La collection Photo Poche, ou l’éloge de l’intelligence sensible

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copyright Flor Garduño

Que faire si, suite à une guerre nucléaire de grande ampleur, vous deviez vivre pour le restant de vos jours dans une île déserte préservée des radiations ?

Emporter la totalité des volumes de la Bibliothèque de la Pléiade (Gallimard), et les 157 titres de la collection Photo Poche (Actes Sud), Kaaba des photographes, petits blocs noirs denses et somptueux comprenant chacun 144 pages et pas moins de 64 photographies.

Créés en 1982 par le regretté Robert Delpire (1926/2017) pour accompagner la naissance du Centre national de la photographie (CNP), dont il fut nommé directeur par Jacques Lang, les Photo Poche sont vite devenus des outils considérables de démocratisation de la photographie.

Reprise en 2004 par les éditions Actes Sud, cette collection n’a cessé depuis d’étendre ses ailes, certains ouvrages ayant été plusieurs fois réédités, notamment le numéro 2 consacré à Henri Cartier-Bresson (plus de 400 000 exemplaires).

Systématiquement accompagnés d’une préface très soignée, les Photo Poche donnent à voir l’essentiel d’une œuvre, sous forme monographique, d’un courant ou d’une thématique esthétique (La Nature morte, le pictorialisme, le Nu…), avec l’ambition de couvrir l’ensemble des champs du médium photographique.

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copyright Flor Garduño

Les derniers titres parus, Flor Garduño, Lucien Clergue, Gilbert Garcin, vous procurent, avant même de les ouvrir, une manière d’excitation immédiate (pardon, mais oui), tant l’on sait que l’on pourra s’abandonner avec confiance à la qualité des choix éditoriaux.

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copyright Flor Garduño

Prenons le volume dédié à la Mexicaine Flor Garduño (n°155), héritière d’une riche histoire photographique transmise par son maître Manuel Alvarez Bravo.

Des images comme des offrandes, la magnificence d’un noir et blanc propice à la révélation de scènes où préside une forme de surréalité, la ruralité abordée sans folklore.

Encore une fois, c’est gagné, on est éblouis par tant d’intelligence sensible, de finesse, d’audace souveraine, tranquille. Des nus féminins à se damner, des natures mortes extrêmement troublantes, des paysages qui sont des manifestations de l’Esprit saint, des animaux comme des métamorphoses de l’âme.

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copyright Flor Garduño

La pensée magique se soutient d’une très grande rationalité. Perfection des cadrages, tirages complexes, attention extrême portée aux détails de la mise en scène.

Sensible à la rencontre des mythes et des cultures indigènes, la photographe déconcerte, émerveille, et libère l’imaginaire comme une possibilité de vivre autrement notre rapport aux événements, par sa conception très féconde du « hasard décisif ».

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copyright Flor Garduño

Francisco Reyes Palma (en préface) : « Tant que le marché aux puces disposera d’objets captivants ou tant qu’il existera des êtres du règne animal, Flor Garduño poursuivra sa tâche en faisant de la photographie non pas une image à révéler mais un lieu de révélation. »

Quand un livre vous met les larmes aux yeux, au point de vouloir habiter à l’intérieur de ses images, c’est bon signe, non ?

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Collection Photo Poche, éditions Actes Sud, 1982/2017

Entrer chez Actes Sud

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copyright Flor Garduño

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Se procurer le volume Flor Garduno

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