Demain n’existe pas, Maldicidade, par Miguel Rio Branco, photographe

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©Miguel Rio Branco

Le papier est fin, pourtant bourré de tessons de verre.

L’encre est entêtante, tel un vin qui cogne fort.

Le format 24,5 x 33 s’impose sur la table de travail, dans le cabinet des merveilles, entre les délicatesses des uns et des autres.

Lumières du noir & blanc, noirceurs de la lumière.

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©Miguel Rio Branco

Publié chez Taschen, Maldicidade, de Miguel Rio Branco ne prend pas le temps de séduire, qui préfère la possession aux détours de la subjugation par étapes.

Nous sommes dans la jungle des villes, un peu partout sur la planète, dans la rue, avec les désaxés, les délaissés, les marginaux de tous bords, dans l’enfer et l’énergie brute de la survie.

Prostituées, transsexuels, caïds, enfants abandonnés, vieillards oubliés, drogués et fêtards désespérés.

C’est la vie violente à la Pasolini, c’est une longue nuit de couteaux tirés et de peaux caressées, de vitres cassées et de hurlements de manque.

Tout y est absolu, parce que les continents dérivent, parce que demain n’existe pas, parce que la mémoire ne garde rien de la déroute des jours.

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©Miguel Rio Branco

Peintre, cinéaste et photographe, Miguel Rio Branco travaille la couleur comme une matière. Elle est de terre, elle est de peau, elle est de tous les états, et souvent très noire.

Le Brésilien ne minaude pas, mais coupe à vif dans la réalité, tranche dans les corps, sauve du rebut des objets déchus.

Son art plonge dans le mal, la viande, le sang, pour en percevoir l’inaperçu de vérité, la chaleur de sacrifice, la beauté baroque.

Les visages, reflets de l’âme, sont scrutés. Bouches édentées, chicots en or, cicatrices, sourires angéliques.

La pauvreté est là, mais sa richesse est considérable.

Miguel Rio Branco pense en termes d’oxymores, d’antithèses, de dichotomies radicales.

Si le système peut paraître binaire, la couleur est un espace de transcendance, une rédemption peut-être.

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©Miguel Rio Branco

S’inspirant des meilleurs, Oswald de Andrade, Roland Barthes, Pierre Bourdieu, Victor Burgin, Camilo Castelo Branco, Lygia Clark, Vilem Flusser, Ferreira Gullar, Rosalind Krauss, Clarisse Lispector, Arlindo Machado, Jaoa Cabral de Melo Neto, Christian Metz, Helio Oiticica, Mario Pedrosa, Joao Guimaraes Rosa, Nise da Silveira, Susan Sontag, Tunga et Gianni Vattimo, le préfacier Paulo Herkenhoff présente ainsi, sur le mode de la parataxe, la geste photographique du Brésilien des bas-fonds : « politiser l’insignifiant ; fulminer des beautés, attiser la férocité visuelle, s’intéresser à ce qui n’est pas à toi, décensurer le désir de voir, raconter le non racontable, ne pas croire aux objectivités… »

L’esthétique est tout à la fois cumulative (le chaos, le peuple, la masse des images arrachées au néant) et soustractive (resserrer sur l’essentiel, envoyer valser les protections discursives).

Artaud est ici un maître, de même que Bacon, de même que les prêtres du vaudou.

L’être humain est sous son regard une marionnette déchue, en gloire, extatique et débile.

Dieu gît peut-être dans les détails, comme le Diable.

Malcididade, c’est Virgile enfermé dans l’enfer de Dante, parcourant tous les cercles des damnés, en ramenant des squelettes tordus, des saints acéphales, des voitures à tête de mort.

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©Miguel Rio Branco

Chez Rio Branco, le sol est une nourrice, on y couche, on y baise, on y meurt.

Départ sans arrêt pour la corniche des gueules cassées, des cochons grillés, et des chiens faméliques.

Malcididade est un cimetière de plusieurs centaines d’images célébrant la beauté du vivant, sans reste.

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Miguel Rio Branco, Maldicidade, texte de Paulo Herkenhoff, traduction en français Jacques Bosser, Taschen, 2019

Editions Taschen

Site de Miguel Rio Branco

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©Miguel Rio Branco

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