« Seigneur du monde, tu nous as faits misérables et maîtres de tes immensités, tu nous as même donné un nom pour t’appeler. » Traducteur de l’hébreu, travaillant la prose dans une écoute fine de la parole, Erri De Luca est essentiellement poète. Accompagné des poèmes inédits de L’hôte impénitent, et reprenant Aller simple, paru une première…
Étiquette : écriture
Comme une maîtresse, Charles Baudelaire à sa mère, une correspondance
« Je t’aime, je t’aime beaucoup ; je suis plein de tristesse ; j’ai besoin de beaucoup de force. Demande pour moi cette force à Dieu. Peut-être cela m’aidera-t-il à la trouver. » (lettre de Charles Baudelaire à sa mère, 3 septembre 1865) J’ai publié en novembre 2017 dans L’Intervalle une chronique de l’excellent recueil des lettres de Charles…
L’amant arabe, par Patrick Autréaux, écrivain
La femme à barbe, 1631, José de Ribera « Parce qu’il m’apportait quelque chose d’unique, qui ne fut pas l’amour et n’aura pas été seulement le sexe mais une avancée presque chaque fois renouvelée vers une limite imprévue, l’impatience de sa venue, surtout quand il ne venait pas, si elle passait forcément par les étapes…
Regarder Méduse, par Gérard Macé, écrivain
Chez les écrivains de vérité, la clarté de la phrase s’accorde avec la puissance de vision. Justesse du rythme, justesse du ton, justesse du lexique. Ainsi Gérard Macé écrivant d’après Théodore Géricault, Scène de naufrage, premier titre donné au tableau d’abord déconsidéré Le Radeau de la Méduse. Peinte en 1819, cette œuvre s’assombrissant avec le…
Flaubert en ses lieux, par Stéphanie Dord-Crouslé, chercheuse
« […] j’ai au fond de l’âme le brouillard du Nord que j’ai respiré à ma naissance. Je porte en moi la mélancolie des races barbares, avec ses instincts de migrations et ses dégoûts innés de la vie qui leur faisait quitter leur pays comme pour se quitter eux-mêmes. » (Flaubert, lettre à Louise Colet, 13 août…
Les urgentistes, par Philippe Sollers, écrivain
« Vous revenez sur terre pour apprendre que la biodiversité est gravement menacée. Vous avez à peine le temps de vous identifier aux espèces visibles et invisibles qui, comme vous, vont disparaître ; abeilles, papillons, éléphants, rhinocéros blancs, flamants roses, poissons et plancton. Vous sortez, vous levez les yeux vers le ciel et sa merveilleuse indifférence, et…
Corps de supplice, corps de jouissance, Pierre Guyotat, par la revue Lignes
« Je chante par ma plaie. » (Pierre Guyotat) Il faudra leur dire un jour, aux plus jeunes, aux étudiants, aux esprits libres, aux quelques-uns, qu’il y a eu en France un écrivain prodigieux du nom de Pierre Guyotat (1940-2020), auteur notamment en 1967 de Tombeau pour cinq cent mille soldats, et en 1970 de Eden, Eden,…
Souvenirs militaires de la Grande Guerre, par Charles Vildrac, poète, dramaturge, et soldat
« Passé dans la réserve de l’Armée active, ce ne fut qu’une semaine après la déclaration de guerre que, selon l’ordre d’appel, je me rendis à Fontainebleau. J’eus le temps, auparavant, d’assister aux premiers déchaînements de la sottise nationale, aux excès d’une populace en proie au prurit chauvin. » Oui, la littérature change la vie. D’avoir lu…
Parlement et politique de l’auteur, par Michel Surya, Pierre Rottenberg, Philippe Blanchon, Jacques Sicard, Alain Jugnon, René Noël
Dans le volume collectif Politique de l’auteur, publié chez La Nerthe – textes de Jacques Sicard, Philippe Blanchon, Michel Surya, Alain Jugnon, Pierre Rottenberg, René Noël -, on remarque d’abord les photogrammes, très beaux, des films Dimanche après-midi (1966-1967), de Jean-Claude Brisseau, Hotel by the River (2018), de Hong Sang-soo, Beyond The Forest (La Garce,…
La morale est un mensonge, par Thomas Bernhard, écrivain
« Le psychiatre est le plus incompétent des médecins, et il est toujours plus près du crime sadique que de la science. Toute ma vie, ce dont j’ai eu le plus peur, c’est de tomber entre les mains des psychiatres, en comparaison desquels tous les autres médecins, qui sont en fin de compte toujours funestes, sont…
Un Tex Avery écrit par Kafka sous LCD, la fin du monde, par Thomas Vinau, romancier
« La vie ce petit inventaire merdouilleux » (Thomas Vinau) L’humour apocalyptique sied bien au philosophe pince-sans-rire de l’accident et des pollutions systémiques, Paul Virilio, cité en exergue du roman (oui, si l’on veut, à la façon du caoutchouc) de Thomas Vinau, Fin de saison (Gallimard, collection Sygne) : « La fin du monde est un concept sans avenir. »…
En Neuroleptie, par Christophe Esnault, poète
© Aurélia Bécuwe « Car quand tu es à 400 miligrammes / A 500 milligrammes / A 600 milligrammes / A 800 milligrammes / Tu as pris tellement de poids / Que tu n’entres pas dans la cabine de douche » Ça ne va pas toujours très fort pour Christophe Esnault – des troubles de la sensibilité…