Mioveni, au rythme de l’usine Dacia, par Anne Leroy photographe, et Julia Beurq, journaliste

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© Anne Leroy

Mioveni, en Roumanie, n’est pas une destination de vacances.

C’est une ville où l’on travaille dur, une ville où l’on a conscience que l’ouvrage aurait pu soudain manquer si Renault n’avait pas racheté il y a quinze ans Dacia, fondée en 1980.

Située entre Bucarest et les Carpates, Mioveni, 31 998 habitants, vit donc au rythme de l’usine employant 14 000 salariés (à la grande époque, elle en compta jusque 27 000).

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© Anne Leroy

La photographe Anne Leroy et la journaliste multimédia Julia Beurq en ont ramené un reportage très sobre et de grande beauté dans sa mélancolie même.

La première image est un plan général de la cité ouvrière (au loin, les Carpates), avant que l’appareil de vision ne se rapproche des bâtiments, des intérieurs, des visages.

Aucune frénésie dans les cadrages, mais le temps nécessaire pris pour être vraiment là, pour regarder, échanger, transmettre.

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© Anne Leroy

Dignité de chacun tenant dans sa vie parmi les objets qu’il produit, qui le façonnent, ou qui lui restent purement extérieurs.

Qu’il soit photographié au travail ou lors d’une pose négociée, nombre d’êtres semblent ici enfermés dans leur intériorité.

A quoi bon se plaindre ? A quoi bon rêver ailleurs, plus loin, plus beau ? Il faut se contenter d’un quotidien répétitif, sans luxe, mais malgré tout tenable quand le salaire est régulier.

« Geanina, écrit Julia Beurq, n’a connu que la vie dans les blocs, et son mari, que l’usine. Elle aurait bien aimé être ouvrière comme lui. A la boulangerie, elle gagne 200 euros par mois, à peine plus que le salaire minimum. Bien qu’elle ne travaille pas chez Dacia, son emploi du temps est lui aussi façonné par les trois-huit qui régissent le quotidien de la ville. »

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© Anne Leroy

Il est l’heure de pointer, de prendre son poste sur la chaîne de travail, de construire les voitures bon marché qui gagneront l’Europe entière, et même au-delà.

La sophistication de l’usine contraste avec les anciens bâtiments d’une société sauvée in extremis du désastre, quand d’autres cités ouvrières fondées sur la mono-industrie ont sombré depuis longtemps.

Passe un berger à l’époque de la transhumance, faisant se télescoper les temps, les tempos, les chrono-diversités.

Rendez-vous maintenant au dancing. Costume à paillettes, boules à facettes, guitare posée sur un canapé en Skaï.

« Avec ses grandes lettres blanches qui se dressent sur la colline à l’entrée de la ville, Mioveni se prend parfois pour une cité américaine de renom. »

Bienvenue à Hollywood-Dacia, le film que vous nous n’auriez jamais pensé aimer.

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© Anne Leroy

On est ici orthodoxes, et l’on croit aux miracles, comme l’on croit au moteur à essence.

Les communistes sont partis.

Un matérialiste chasse l’autre dans la rationalité économique dominante du moment.

Le reportage se termine avec des jeunes, leurs téléphones portables, leurs espoirs, leurs envies de s’amuser. Ils sont beaux, ils fument, ils sont pour quelques mois, quelques années encore, les maîtres du monde désirable.

Un ancien rit tendrement, qui connaît la musique.

« Après une longue semaine de travail à l’usine, on profite de son jour de repos et de la fête. La place principale de Mioveni s’est emplie de monde. Des couples de tous âges – sachet de pop-corn ou de graines de tournesol à la main – sont assis autour de l’esplanade pour assister aux festivités. Ils surveillent d’un œil distrait les allées et venues de leurs enfants ou petits-enfants qui courent, nombreux, des ballons bleus à la main. Devant la Maison de la Culture des syndicats, des adolescents se photographient à côté d’une Logan qui trône devant la scène installée pour l’occasion. En ce 12 juillet 2014, tout Mioveni est venu célébrer, avec deux jours d’avance, la fête nationale française. Un événement populaire aux yeux des Roumains et qui est entièrement subventionné par « les Français ». »

Dacia is french.

Dacia or what ?

There is no alternative, Sir.

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Anne Leroy & Julia Beurq, Mioveni, texte en français et roumain, Editions Loco, 2019, 96 pages

Editions Loco

Anne Leroy

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Se procurer Mioveni

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