C’est partout ici, par Mathieu Riboulet, plus-que-vivant

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« Vous êtes d’ici. C’est ce que claironnent les thuriféraires de la racine, les apôtres des sources, les chantres des origines, désireux d’assigner à un lieu l’orientation de ses habitants. Vous êtes d’ici ? Voire. »

Lors d’une rencontre dans un café parisien, Mathieu Riboulet et moi avions évoqué la nécessité, pour tenir le coup dans une époque fascistoïde, de créer des alliances fondamentales, des communes de résistance sensible, des îlots de fraternité.

Mathieu Riboulet était malade, il est mort désormais, ce qui ne change rien à la nature d’un pacte construit dans l’au-delà du négatif.

Les éditions Verdier, qui le publient depuis L’Amant des morts (2008), lui offrent un dernier livre, son neuvième chez eux, un hommage modeste de quelques pages, Nous campons sur les rives.

Reprise de textes lus à Lagrasse du 7 au 11 août 2017 pendant le Banquet du livre, sous la halle, au cœur du village, dans et pour la rue, Mathieu Riboulet pose de façon doucement testamentaire la question de l’ici et de l’ailleurs, du même et de l’autre, du monde et du démonde.

Nous campons sur les rives est à peine un livre, un opuscule, un souffle de vie, précieux comme un chuchotement.

« Vous êtes ici. C’est le titre d’un livre que je n’écrirai sans doute pas. Eh bien, soit ! vous êtes ici, nous sommes ici, je suis ici. Et je peux même être d’ici sans que le monde s’enferre aux horizons étroits où on le tient parfois. Je suis ici, et dans la lumière, le vent, les pierres, le sable et les odeurs d’ici je tiens le monde, le monde m’appartient, et tout voyage est inutile, toute étrangeté annulée de n’être rien que ma propre étrangeté. Le monde, sans revers et sans gloire, mais le monde. »

Lorsque s’imposent les logiques de repli, et la nécrose, Mathieu Riboulet lance, mi-amusé, mi-désespéré : « Va voir ailleurs si j’y suis. »

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Aux heures dernières la littérature est là, car elle est première.

Adresse à Emmanuel Carrère : « Il m’est plus facile de m’imaginer dans d’autres lieux que les miens que dans d’autres vies que les miennes. »

Adresse à Blaise Pascal : « Nous ne sommes pas au présent. »

Adresse à Pierre Michon et Stendhal : « J’ai longtemps eu sous les yeux le contre-exemple radical de cette bougeotte un rien factice en la personne de mon voisin le plus proche dans le hameau creusois où je vis, Henri Bagnard. Vie de Henri Bagnard est le titre d’un livre que je n’écrirai sans doute pas. Et qui aurait tenu en peu de pages. »

Adresse à Rimbaud et Alain Jouffroy : « Nous ne sommes plus d’ici. »

Il faut savoir vivre/partir avec tranquillité, dans la lumière, le vent, les pierres, le sable, les odeurs d’ici, et les tempêtes considérables.

Des fantômes se pressent, viennent vous chercher, solidaires, bienveillants.

« Pour nous qui franchissons ces ponts, et ce faisant décidons de laisser venir les âmes errantes à notre rencontre, ce sont des présences apaisantes, ils sont notre devenir. »

Personne n’a d’assurance hors la foi, s’il veille ou s’il dort, et les mots lancés sur la page, dans la bouche ou les oreilles du temps, ne connaissent pas de fin.

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Mathieu Riboulet, Nous campons sur les rives, éditions Verdier, 2018, 44 pages

Editions Verdier

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Se procurer Nous campons sur les rives

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