Jeunesse de September Books, maison d’édition fondée par Pauline Hisbacq et François Santerre

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© Marie Quéau

Pensé dans la continuité de Sept éditions, September books, fondé par un couple de photographes, Pauline Hisbacq et François Santerre, est une structure éditoriale dédiée au livre de photographie de qualité (choix esthétiques/graphisme) dans une approche économique tentant de rapprocher le beau livre d’art du fanzine et de la culture alternative.

Avec beaucoup de liberté, September books construit peu à peu un catalogue hautement désirable, proposant des ouvrages étonnants, et abordables financièrement.

L’amitié est ici au cœur d’une activité faite avec plaisir et pour le plaisir, dans une recherche d’expériences mutuelles nouvelles.

N’appelle-t-on pas cela la jeunesse ?

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© Marie Quéau

Comment Sept éditions est-il devenu September books ?

François Santerre : Sept Éditions est né alors que je voulais éditer mon premier livre Aisthesis. J’ai fait appel à une amie graphiste, Olivia Gautier-Jubé, et nous avons travaillé sur le projet. Très vite le désir de publier d’autres travaux que le mien est apparu. Celui de Pauline, ma compagne, s’est présenté comme une évidence. Et donc Aisthesis et Natalya sont sortis au même moment. On a fait six livres, puis nos chemins se sont écartés avec Olivia et j’ai pris la relève côté graphique qui est une discipline qui aujourd’hui me passionne. Pauline a toujours été à mes côtés dans toutes les décisions, donc quand je lui ai demandé de rejoindre l’équipe, ce n’était finalement qu’officialiser un travail qu’elle effectuait déjà. Sept est le diminutif de September en anglais, donc on a pris ce nom pour marquer la continuité.

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© Marie Quéau

Que représente pour vous la culture du fanzine ?

FS : Pour être honnête, au départ, elle ne m’évoquait pas grand-chose. Ma culture venait du beau livre (Mack, Roma, Spector) et je ne sais pas si je devrais dire les choses de cette manière, mais le fanzine m’est apparu par défaut : on n’a pas pour le moment l’économie pour publier des travaux d’envergures. Mais on ne veut pas que cela bride nos envies. En plus, j’affectionne particulièrement les séries avec peu d’images. Et puis nous aimons beaucoup des maisons qui travaillent justement sur des éditions légères, des projets alternatifs comme Shelter Press, FPCF… et cela nous porte.

Notre ambition aujourd’hui est de publier des fanzines qui autant photographiquement que graphiquement soient de grande qualité. Ce n’est pas parce que c’est un fanzine qu’automatiquement c’est un format A5 plié agrafé sur papier recyclé, même s’il y a des très belles choses sous cette forme là ! On souhaite explorer le genre.

Pauline Hisbacq : Le fanzine est certes un objet modeste et économiquement abordable mais c’est aussi, de par sa forme légère, un espace de liberté très intéressant. On peut s’autoriser à expérimenter des choses qu’on ne ferait pas avec un livre plus lourd. C’est aussi l’occasion de publier des projets plus confidentiels ou plus « déglingués ».

Il y a aussi un enjeu important pour nous, faire des livres pas cher, peut-être désacralisés (sans en réduire l’exigence), et donc facilement abordables pour le public. Cette question de faire des livres pas cher était très importante pour François car cela permettait de toucher un public plus large. Il a raison !

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© Marie Quéau

Quel type d’impression privilégiez-vous ? Les coûts sont-ils très différents, qu’il s’agisse d’offset numérique, d’impression laser ou de risographie ?

FS : Depuis le livre de Rebekka Deubner, Les Aqueuses, on privilégie une technique qui est à mi-chemin entre le offset et le numérique, appelé « offset numérique », mais qui est en réalité une presse hp indigo. Une machine assez révolutionnaire qui permet d’imprimer peu d’exemplaires à bas coût tout en ayant une qualité d’impression très belle. Pour répondre à la deuxième partie de votre question, la risographie est devenue assez cher, par effet de mode sans doute et comme nous n’en disposons pas nous-mêmes, ce qui est généralement le cas des éditeurs proches de nous, ce n’est pas un mode d’impression privilégié. Pour ce qui de l’impression laser, en noir et blanc sur certaines machines et certains papiers, cela passe, mais sinon c’est souvent assez moche. Mais cela reste le moins cher.

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© Bérangère Fromont

Votre catalogue comporte neuf ouvrages publiés sur deux ans, tirés généralement à cent exemplaires. Est-ce pour vous la juste mesure ?

FS : Chaque livre est différent et le nombre d’exemplaires entre en jeu dès la conception graphique : couverture rigide ou souple, nombre de pages, qualité du papier, etc. Pour l’instant, une centaine d’exemplaires, c’est ce qu’on s’autorise. Mais j’espère qu’on pourra tirer à davantage dans le futur et diffuser des travaux qui méritent d’être vus.

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© Bérangère Fromont

Comment diffusez-vous vos ouvrages ?

FS : Actuellement, on le fait nous-mêmes. Ce n’est pas la partie qu’on préfère, mais c’est essentiel. Et parler des ouvrages aux libraires, les défendre pour qu’eux-mêmes comprennent notre démarche et sensibilisent les lecteurs, c’est au cœur du métier d’éditeur. Depuis le début, nous sommes soutenus par de très bons libraires, ce qui est très encourageant.

Dans le futur, nous aimerions travailler quand même avec un diffuseur, pour gagner du temps et de l’espace.

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© Bérangère Fromont

Avez-vous une idée de qui sont vos lecteurs ?

FS : J’espère qu’ils ne sont pas que photographes ou collectionneurs de livres photo ! Travaillant dans une librairie où nos livres sont présentés, je vois quelques lecteurs, mais je ne saurais me prononcer sur qui ils sont précisément. Bien qu’assez jeunes pour la plupart…

PH : Je connais les amis !

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© Bérangère Fromont

Comment s’opèrent vos choix éditoriaux, par exemple la décision de travailler avec Marie Quéau dont vous publiez Handbook, cartographie, effectuée dans une tonalité proche de l’absurde, de sites dédiés à la recherche en Alsace ?

FS : Depuis le début, ce n’est que par des « rencontres » dont la plupart sont amicales. On publie ceux qu’on aime, sans exclure certains « styles », même si la photo documentaire n’est pas représentée, mais qui sait ? Étant pour le moment dans une pratique amateur (au sens de celui qui aime), nous n’avons aucune contrainte de rendement, ni de délais. On marche au coup de cœur et la série de Marie en est le dernier témoin. Marie est une amie dont nous suivons le travail depuis longtemps. Handbook est une série très déconcertante, à la limite de l’absurde en effet, dont certaines images mettent même mal à l’aise. Et graphiquement, on a été cherchés dans une iconographie assez « pauvre » et délaissée des graphistes habituellement : le manuel d’utilisation. Certains sont extrêmement soignés, notamment ceux de la marque Braun designés par Dieter Rams, mais la plupart sont jetés après montage. En reprendre les codes, pour les détourner, s’est révélé très amusant.

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© Bérangère Fromont

PH : Nous n’avons pas de stratégie éditoriale. Il est très clair pour nous que September Books est une activité que nous faisons avant tout par plaisir. Nous travaillons au coup de cœur. Après, il est évident que les projets reflètent nos goûts, et la photographie que nous souhaitons défendre. Jusqu’à présent l’amitié a aussi été un moteur important pour nous. J’ai aussi envie de revendiquer cela. Faire les choses avec amitié.

Vous êtes tous les deux, Pauline Hisbacq et François Santerre, photographes. Où et comment avez-vous appris votre art ? Comment définir vos esthétiques respectives ?

FS : pour ma part, je suis autodidacte. J’ai fait des études d’histoire de l’art et de photographie. Jeune, j’ai rencontré des artistes qui m’ont marqué: Klavdij Sluban, Saul Leiter, Stéphane Duroy, trois photographes qui n’ont pas grand-chose à voir entre eux, mais qui chacun à leur manière ont apporté quelque chose à ma pratique. J’aime à penser que c’est le sujet qui dicte son esthétique (si par esthétique tu entends « style »), donc je n’en ai pas a priori. Mes deux premiers livres se passent sur un même territoire et n’ont pas grand-chose en commun. Le troisième qui viendra boucler la trilogie sera encore assez différent. J’ai changé, évolué, et j’espère que j’arriverai à me renouveler encore.

PH : J’ai fait une école de photographie. J’ai beaucoup regardé les livres de photographie avant et après l’école. Les films aussi ont beaucoup compté.

C’est difficile de définir une esthétique… Mais je peux parler des photographes qui sont importants pour moi: Annelies Strba, Bertien Van Manen, Paul Graham, Wolfgang Tillmans, Diane Arbus. Aujourd’hui je regarde aussi beaucoup Michael Schmidt et Luigi Ghirri, et des blogs de mode.

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© Pauline Hisbacq

Vous avez publié au printemps 2018 Pauline Hisbacq, Le Feu, collecte d’images sur internet ayant eu lieu entre 2012 et 2015. Il y est question d’érotisme, de fantasmes, dans un montage qui rappelle celui de Jean-Luc Godard dans Histoire(s) du cinéma. Avez-vous tenté de faire à votre façon une cartographie de l’œil désirant ?

PH : le terme cartographie est un peu trop scientifique pour définir justement ce travail, même si la maquette rejoint l’univers des atlas. Et parler d’œil désirant met à distance. Le projet est plutôt très personnel. Il s’agit de mon paysage privé. Le feu, ce n’est pas un catalogue, c’est bien plus une promenade de sensations en sensations, comme un flirt, un slow, avec mille images qui passent par la tête quand on est excité. Une sorte de collection d’images rangées par affinités et mises en chocs. C’est aussi une façon pour moi de m’approprier la déferlante d’images qu’on reçoit quand on geeke sur les blogs. Je prends les images par ricochets, parce qu’elles me stimulent.

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© Pauline Hisbacq

Avec I don’t want to disappear completely, Bérangère Fromont poursuit son travail sur l’adolescence, les dérives nocturnes, les états de transition et les hantises. Dans un texte récent (Artpress, numéro 458) sur les livres de photographie tels que conçus par de nouvelles maisons d’édition, Etienne Hatt écrit : « Produits par des jeunes pour des jeunes, il est normal que ces livres parlent d’eux. » Qu’en pensez-vous ?

FS : c’est une assez belle formule je trouve. On a véritablement découvert cette série lors de l’exposition collective JEUNE (exposition proposée par Rebekka Deubner et Pauline Hisbacq).

PH : C’est une belle formule, mais on ira quand même aussi ailleurs. Publier ce travail de Bérangère ne relevait pas d’une revendication d’être une nouvelle génération d’éditeurs ou de s’adresser à un public jeune. Là encore, on a proposé à Bérangère de travailler ensemble car on avait envie de voir sa série en livre et de le faire nous-même. Pour moi, les livres sont motivés pour eux-mêmes, non pour leur réception.

En revanche, la formule d’Etienne Hatt me parle dans le sens où l’activité d’édition a pris de la liberté et foisonne depuis quelques années. En effet, les éditeurs et le public sont de plus en plus jeunes. Ça peut être grisant. Y a-t-il un mouvement générationnel ? On verra…  Mais nous ne nous posons pas la question en ce sens. On a une pratique plutôt domestique de l’édition.

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© Pauline Hisbacq

Quels sont vos rêves actuels d’éditeurs ?

Très simplement, continuer de travailler sur des projets qui nous excitent, avec des photographes qu’on aime. Collaborer sur un catalogue d’exposition, une monographie ou un projet dont nous ne serions pas à l’initiative serait également une belle poursuite.  Avoir plus de moyens, pour aller plus loin, même si aujourd’hui on essaie de tirer avantage artistique de notre modeste économie.

Mais surtout on a envie que ce projet soit le lieu pour une certaine photographie, non académique, qui revendique des écritures nouvelles. On a aussi envie que le livre soit pris pour une forme possible d’expérience dans la monstration d’un travail. Beaucoup de projets d’édition sont portés par l’enjeu d’arrêter un travail dans le temps. Le livre sacré. On aime à l’inverse l’idée qu’en proposant des formes plus légères, le livre soit un espace possible, ouvert.

Propos recueillis par Fabien Ribery

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Marie Quéau, Handbook, September Books, 2018 – 100 exemplaires

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Bérangère Fromont, I don’t want to disappear completely, 2018, 54 pages – 100 exemplaires

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Pauline Hisbacq, Le Feu, September Books, 2018, 40 pages – 100 exemplaires

Site de September books

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Les éditions September Books seront présentes au BAL (Paris) lors du festival Rolling Paper #2, dédiée à l’édition photographique indépendante, du 31 août au 2 septembre 2018

Aller au BAL

 

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