La Pologne, pays de l’impossible, par Bogdan Konopka, photographe

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© Bogdan Konopka

La Pologne, qui disparut plusieurs fois des cartes de géographie, existe-t-elle ? Rien n’est moins sûr.

Il nous faut la danse des spectres et le souffle épique d’un Kantor, l’ironie métaphysique d’un Gombrowicz pour croire un peu en la substance d’un pays brouillant régulièrement la frontière entre réalité et fiction.

Un conte polonais de Bogdan Konopka est de ces livres surgis d’une forêt obscure, et de la rencontre entre le présent et le Jadis sur le film mince d’une pellicule photographique.

Né en 1953 à Wroclaw, l’artiste vivant et travaillant à Paris depuis vingt-cinq ans s’intéresse aux êtres dont le visage traduit l’âme d’un pays et aux paysages de vide considérés comme des espaces de méditation.

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© Bogdan Konopka

Sa photographie n’est pas documentaire, même si l’on peut y lire la transformation d’un pays entrant dans la modernité, mais d’un onirisme discret faisant de chaque objet du monde, de chaque personnage, une puissance d’apparition venu d’un lointain inconnaissable.

Dans des noirs & blancs d’une très grande subtilité, le photographe franco-polonais traduit ainsi à la fois son goût d’une observation attentive de l’humaine condition dans les lieux où la vie se déploie (villes, campagnes, usines, habitations de toutes sortes) mais aussi en ces endroits où l’homme s’absente pour laisser place aux paroles muettes des choses.

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© Bogdan Konopka

Dans la préface qu’il a rédigé pour Un conte polonais (éditions Delpire), Christian Caujolle cite Konopka en septembre 2009 : « Mon pays natal est un incommensurable charnier, ses terres un immense tumulus que le sang des victimes innocentes a fertilisé. »

S’il regarde des enfants, des foules, des vieillards, on comprend par ces propos que l’artiste photographie des survivants, ou des bientôt morts, et que son souffle de création provient de la fétidité de montagnes de cadavres et de cendres dont son pays est le triste réceptacle, et qu’en outre sa responsabilité ne peut être niée.

Il y a donc dans son travail quelque chose de l’ordre d’une stupeur et d’une dette envers les vivants qui parlent exterminés.

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© Bogdan Konopka

Il y a des brumes, des ruines, des oies, des paysans, la pauvreté du peuple et sa piété catholique.

Ces gens si simples appartiennent-ils ou sont-ils même affectés par l’histoire du mal ?

Des fantômes marchent dans la rue, sous la neige, font la queue, attendent devant des magasins presque désolants.

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© Bogdan Konopka

Konopka fait alterner dans son ouvrage portraits, posés ou non (des couples, des familles, des amis, des employées) et scènes de paysages ou de rues désertées.

Un pays se devine en chaque image, mais surtout dans ce qu’elles ne montrent pas, qui est ici de l’ordre d’un impossible, d’un meurtre de masse, d’une inconscience majeure, d’un trou noir.

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Bogdan Konopka, Un conte polonais, préface de Christian Caujolle, Delpire Editeur, 2018, 176 pages

Bogdan Konopka est représenté par la galerie Françoise Paviot

Bogdan Konopka – Françoise Paviot

Delpire Editeur

Exposition Bogdan Konopka du 18 décembre 2018 au 12 janvier 2019 à la Galerie Folia (Paris) – vernissage le 18 décembre à partir de 18h30

Galerie Folia

 

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