Marc Pautrel est un portraitiste de grand talent. Après ceux du cinéaste Ozu (2015), de Blaise Pascal (2016) et de Jean-Siméon Chardin (2017), voici le portrait de Manet par-delà la mort, par-delà les massacres du 4 décembre 1851 et le fleuve de sang de la Commune de Paris. La société est assassine, qui connaît les…
Étiquette : écriture
L’enfer, et la délivrance, par Didier Ben Loulou, photographe, écrivain
Judée ©Didier Ben Loulou « Nous avançons devant cette chose effroyable que l’on n’ose nommer. Il va être de plus en plus difficile de se délivrer de l’enfer… » Je n’ai lu que deux fois Une année de solitude, journal – janvier 2020 / 2021 – de Didier Ben Loulou (Arnaud Bizalion Editeur), mais je sais que…
Nicolas de Staël, le feu, l’offrande, l’épuisement, par Stéphane Lambert, écrivain
Paysage de Vaucluse, 1953, Nicolas de Staël « Il s’était dit lui aussi qu’il n’avait fait que cela dans sa vie, peindre des temples, concevoir des offrandes aux dieux (à l’amour), des zones de recueillement entre l’ici et l’ailleurs » Stephane Lambert s’intéresse aux artistes porteurs d’un feu intérieur, aux regards incandescents, aux existences brûlées. En écrivant…
Le Messie vaincra, par François Meyronnis, écrivain
« Finie, toute soumission au règne utilitaire. » Il existe des royautés secrètes. Le dernier venu porte toujours le visage du Christ, c’est un messager dont nous ignorons, par paresse, négligence, aveuglement, veulerie, les pouvoirs, et qui se méconnaît généralement lui-même. Il y eut à Paris un saint mourant de faim, vacillant pour une dernière fois le…
Pont d’ombres, sur une photographie de Régis Feugère, par Julie Nakache, écrivain
© Régis Feugère « S’ils veulent devenir peinture, les paysages vivent de nos mensonges et de nos souvenirs. » Je ne connais ni l’écrivain Julie Nakache, auteure de quatre romans depuis 2010 (Il neige un peu de lui sur le seuil où elle attend, Portraits au visage manquant, Le reflet des méduses, Une nuit noire et longue),…
Les miscellanées de Marcel Cohen, écrivain
« Près du petit temple, l’odeur de terre remuée était on ne peut plus présente mais la tranchée avait été en partie comblée. Des oiseaux picoraient la terre remuée. Ils s’envolèrent à mon approche et tournèrent longtemps face au soleil avant de revenir se poser sur la terre fraîche, rassurés par mon immobilité. » (Voyages à Waïzata,…
Chartres, calme jubilation du temps, par Diane de Margerie, écrivain
« Une des inventions les plus bizarres de l’amour n’est-elle pas de nous faire reconnaître l’amour là même où il n’est pas ? Celui qui traverse la rue là-bas a quelque chose de l’être aimé – son imperméable ou bien son port de tête ; celle qui se hâte devant nous, même si elle est brune (alors…
A la recherche du temps perdu, cahiers de jeunesse, par Marcel Proust, écrivain
Dans les désastres en cours, quelle joie de lire des phrases aussi belles, aussi limpides, aussi intelligemment sensibles, que celles de Marcel Proust. On connaissait leur existence, mais on ne les avait pas lus. Il s’agit des « soixante-quinze feuillets » écrits en 1908, retrouvés au domicile de Bernard de Fallois qui les avait reçus de Suzy…
Le Chant général, par Erri De Luca, poète
« Seigneur du monde, tu nous as faits misérables et maîtres de tes immensités, tu nous as même donné un nom pour t’appeler. » Traducteur de l’hébreu, travaillant la prose dans une écoute fine de la parole, Erri De Luca est essentiellement poète. Accompagné des poèmes inédits de L’hôte impénitent, et reprenant Aller simple, paru une première…
Comme une maîtresse, Charles Baudelaire à sa mère, une correspondance
« Je t’aime, je t’aime beaucoup ; je suis plein de tristesse ; j’ai besoin de beaucoup de force. Demande pour moi cette force à Dieu. Peut-être cela m’aidera-t-il à la trouver. » (lettre de Charles Baudelaire à sa mère, 3 septembre 1865) J’ai publié en novembre 2017 dans L’Intervalle une chronique de l’excellent recueil des lettres de Charles…
L’amant arabe, par Patrick Autréaux, écrivain
La femme à barbe, 1631, José de Ribera « Parce qu’il m’apportait quelque chose d’unique, qui ne fut pas l’amour et n’aura pas été seulement le sexe mais une avancée presque chaque fois renouvelée vers une limite imprévue, l’impatience de sa venue, surtout quand il ne venait pas, si elle passait forcément par les étapes…
Regarder Méduse, par Gérard Macé, écrivain
Chez les écrivains de vérité, la clarté de la phrase s’accorde avec la puissance de vision. Justesse du rythme, justesse du ton, justesse du lexique. Ainsi Gérard Macé écrivant d’après Théodore Géricault, Scène de naufrage, premier titre donné au tableau d’abord déconsidéré Le Radeau de la Méduse. Peinte en 1819, cette œuvre s’assombrissant avec le…