Le confinement était là, qui nous réduisait souvent, parfois nous agrandissait, en silence, en solitude, en degrés de sapience. On ne vivait plus, il fallait vivre, on pouvait craindre quelquefois de s’éteindre, ou de ne pas se réveiller. Certains inventaient des rites, des gestes de désensorcellement, des passes magiques. Chaque jour, dans ces moments où…
L’estomac contre les salons, Marlène Mocquet, par Numa Hambursin, critique d’art
Il est temps de passer à une critique d’art qui ne soit plus ironique ou essentiellement autoréférencée. Le jargon et les postures de savoir ont jeté le soupçon sur la beauté du geste de réception. L’émotion n’est pas tout, mais elle est un préalable. L’estomac contre les salons ? Bien sûr. Les tripes contre les…
De l’engagement personnel, par Paul-Louis Landsberg, philosophe
« Jeté dans un monde plein de contradictions, chacun de nous éprouve souvent le besoin de se retirer du jeu, de se mettre à l’écart « au-dessus » des événements, en spectateur détaché. » Décédé en 1944 dans le camp d’Oranienburg, auteur de Essai sur l’expérience de la mort (1937) et de Le Problème moral…
Londres, métaphore de l’écriture, par Virgina Woolf
« Comme c’est beau, alors, une rue de Londres, avec ses îlots de lumière, ses longs fourrés obscurs et d’un côté peut-être quelque espace herbeux et planté d’arbres où la nuit tout naturellement se retire pour dormir et où, lorsqu’on en franchit la grille, on entend ces petits craquements, ces petits remuements des feuilles et…
Un récit, précédé d’une note et suivi d’un commentaire, par Yannick Haenel, écrivain
Je suis en deuil, on dit cela. Ce moment est un appel de la mort, très puissant car il se présente comme apaisant. Si j’arrive à écouter ce chant, sans me laisser ensorceler d’une façon ou d’une autre, ou peut-être en me laissant ensorceler pour, finalement, renaître, j’aurai vécu une expérience. Sinon ? Rien de…
Haïti, dix ans de couleurs, par Corentin Fohlen, photographe
Nouveau livre haïtien de Corentin Fohlen, composé d’une décennie d’images inédites, Only colored est un hymne aux couleurs d’une île et d’un peuple à la vitalité peu commune. Précédé de quelques pages d’un journal tenu entre 2013 et 2019 – très bien écrit -, cet ouvrage publié sous forme de cahier agrafé, chez photopaper (Elisa…
Dans le jour et la nuit transfigurés, par Philippe Ciaparra, photographe
Paysages & Transfiguration, de Philippe Ciaparra, est un voyage intérieur de l’ordre d’une cosa mentale. A la jonction de la terre et du ciel, des dernières clartés du jour et du début du mystère, les photographies de cet artiste travaillant généralement pour la mode sont de l’ordre du sublime, notion romantique affadie par l’usage, mais…
Chienne de Terre ? Non, Terre de chiens, par Cédric Ballarati, photographe
Dans A Dog’s Purpose (Mes vies de chien, 2017), film à la structure palindromatique, le réalisateur américain Lasse Hallström imagine l’âme d’un chien ne cessant de se réincarner en chiens de races différentes (berger allemand, golden retriever, labrador, petit chien de compagnie…) jusqu’à retrouver son maître sous la forme d’un ultime représentant de la gent…
A l’école de Louis Jouvet, par Jacques Lassalle et Jean-Loup Rivière
« Seul un grand acteur, déclare Jacques Lassalle, est capable de se renoncer, de renoncer à l’image que les autres ont de lui. Mais renoncer au paraître de la scène pour atteindre à l’être du rôle exige un grand savoir, une grande expérience du théâtre. » Comment forme-t-on un acteur ? Quelles sont les différentes…
L’or du temps et les souvenirs absents, par Carolle Bénitah, artiste plasticienne
Tout fuit, disparaît, s’évanouit, est englouti par le fleuve du temps. Tout revient à l’informe, à l’inconnu, à l’invisible, mais il y a, Janus Bifrons, les artistes, enchanteurs pourrissants, ou embaumeurs merveilleux. Avec Jamais je ne t’oublierai, magnifiquement édité par L’Artière sous forme d’album à spirales de format carré, Carolle Bénitah poursuit son grand œuvre…
Marseille-les-Bains, port des mondes, par Benoît Guillaume, dessinateur, peintre
Tous masqués, les amis, tous gentiment moutonniers, tous généreux et responsables bien sûr. Tous cloîtrés en soi, tous apeurés, tous méfiants. Tous adeptes de la grande santé, et des petits gestes barrières. Tous en gris, grisés, grisonnants, biffés, radiés, s’exécutant, exécutés. Les villes et les vies sont toutes les mêmes, peut-être, mais elles sont en…
Esprit de Garcin, es-tu là ? par Amine Oulmakki, photographe marocain
J’avais envie de rendre hommage à Gilbert Garcin, mort en avril à 90 ans, mais je ne trouvais pas la forme. Me plaisait bien sûr l’histoire de l’entrepreneur en luminaires entamant à la retraite, après un stage en 1992 avec Pascal Dolémieux aux Rencontres d’Arles, une œuvre fulgurante de fantaisie surréaliste : de petits personnages…