Nothing is trivial, par Adrien Boyer, photographe

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© Adrien Boyer

C’est un ensemble de riens qui sont des presque tout.

Ce sont des pans de murs, des éléments d’architecture, des bouts de rue.

C’est une photographie presque décevante, et pourtant elle est merveilleuse, car elle émane d’un sensualiste cherchant par la volupté des couleurs et des formes assemblées par le hasard un dépassement de l’antinomie entre visible et invisible.

Comme si tout était arche, porche, entrée vers un autre monde.

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© Adrien Boyer

Adrien Boyer est camusien, c’est-à-dire que la pensée du midi l’habite, une dissolution du moi dans le soleil et les vastes espaces, un goût pour la métaphysique des éclats de lumière, un sens de l’équilibre et des justes proportions.

Ce qui accroît notre intensité de vie augmente aussi son absurdité.

Le songe n’est pas l’envers de la réalité mais son accomplissement.

Sensation de légèreté et de monde flottant.

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© Adrien Boyer

Ainsi pensent les images d’Adrien Boyer, ne renonçant en rien à la beauté du monde, à ses infinis détails, à ses conversations secrètes.

Il faut les regarder longuement, laisser monter en soi des jeux de correspondances, et s’enchanter avec une joie bouffonne de ce que nous n’avions pas jusqu’alors perçu, parce que, littéralement, nous ne voyions presque jamais rien.

L’esprit et la matière fraternisent, nous guérissent de notre cécité, de notre inconscience, de notre voracité (désirs illimités).

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© Adrien Boyer

Nous chutons et nous relevons dans un cadre où habiter pleinement, avec le sentiment d’une sorte de surprésence très réconfortante.

Dans la préface du second livre d’Adrien Boyer aux éditions Clémentine de la Féronnière, Présences, le critique Michel Poivert emploie avec beaucoup de justesse le mot « origami » pour définir ces photographies où les plans semblent des pliages savants.

On pense ici à plusieurs reprises au peintre De Chirico, ou à René Magritte, pour la rencontre subtile entre le vide et les signes d’une organisation formelle des apparences, par les murs et les lignes des rues, destinée à la circulation des corps dans l’espace.

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© Adrien Boyer

Que l’on soit à Arles, Tolède, Venise ou Casablanca, c’est pour le spectateur-marcheur la sensation d’un même mystère soudain révélé dans l’ordre des jours.

Mais sourd ici de chaque photographie une énigme sans pesanteur, un humour discret étant à l’œuvre dans nombre d’images.

Adrien Boyer invente ainsi des koans visuels, qui sont une grâce.

Et l’on songe alors à la phrase fondamentale prononcée par Hölderlin : « Les poètes fondent ce qui demeure. »

Adrien Boyer, Présences, texte de Michel Poivert (français/anglais), éditions Clémentine de la Féronnière, 2018

Adrien Boyer est représenté par la galerie Clémentine de la Féronnière (Paris)

Un entretien avec Adrien Boyer est paru dans L’Intervalle le 7 novembre 2018

Adrien Boyer

Galerie Clémentine de la Féronnière

Exposition du 15 novembre 2018 au 9 février 2019

Vernissage public le jeudi 15 novembre 

 

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