Méditerranée, un song de Didier Ben Loulou

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© Didier Ben Loulou

Homère invoquait Mnémosyne au moment de faire apparaître les héros de son peuple.

Des nuées de vers assemblés se levaient, intacts, corps d’airain, les valeureux.

Quelques dizaines de siècles plus loin, chantent encore les aveugles, parfois munis de prothèses, ces instruments d’optique faiseurs d’images, riches en mondes, écrins d’illuminations.

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© Didier Ben Loulou

Ainsi se présente dans son errance méditerranéenne Didier Ben Loulou, photographe demandant protection à l’ange du cimetière chrétien de Jaffa, à l’entrée de Sud (éditions La Table Ronde), qui est un porche enluminé (tirages Fresson).

Un livre de pierre est ouvert, la mer en contrebas roule ses vagues d’écume, le ciel, dramatique, couve un orage.

Nous sommes ici au pays des monothéismes rageurs, salvateurs, et des syncrétismes explosifs. Un monument drapé sur le bord de mer (Jaffa encore) porte les couleurs d’Israël. Des pierres gris bleu se dressent (image 3, Jaffa toujours), voici le cimetière musulman.

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© Didier Ben Loulou

Il y a des morts, de la poussière, quelques oiseaux, la densité d’une pénombre où se recueillir.

La Méditerranée est un bassin, un berceau, un cercueil, une force d’enfantement.

Place maintenant à la vie, aux départs, pour Egine, Saint-Jean-d’Acre, le désert de Judée, Tanger, Barcelone, la Corse, la Sicile, Marseille.

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© Didier Ben Loulou

Quelques pages plus loin, c’est de nouveau la Grèce antique, et le plongeur de Paestum retrouvé dans la calanque de Figuerolles.

La vie défie la mort, et jouit de sa puissance.

Orphée est un jeune homme, corps bronzé, fendant les eaux comme on ouvre une femme.

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© Didier Ben Loulou

Depuis près de quarante ans, Didier Ben Loulou, qui a longtemps vécu en Israël, promène son œil interrogateur et son goût de la vie dans un pays ayant les dimensions d’une mer intérieure, un espace où les dieux se sentent bien, où les êtres rendent un culte au soleil, accablant, terrifiant, et miraculeux.

Il y a dans Sud le battement beat d’un auteur jouant sax ténor sa présence au monde.

Les peaux suent, se frottent, chantent.

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© Didier Ben Loulou

Les peaux sont usées, jeunes, très noires, ce sont celles des enfants du Seigneur, loques jetées au vent de l’histoire, merveilles atemporelles échouées sur une plage, nef où les fous font l’amour en fondant des civilisations.

L’approche des corps est directe, sensualiste, parce que vivre n’attend pas, ce qui n’exclut en rien l’arrêt, la pure contemplation, ni le spiritualisme immédiat.

Sous le ciel méditerranéen se joue la comédie des gestes millénaires, et le travail des damnés, esclaves d’une faute dont ils ont tout oublié.

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© Didier Ben Loulou

Dans le labyrinthe perdu des fleuves séculaires de son sang, Didier Ben Loulou avance à tâtons, photographie Déméter, des moutons ocres, des femmes à la fontaine.

La couleur chez lui n’a rien d’une joliesse, c’est une preuve supérieure d’existence, une intensité de présence, la flamme d’un sacrifice.

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© Didier Ben Loulou
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© Didier Ben Loulou

Nous sommes à Jaffa, Athènes, Jérusalem, en Cisjordanie, ou peut-être en Inde quelquefois, dans un autre chaudron.

En couverture de Sud, il y a un baiser, soit le nombre d’or de Pythagore.

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Didier Ben Loulou, Sud, La Table Ronde, 2018, 96 pages

Editions La Table Ronde

Site de Didier Ben Loulou

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© Didier Ben Loulou

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