Une vie américaine dans le Perche, par Guillaume Zuili, photographe

Zuili After the Storm
 © Guillaume Zuili

A l’invitation de Christine Ollier, Guillaume Zuili, installé aux abords de Los Angeles (Etats-Unis), est venu dans le Perche, en Normandie, pour une résidence de travail.

Ouvert à la nature par la puissance du désert californien, le photographe français a trouvé en ces terres où le vert prédomine une puissance d’inspiration inédite.

Dans le Perche, Guillaume Zuili a remis en place ses rites de photographe, plongeant dans la volupté du laboratoire qui est pour lui un lieu de centralité premier.

Le bonheur de revenir vivre quelques temps en France conduit l’artiste à s’intéresser de nouveau aux visages.

Le Perche joue ainsi le rôle surprenant et délicieux d’un révélateur, d’un libérateur.

On pourra voir à Paris Photo, au stand de la galerie Clémentine de la Féronnière, avant une exposition normande en avril, quelques-uns de ses travaux américains.

Zuili Horses at dawn
 © Guillaume Zuili

Qu’est-ce qu’un homme des confins de l’ouest américain peut-il bien faire dans le Perche, en Normandie ? Y trouvez-vous matière à inspiration ?

J’avais très envie de venir photographier en France et ce depuis longtemps. Quand Christine Ollier m’a parlé de son projet, j’ai décidé de sauter sur cette belle opportunité pour faire face à ce challenge. Paradoxalement, c’est l’ouest américain qui m’a fait ouvrir les yeux sur la beauté des paysages. Maintenant je fonce dans le désert pour me ressourcer et dévorer ces paysages. Avant je n’étais qu’un Parisien pour qui le “vert” était étranger. L’autre paradoxe, je n’arrivais pas à photographier en France. Le Champ des Impossibles [première plate-forme artistique créée dans le Perche ayant pour but de soutenir la création] m’a donné l’opportunité de faire face à ce double challenge. Prendre le temps de regarder ce que je ne voyais pas avant et de l’apprécier. Revenir chez moi avec un regard neuf et une distance que je n’avais pas avant. L’inspiration est boulimique. Avec une influence californienne car le soleil est présent dans beaucoup de mes photographies. En général, je photographie peu même si je shoote tous les jours ou presque. Là, je suis moi-même surpris par la quantité de ma production. Donc oui, j’y trouve l’inspiration.

La résidence dont vous bénéficiez, et qu’organise Christine Ollier, comporte-t-elle un cahier des charges ? Une exposition est-elle prévue ?

C’est une carte blanche avec une exposition en avril l’année prochaine.

Zuili Full Moon
© Guillaume Zuili

Quel matériel avez-vous amené des Etats-Unis où vous vivez ? Pouvez-vous y poursuivre votre inlassable travail au laboratoire ?

La première chose que j’ai demandé à Christine Ollier était justement d’avoir un laboratoire à disposition. Et à peine arrivés dans le Perche, nous avons monté le labo dans une ancienne école de manière à être opérationnel au plus vite. Des Etats Unis, j’ai surtout apporté des papiers vintage. Car les papiers noir et blanc disponibles aujourd’hui ne donnent hélas pas de résultat satisfaisant avec le Lith.

Pourquoi ne pas aller davantage vers la couleur ?

Tout simplement car la couleur m’intéresse peu. Le noir et blanc est ma matrice, ma manière de voir.

Zuili Dusk
© Guillaume Zuili

Comment organisez-vous vos journées ?

J’utilise une chambre reflex de reportage et un Rolleiflex. La chambre impose le rythme de mes journées. Je dispose de 8 “shots” par jour. Le soir je charge les plans-film dans mes cuves, le matin je les développe et ainsi de suite.

J’aime cette restriction de 8 images. Chaque prise compte. Le Rollei quant à lui m’offre plus de souplesse. Pour ce qui est des prises de vues, le matin tôt et la fin de journée sont mes fenêtres de tir pour profiter au mieux du soleil et des atmosphères. Et régulièrement je prends une journée au labo pour faire mes tirages.

Qui sont au quotidien vos interlocuteurs ?

Christine Ollier bien évidemment et Maurice Smadja. Ce n’est pas quotidien mais très régulier. Je montre les tirages au fur et mesure et nous discutons des directions possibles. Les personnes que je rencontre au fil des semaines, qui pour beaucoup m’aident à trouver des spots.

Zuili Car at dawn
© Guillaume Zuili

En vivant de nouveau en France, ressentez-vous ce qui vous manque lorsque vous êtes aux Etats-Unis ?

Je n’irai pas par quatre chemins… La bonne bouffe ! Et l’extraordinaire convivialité ou plutôt chaleur humaine qui vient avec.

Que montrez-vous à Paris Photo par l’intermédiaire de votre galeriste parisienne, Clémentine de la Féronnière ?

Il y aura Urban Jungle et Joshua Tree. Opposition entre le délire urbain de L.A. et la paix majestueuse du désert.

Zuili Sun passing Through
© Guillaume Zuili

Comment souhaitez-vous faire évoluer votre travail ? Vers plus d’expérimental encore ?

Humans ! Le désir qui était de plus en plus fort de revenir vers le portrait se matérialise en ce moment même. Mettre une humanité dans mes photographies. J’ai ressenti ce manque pendant Urban Jungle. Et là j’y viens en prenant beaucoup de plaisir. L’expérimental est toujours là en background. A jouer dans mon laboratoire, rien n’est interdit.

Propos recueillis par Fabien Ribery

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Site de Guillaume Zuili

Galerie Clémentine de la Féronnière

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