Fragments, une revue photographique réunionnaise, comme un trait d’union

Fragments vol n4 / Rose-Hill / île Maurice
©Magali Paulin / Fragments N°4

« Je croyais que le poète n’oublierait jamais les visages mais je suis un anonyme parmi les anonymes et dans le cahier du jour, je ne saurais énumérer les inconnus aux visages lunatiques et aux regards défaits par les cendres du temps égaré dans ce coin de l’île. » (Gillian Geneviève)

La qualité éditoriale de nombre de revues, souvent tenues à bout de bras par leurs créateurs, ne cesse de m’émerveiller.

Fragments vol n4 / Rose-Hill / île Maurice
© Stéfan Grippon / Fragments N°4

La découverte de la revue réunionnaise Fragments, sous-titrée « Regards photographiques sur l’Océan Indien », fait partie de mes derniers enthousiasmes.

Une belle densité de photographies très bien mises en page, un grand format 22 x 28 (fermé), des textes brefs, une impression générale de soin, d’intelligence, et de respect des lecteurs, alliée à une volonté de mieux faire découvrir la zone Océan indien loin des clichés touristiques, telle est la revue Fragments.

Fragments vol n4 / Rose-Hill / île Maurice
© Stéfan Grippon / Fragments N°4

Chaque numéro est le fruit d’une collaboration entre quatre photographes faisant un travail de reportage sur le territoire (paysage/portrait/problématiques sociales) et un auteur unique rédigeant le propos qui accompagnera de façon très personnelle les images.

L’aspect général est donc documentaire, subjectif, et pensé en relation avec les habitants du lieu choisi comme thème du numéro.

Fragments vol n4 / Rose-Hill / île Maurice
© Flavio Tarquinio / Fragments N°4

Initiée par le photographe indépendant Romain Philippon, responsable de la structure éditoriale Pendant ce temps, Fragments consacre sa quatrième livraison à Rose-Hill, importante ville de la côte ouest de l’île Maurice, confiant son texte (superbe) au poète Gillian Geneviève (lire pour le connaître davantage la revue mauricienne Point barre).

Evitant l’écueil du livre de photographie platement sociologique, Fragments propose un regard d’artistes plus que d’experts, ce qui en fait toute la richesse.

Fragments vol n4 / Rose-Hill / île Maurice
© Flavio Tarquinio / Fragments N°4

Est perceptible ici la poétique glissantienne de la relation abordée comme renforcement du propre dans l’échange, et la possibilité d’une émancipation par les dérives et virées poétiques.

L’écrivain Patrick Chamoiseau est cité en exergue : « Il n’y a pas de réel, il n’y a que de l’imaginaire. C’est pourquoi l’art est précieux. Il invente le réel et alimente les imaginaires, les sort de ces pétrifications qui sont prises pour le réel. »

Fragments vol n4 / Rose-Hill / île Maurice
© Karl Ahnee / Fragments N°4

L’imaginaire, c’est la recomposition dans le regard de l’artiste du linge séchant sur une corde près d’un compteur à eau (image de rabat de couverture) et des fantômes d’une rue où s’amoncellent dans un même mouvement saletés et beautés terribles.

Pour comprendre un peu Rose-Hill, il fallait l’œil de Karl Ahnee, de Stéfan Grippon, de Magali Paulin et de Flavio Tarquinio, et beaucoup de marche à l’aveugle dans une ville dont on pressent que l’heure de gloire n’est plus qu’un passé s’éloignant irrémédiablement, malgré l’arrivée prochaine du métro.

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Rose-Hill, c’est une ribambelle de gosses plutôt inquiets, des tags, des bâtiments fatigués comme des roses fanées, une jeune saoudienne rêvant d’amour, une danseuse indienne de bharatanatyam, de la pauvreté, des cicatrices, des bijoux, des coquetteries, des pentecôtistes, des ouvriers, des jeunes énervés, de la mélancolie, une foule de détails.

On ne sait pas toujours, sauf à se reporter à la fin du volume, à qui attribuer tel ou tel photographie, mais peu importe quand le principe général est celui de la déambulation, de l’errance, de la compréhension par petites touches.

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Fragments explique moins qu’il ne donne à penser et ressentir, transmettant à ses lecteurs l’énergie d’une population et d’un lieu préservant in fine leurs mystères.

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Revue Fragments, Rose-Hill, participation de Karl Ahnee, Gillian Geneviève, Stéfan Grippon, Magali Paulin, Flavio Tarquinio, numéro/volume 4, automne 2018, 112 pages couleur – 1000 exemplaires

Site de la revue

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