Echos du silence, die Winterreise de Patrick Le Bescont, photographe, et François Cheng, poète

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© Patrick Le Bescont

« Hiver unifiant / Divers unifiés / Tout être est élu » (François Cheng)

En 1988, Patrick Le Bescont fonde la maison d’édition Filigranes, dont chacun sait désormais l’importance dans le paysage photographique français, mais cet acte de création n’est pas unique, étant immédiatement accompagné de la parution par le nouvel éditeur de son premier livre d’auteur, Echos du silence. Paysage du Québec en mars – deux autres suivront rapidement.

Dans un format miniature, insérées dans un livre pas plus grand qu’un passeport, ses trente-cinq photographies dessinent un paysage de glaces et de roches, d’arbres étiques et d’oiseaux calligraphiant l’espace.

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© Patrick Le Bescont
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© Patrick Le Bescont

Effectuées en 1985 avec une chambre en bois construite par Patrick Le Bescont lui-même, ces photographies du fleuve Saint-Laurent gelé/dégelant entre Montréal et Percé, en Gaspésie, provoquent un heurt très doux, entre la majesté du fleuve et la petitesse délicate des paysages déposés dans le rectangle de vision, avant que de se retrouver dans un ouvrage construit comme un espace de méditation.

Ne pas distinguer entre la puissance et le possible effacement de toutes choses, voilà qui ne pouvait que séduire le poète François Cheng, offrant en regard de chaque image un poème de forme brève, quelques vers, quelques buées, quelques griseries de verbe.

En 1981 paraissait Paradis, de Philippe Sollers, livre ébranlant l’ensemble de la littérature française. On peut y lire à son orée : « voix fleur écho des lumières cascade jetée dans le noir chanvre écorcé filet dès le début c’est perdu plus bas je serrais ses mains fermées de sommeil et le courant s’engorgea redevint starter le fleuve la cité des saules soie d’argent sortie du papier jute lin roseau riz plume coton dans l’écume 325 lumen de lumine »

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© Patrick Le Bescont

A sa façon douce et régulière, Echos du silence est un petit paradis sans tonitruance, de tonalité mélancolique, comme un lied, un Winterreise schubertien.

Le monde est là, dans son secret, sa vie propre, à portée de regard, indifférent au sort des hommes, suprêmement présent.

On ne peut pas le raconter, simplement laisser quelques traces sur le blanc de la page, quelques formes, quelques cadres.

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© Patrick Le Bescont

On peut se perdre devant tant de vertige, mais il faut rester modeste, marcher dans son souffle, aller pas à pas, faire des images comme on parcourt une lisière séparant finement la vie de la mort.

La glace est presque déserte, pourtant suprêmement habitée, entière dans son être.

Echos du silence se glisse dans la poche d’une veste.

Au prochain douanier que vous croiserez, offrez ce passeport d’éternité.

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© Patrick Le Bescont

« Perdue au cœur de l’immense / Toute présence est pivot / Autour duquel l’univers / Tourne soudain proche intime »

Qu’est-ce que vous dites ?

C’est bon, vous pouvez passer.

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Patrick Le Bescont / François Cheng, Echos du silence, Créaphis éditions, 2018

Créaphis Editions

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