponctuent le flot des images, formant un livre en soi : « Sur le chemin qui descend vers le lac, les larmes viennent. », « Les outils simples. », « Couper du bois. L’empiler. »

Il y a de l’élégie ici, une façon de percevoir le temps qui passe, un romantisme saisissant la substance d’une époque désorientée.

De la fragilité, des marches dans le froid, des sillons boueux.

Il faudrait analyser finement chaque diptyque, le montage créant comme chez Eisenstein une vision tierce de l’ordre du sublime.

Tout part d’une enfance passée au contact de la nature, première éducatrice, première émancipatrice, et non pas de l’art.

Le photographe erre, dévoilant ses rêveries de promeneur solitaire, notamment dans le Värmland.

©JH Engström

Il se peut que notre petite race humaine disparaisse, Dimma Brume Mist étant à la mesure de cet anéantissement d’une espèce manquant trop d’amour pour véritablement perdurer.

JH Engström n’a plus vingt ans, les énergies sexuelles ont muté, vers la compassion générale, l’abandon progressif de l’orgueil, la beauté pure, loin des canons ordinaires.

La lumière se réhausse de l’obscurité, qui s’approfondit de côtoyer les couleurs.

« Infecter le négatif avec la lumière. »

Les bois ne mentent pas, ni les rivières, ni les esseulés.

Tendresse, attention, éveil dans le somnambulisme général.

Gestes sauvages et vrais.

©JH Engström

Des passants, des végétaux, des regards.

Une odyssée avec et au-delà de la dépression.

Grâce du banal.

Le manque partout où vivent en foule les humains.

Où vont tous ces corps ? Vers le tombeau, vers le blanc, vers le noir, vers une ultime enfance.

Les images sont des écorces légères, des battements de paupières, de la rosée condensée.

Le photographe – mais la photographie existe-t-elle encore ? – écrit en son impressionnant ouvrage de méditations métaphysiques : « La vanité. Parmi les dernières choses à nous quitter. »

Accéder peut-être alors au domaine sans bord de la charité.

JH Engström, Dimma Brume Mist, VOID, 2025, 672 pages – 750 exemplaires

https://jhengstrom.org/

©JH Engström

https://void.photo/dimma-brume-mist

Signature du livre durant Paris Photo / disussion de l’auteur avec David Campany à Polycopies le 14 novembre à 17h pour le lancement officiel du livre

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