De l’écriture comme trip machine, par Patrick Bouvet, poète

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Trip Machine, de Patrick Bouvet (éditions de L’Attente, 2017), est une machine textuelle en cinq parties, soit un  vaste ensemble de vers concernant le nouveau visage cybernétique de l’humanoïde terminal, une expérience de lecture à propos de notre devenir machine.

Les guerres modernes, impersonnelles, évacuant jusqu’à l’idée même de réinvention de soi telle qu’exprimée par Ernst Jünger dans un extrait de La Guerre comme expérience intérieure (1922) cité en exergue, sont menées désormais  à distance, du ciel, du lointain des joysticks : « Le combat des machines est si colossal que l’homme est bien près de s’effacer devant lui. Souvent déjà, pris dans les champs magnétiques de la bataille moderne, il m’a semblé étrange et à peine croyable que j’assiste à des événements de l’Histoire humaine. le combat revêtait la forme d’un mécanisme gigantesque et sans vie, recouvrant l’étendue d’une vague de destruction impersonnelle et glacée. »

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Les assassinats ciblés procèdent aujourd’hui de la double emprise du high-tech et du kitsch, les scénarios prennent le pouvoir, la solitude est une marchandise à exploiter comme une autre.

Les figurants prolifèrent, dans l’espoir d’un premier rôle joué depuis longtemps par d’autres.

Angoisse, hypnose, mauvais cinéma, écœurement.

« il avançait / tête baissée / ne voulant plus regarder / autour de lui / des voitures passaient bruyamment / les sons semblaient filer sous la peau / avant de se perdre dans la vapeur d’eau / c’était effrayant / cette sensation d’être / traversé / plus de frontière entre / l’intérieur et l’extérieur / la douleur s’installait / sans qu’il puisse dire / si elle était physique / ou mentale / tout vacillait / à chaque pas / il pensait / basculer dans le vide / rien ne paraissait stable / solide / mais il devait continuer »

A l’époque contemporaine, la glace est aussi technologique, qui s’attaque au principe même du vivant.

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Pour retourner le maléfice, on peut imaginer un homme debout, micro ou porte-voix à la main, sur scène, rock coco, colleur textuel, expérimentateur du sampling sans collagène – ainsi Patrick Bouvet, huit livres aux éditions de L’Olivier, et autres missiles balistiques chez Joca seria ou au Bleu du Ciel.

Le théâtre contre le spectacle, les vers contre les prothèses, contre, tout contre.

Prendre l’autobahn, et rencontrer Andy Warhol, autre nom du réel, une fois, deux fois, mille fois, chaque fois que l’on rencontre un supposé prochain.

« Andy Warhol / en / Marie Tussaud / faisant couler la cire / sur le visage de James Dean / dans une Porsche 550 / accidentée »

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Face au règne de la menace, de la pulsion de mort, de la démence, se lèvent les pirates en tee-shirt des Fablab de province, les petits grands maîtres du cryptage et du darknet.

Les surfeurs sont des killeurs à qui Patrick Bouvet envoie pour les miniaturiser ses flashes songs, ses télescopages à la Burroughs, ses transvirus incontrôlables.

Bowie fait du kabuki dans une « favelabyrinthe » surveillée par des drones.

nouvel-an-chinois-2Se protéger de la magie noire du temps par la magie blanche des vers demande beaucoup d’extravagances, et de faire du corps même du poème un espace où Protée n’est pas un hologramme, mais une puissance de chant, de vie, de pyrotechnie.

« les V2 avaient fait place / à un grand cube / transparent / traversé par des rayons / laser / où deux filles exécutaient / leur rituel fétichiste / un étrange ballet / mêlant / gestuelle kabuki / et go-go dancing / le visage et le cou / maquillés de blanc / (poudre de riz) / elles n’étaient vêtues / que de bottes en cuir / et d’un Gozilla rouge / tatoué dans le dos / des flammes sortaient / de la gueule de la bête / et passaient par les flancs / pour venir lécher / leurs seins nus »

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Patrick Bouvet, Trip Machine, éditions de L’Attente, 2017, 132 pages

Editions de L’Attente

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Se procurer Trip machine

 

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