« […] j’ai au fond de l’âme le brouillard du Nord que j’ai respiré à ma naissance. Je porte en moi la mélancolie des races barbares, avec ses instincts de migrations et ses dégoûts innés de la vie qui leur faisait quitter leur pays comme pour se quitter eux-mêmes. » (Flaubert, lettre à Louise Colet, 13 août…
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Les urgentistes, par Philippe Sollers, écrivain
« Vous revenez sur terre pour apprendre que la biodiversité est gravement menacée. Vous avez à peine le temps de vous identifier aux espèces visibles et invisibles qui, comme vous, vont disparaître ; abeilles, papillons, éléphants, rhinocéros blancs, flamants roses, poissons et plancton. Vous sortez, vous levez les yeux vers le ciel et sa merveilleuse indifférence, et…
Corps de supplice, corps de jouissance, Pierre Guyotat, par la revue Lignes
« Je chante par ma plaie. » (Pierre Guyotat) Il faudra leur dire un jour, aux plus jeunes, aux étudiants, aux esprits libres, aux quelques-uns, qu’il y a eu en France un écrivain prodigieux du nom de Pierre Guyotat (1940-2020), auteur notamment en 1967 de Tombeau pour cinq cent mille soldats, et en 1970 de Eden, Eden,…
Souvenirs militaires de la Grande Guerre, par Charles Vildrac, poète, dramaturge, et soldat
« Passé dans la réserve de l’Armée active, ce ne fut qu’une semaine après la déclaration de guerre que, selon l’ordre d’appel, je me rendis à Fontainebleau. J’eus le temps, auparavant, d’assister aux premiers déchaînements de la sottise nationale, aux excès d’une populace en proie au prurit chauvin. » Oui, la littérature change la vie. D’avoir lu…
Parlement et politique de l’auteur, par Michel Surya, Pierre Rottenberg, Philippe Blanchon, Jacques Sicard, Alain Jugnon, René Noël
Dans le volume collectif Politique de l’auteur, publié chez La Nerthe – textes de Jacques Sicard, Philippe Blanchon, Michel Surya, Alain Jugnon, Pierre Rottenberg, René Noël -, on remarque d’abord les photogrammes, très beaux, des films Dimanche après-midi (1966-1967), de Jean-Claude Brisseau, Hotel by the River (2018), de Hong Sang-soo, Beyond The Forest (La Garce,…
La morale est un mensonge, par Thomas Bernhard, écrivain
« Le psychiatre est le plus incompétent des médecins, et il est toujours plus près du crime sadique que de la science. Toute ma vie, ce dont j’ai eu le plus peur, c’est de tomber entre les mains des psychiatres, en comparaison desquels tous les autres médecins, qui sont en fin de compte toujours funestes, sont…
Un Tex Avery écrit par Kafka sous LCD, la fin du monde, par Thomas Vinau, romancier
« La vie ce petit inventaire merdouilleux » (Thomas Vinau) L’humour apocalyptique sied bien au philosophe pince-sans-rire de l’accident et des pollutions systémiques, Paul Virilio, cité en exergue du roman (oui, si l’on veut, à la façon du caoutchouc) de Thomas Vinau, Fin de saison (Gallimard, collection Sygne) : « La fin du monde est un concept sans avenir. »…
En Neuroleptie, par Christophe Esnault, poète
© Aurélia Bécuwe « Car quand tu es à 400 miligrammes / A 500 milligrammes / A 600 milligrammes / A 800 milligrammes / Tu as pris tellement de poids / Que tu n’entres pas dans la cabine de douche » Ça ne va pas toujours très fort pour Christophe Esnault – des troubles de la sensibilité…
La politique contre le néant, par Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances, écrivain
« Et si la politique, écrit Bruno Le Maire, avait vocation à redonner une spiritualité à la France ? » On trouve à la fin des Essais de Michel de Montaigne, dans le chapitre conclusif De l’expérience (III, 13), cette pensée très profonde, probablement reprise par Pascal : « Ils veulent se mettre hors d’eux, et échapper à l’homme. C’est…
Une aura d’absence, Mallarmé, par Cynthia Fleury, philosophe, psychanalyste
Et la disparition élocutoire du poète, vous en pensez quoi ? Reprise en Folio d’un essai étonnant de la philosophe Cynthia Fleury paru en 2001 aux Editions de l’écart, Mallarmé et la parole de l’imâm est une formidable réflexion sur le silence en poésie et le verbe créateur. L’auteure y risque sa pensée, lance des hypothèses,…
Petites folies en fioles, par Jean-Pierre Bobillot, nez poète
« A chaque clé suffit son pène. » Dernières répliques avant la sieste [notes sur le risible – II & III], de Jean-Pierre Bobillot, pourrait être une dystopie farcesque, mais c’est mieux que cela, puisque c’est un jeu de réappropriation littéraire survivaliste, une façon de ne pas s’en laisser compter, une énergétique verbale. Il est préférable de…
Et commence la nouvelle harmonie, par Paul Lasne, footballeur professionnel, écrivain
« Nous serons tous en apnée, en lévitation abyssale dans les profondeurs de nos maisons, à nager le long de cette barrière antivirus, moins colorée que celle de corail. » La littérature n’attend pas, elle peut surgir plus rapidement encore que le meilleur des attaquants français lors d’une partie décisive, elle attendait son heure, la voici, frappant…