Québec et pays basque, un champ d’énergies premières, par Christophe Goussard, photographe

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L’adieu au fleuve © Christophe Goussard / Agence VU’

Christophe Goussard est un photographe dont l’imaginaire est guidé par la géographie et l’essence des fleuves, la Gironde, le Saint-Laurent, l’Adour.

Son dernier livre chez Filigranes Editions, coécrit avec le photographe québécois Charles-Frédérick Ouellet, Entre fleuve et rivière, en témoigne une nouvelle fois.

Christophe Goussard s’intéresse aux traces, à la mémoire que recèle un paysage, à ses voix particulières, à ses silences.

Ayant grandi à Blaye, dans l’estuaire de la Gironde, le photographe décrit ainsi sa terre natale (lire l’entretien qui suit), composant une sorte d’autoportrait fuvial : « C’est mélancolique, c’est vaseux, souvent brumeux. C’est triste et grand. Ce sont des îles qu’on aperçoit, c’est l’envie d’ailleurs, c’est l’ennui, ce temps disponible à la rêverie. C’est là que je suis devenu photographe sans boitier, enfant. »

Privilégiant les projets collaboratifs, Christophe Goussard tente de concilier en ses séries besoin de solitude et beauté de la rencontre.

Le paysage est envisagé dans ses recherches comme un champ de forces premières, une énergie, une présence pleine et fuyante.

Nous avons longuement discuté sur son travail, ses travaux passés ou en cours, sa nécessité artistique.

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L’adieu au fleuve © Christophe Goussard / Agence VU’

Votre projet Entre fleuve et rivière, mené entre le pays basque et le Québec avec le photographe Charles-Frédérick Ouellet, a bénéficié d’une résidence croisée entre deux régions situées aux confins de leur propre pays. Comment s’est-elle constituée ? Par qui a-t-elle été soutenue ? Quels désirs y présidaient ?

Nous avons échangé pour la première fois lors d’une soirée chez Bogdan Konopka et Jacqueline, à la fin de Paris photo en 2015 où je venais signer mon livre sur le stand de Filigranes. Comme à chaque fête, il y avait beaucoup de passages, et j’étais avec Solange Brand. Charles était en train de travailler sur son livre Le Naufrage. L’envie de découvrir le territoire de l’autre a été quasi immédiate au travers de nos récits et de nos images. L’idée initiale était donc que Charles vienne sur l’estuaire de la Gironde, sur mon parcours de L’adieu au fleuve, entre Royan et Bordeaux. Nous n’avons pas échangé, ou très peu pendant un an, puis nous nous sommes revus, toujours chez Bogdan et Jacqueline, toujours à la fin de Paris-Photo, et avons posé les bases d’une résidence croisée entre le Pays Basque et le Québec. Je connaissais des Basques qui étaient allés au Labrador, à Red Bay (ancienne station baleinière basque du 17eme siècle) il y a vingt-cinq ans.

Dans un premier temps, ce sont d’abords leurs récits, plus que les lectures qui m’ont donné envie d’aller photographier ces terres et ce fleuve. Ce projet a été très vite soutenu par la ville de Bayonne, dès le premier rendez-vous, par la région Nouvelle-Aquitaine qui est jumelée avec la région Québec et le FRAC Nouvelle-Aquitaine, porteur de projet. De l’autre côté, par la Manif d’Art, la ville de Québec et les rencontres photographiques en Gaspésie. N’étant pas journaliste ni historien, j’ai donc la liberté de m’inspirer de la vraie histoire pour écrire la mienne. Il ne reste aucun trace de cette période (il y a bien eu des fouilles archéologiques, des objets trouvés sortis de terre mais rien de bâti), aucune descendance directe de lignée basque, ni transmission de la langue (très peu sont restés). Ne subsistent que la toponymie de certains lieux, dont L’île aux Basques, qui m’ont inspiré, des traces immatérielles, des preuves fictives ou réelles, des fantômes de pêcheurs basques.

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Entre fleuve et rivière © Christophe Goussard / Agence VU’

 

Comment avez-vous donc concrètement travaillé avec le Québécois Charles-Frédérick Ouellet ? Etiez-vous ensemble lors de la majorité de vos prises de vue, ou votre rencontre s’est-elle effectuée essentiellement lors du montage des images ? Qu’avez-vous vu dans ses images ?

Nous savions que nos prises de vues allaient tourner autour de ces lieux avec la présence basque très forte autour de la chasse à la baleine, mais aussi de la traite de fourrures. Elle est suffisamment présente à nos yeux pour mieux nous en détacher dans nos prises de vues. Nous le savons. En tant que Québécois, avec un travail mené depuis plusieurs années autour du patrimoine maritime et des lieux de naufrage, il le sait. Et au fil de mes différentes lectures, articles, il y a la mythologie basque (une autre rencontre avec Claude Labat, spécialiste et chercheur de la mythologie basque et pyrénéenne, a été importante dans ce chemin de création), les contes marins, Moby Dick… En découvrant le travail de Charles, j’ai su que j’allais aborder ce projet en couleur. Il a une vue radicale du paysage, un traitement du grain qui faisait écho après L’adieu au fleuve. Je l’ai poussé très loin, allant jusqu’à la gravure pour aborder des paysages fantômes. Je ne voulais pas faire redite, souhaitant sortir aussi de ma zone de confort dans un noir et blanc pratiqué depuis longtemps. Ma seule crainte était le ciel bleu alors que cette histoire est sauvage, violente. J’ai été servi dans les ciels chargés et bas, dans une quasi monochromie à certains moments, dans la pluie et la brume. J’aime choisir, chercher, tenter différentes écritures photographiques au fil des thèmes abordés. Souvent des lieux chargés d’histoires avec une attention sur les vivants, curieux de savoir ce qu’ils font (ou pas) des strates historiques sur lesquelles ils vivent, en quoi cela a façonné leurs vies, leurs choix, comment le paysage a changé (ou pas ), avec toujours l’idée des traces laissées, transformées, disparues.

Entre fleuve et riviere
Entre fleuve et rivière © Christophe Goussard / Agence VU’

Nous étions partis pour ne pas être ensemble lors des prises de vues, mais des moments en commun sont venus au fil du projet, pour des questions logistiques et financières, dont le voyage au Labrador assez coûteux, que nous avons partagé. Charles voulait y aller depuis longtemps, il en a profité pour faire des prises de vue pour compléter un autre travail en cours. Du coup, il y a eu un temps commun aussi au Pays Basque, et l’occasion de faire découvrir ou de découvrir ensemble certains endroits de l’un et de l’autre. L’occasion aussi d’échanger sur le sens et la finalité donnés à ce projet, parlant beaucoup d’associations d’images sans les voir : nous n’avons découvert les images de l’autre que très tard, quelques semaines avant le bouclage seulement. J’ai besoin d’un certain temps avant de regarder mes photos. Il me faut une sorte de macération, histoire de rester sur mes prises de vues, d’imaginer à quoi elles peuvent ressembler. D’où les surprises, les déceptions, les frustrations entre ce que j’ai pu imaginer d’elles et ce qu’elles sont vraiment. Avec aussi nos silences photographiques.

Nous avons eu de longs moments de silence lors des trajets en voiture en allant au Labrador, c’est un road trip avec certaines photos prises depuis la vitre de la voiture. Et puis nous allons au même endroit pour nous séparer presque immédiatement, chacun d’un côté, pendant plusieurs heures, chacun inspiré par des vents contraires, du végétal ou du minéral, en s’éloignant du bord du fleuve mais pas trop, selon les lumières, les longues marches avec un 180 ou 360e, revenir sans cesse sur le paysage laissé en marchant, regarder derrière, toujours, s’asseoir ou se coucher, comme un cueilleur, pour mieux observer. Il y a de longues attentes , mais aussi des images très furtives, prises d’instinct. C’est aussi contempler sans l’envie de photographier en se disant que c’est juste le moment de regarder, qu’on reviendra dans deux heures ou demain matin tôt, car ça sera alors le moment de la prise de vue, mais pas maintenant.

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L’adieu au fleuve © Christophe Goussard / Agence VU’

Comment est né votre intérêt pour les fleuves et les rives ? Qu’évoque en vous ce trait d’union liquide ?

Je suis né et j’ai grandi à Blaye, au bord de l’estuaire de la Gironde, décor du livre de Marguerite Duras, adapté à l’écran par Peter Brook Moderato Cantabile avec Jeanne Moreau et Belmondo, pas encore connu, juste avant A bout de souffle. C’est un port d’où on ne part jamais. Il fait partie de mes bouts du monde. On y rêve de départs lointains. C’est un estuaire longtemps imaginé avant de le découvrir plus tard, pour de vrai. C’est mélancolique, c’est vaseux, souvent brumeux. C’est triste et grand. Ce sont des iles qu’on aperçoit, c’est l’envie d’ailleurs, c’est l’ennui, ce temps disponible à la rêverie. C’est là que je suis devenu photographe sans boitier, enfant. Grâce ou à cause de ce temps-là. C’est là que j’ai fait mes premières images, vers dix-huit ans, pendant mon CAP photo, mes portraits de ma grand-mère Suzanne, photographiée jusqu’à sa mort en 2005, premier travail montré à Solange Brand du Monde Diplomatique, elle m’en a reparlé il y a peu. Je suis en train de les numériser pour enfin les rendre vivantes, les faire circuler, mais je ne sais pas comment encore. Comme les marées, c’est un trait qui rapproche et qui éloigne, qui, bien avant de partir, vous donne l’envie de revenir, déjà. Ce fut longtemps un voyage impossible.

J’aime cette citation publiée en préambule de L’adieu au fleuve, elle est mienne aujourd’hui seulement : « Parce que j’ai envie de peindre des paysages, parce que je suis persuadé que ce qui marque le plus une personne, ce ne sont pas tant ses expériences passées que les paysages dans lesquels elle a vécu.»

Maaloula
Syrie, Maaloula, 2007. © Christophe Goussard / Agence VU’

Vous aimez les projets dialogiques. En 2015 paraissait justement votre livre composé conjointement avec l’écrivain Christophe Dabitch, L’adieu au fleuve (Filigranes Editions), croisement peut-être de deux titres de romans d’Hemingway, L’Adieu aux armes et Au-delà du fleuve et sous les arbres. Ce livre fut précédé en 2005 chez Filigranes encore de Les autres, balade araméenne, où Christophe Dabitch tient aussi la plume. Qu’attendez-vous de telles collaborations ? Hemingway est-il un écrivain qui vous inspire ?

J’ai voulu être photographe pour rencontrer. Choisir des moments de dialogues au milieu de mes silences. A des moments précis. J’ai invité Christophe Dabitch à me rejoindre en Syrie après y avoir effectué un premier court séjour (j’accompagnais le groupe Noir Désir en tournée au Moyen-Orient après avoir fait les photos de l’album Des visages, des figures l’année d’avant à New-York). J’y suis revenu, plus longuement, invité en résidence l’année suivante, pour les rencontres photographiques de Damas, où j’ai passé trois semaines dans le village de Maaloula, cohabitation entre chrétiens et musulmans parlant l’araméen, vivant alors en paix malgré la guerre en Irak et les tensions partout dans la région. J’y ai vu l’occasion d’entamer un dialogue avec les mots de Christophe, cette écriture descriptive, avec des va-et-vient entre le présent et le passé, cette manière qu’il a de raconter les lieux, en documentaire ou en fiction.

Pour L’adieu au fleuve, c’est un « Adiou » (un bonjour ou un au revoir en patois) qui marque un retour sur nos terres familiales. J’aime les récits autobiographiques d’Hemingway (La vérité à la lumière de l’Aube, Les vertes collines d’Afrique) et quelques nouvelles, notamment Dix indiens lu en même temps que mon premier chagrin d’amour!

LES AUTRES, fiction, Christophe Goussard_VU
Les Autres © Christophe Goussard / Agence VU’

Quels étaient vos livres de chevet lors de vos marches au Labrador et en Gaspésie ? Aviez-vous emporté Arcane 17 d’André Breton ? Des ouvrages de réflexion géopoétique de Kenneth White ? Danube, du Triestin Claudio Magris ? La descente de l’Escaut du regretté Franck Venaille ?

J’ai lu Danube du Triestin Claudio Magris après L’adieu au fleuve et découvert La descente de l’Escaut de Franck Venaille, cadeau d’un ami, juste avant sa mort l’an dernier. La lecture est venue tard, je croyais n’avoir pas le temps, il y avait urgence à photographier, peur de ne pas comprendre alors qu’il faut se laisser sentir, se laisser prendre, peur des mots aussi . Tout ça est récent, et date d’une dizaine d’années. Mes premières lectures, au bord de l’estuaire, étaient des récits de voyages, d’Alexandra David-Neel, de Marco Polo. Ils m’ont donné la force et l’envie de croire aux mondes. L’envie de découvrir la Mongolie, les descendants de Gengis Khan. Je lis avant, après… mais très peu pendant mes voyages. J‘aime me retrouver seul avec mes notes et mes images. Celles prises dans la journée, celles que j’imagine ou rêve de prendre le lendemain. Celles que je n’ai pas pu prendre et qui me restent, définitivement.

J’aime me rendre disponible à chaque instant aux lumières qui changent, aux gens, aux gestes, jusqu’à l’épuisement. Partir se vit pleinement. Loin, très loin, de l’image que renvoie celle du voyageur (vacances, tourisme, chance, détente, etc.). Je ne veux pas d’autres histoires que celle que je vis là. Une concentration constante, qui laisse place à une contemplation, un relâchement, avant de mieux m’y replonger. Je cherche, je photographie ce que je cherche, sans filtre.

Entre fleuve et riviere
Entre fleuve et rivière © Christophe Goussard / Agence VU’

Votre recherche esthétique tend à la disparition de la figure humaine dans un paysage envisagé comme monde premier. Est-ce une manière de rejoindre les forces originelles et l’abstraction à l’époque de l’anthropocène ? Il n’y aucun animal dans vos photographies.

La figure humaine a été quasi présente sur toutes mes photographies pendant vingt-cinq ans. Je pouvais attendre des heures pour faire rentrer une silhouette, un passant, une main dans mon cadre. Beaucoup de portraits. Mais que ce soit des scènes de rues ou des portraits posés, cela demande une empathie, une écoute de l’autre, une attention de chaque instant. J’ai eu envie de m’en détacher pour faire figurer, autrement, une présence humaine dans mes images. C’est aussi se retrouver soi, en face du paysage, être au monde, dans une marche solitaire, dans une quête. Oui, c’est une manière de rejoindre les forces originelles et l’abstraction, dans le domaine du sensible.

LES AUTRES, Christophe Goussard_VU
Les Autres © Christophe Goussard / Agence VU’

Qu’est-ce que L’île aux Basques au Québec, que vous évoquiez plus tôt ?

Elle s’appelait Île de la guerre avant d’être rebaptisée L’Île aux Basques. Avant l’arrivée des premiers bateaux basques, elle était occupée par les Amérindiens. Ils chassaient, cueillaient et pêchaient. Les Basques l’occupaient en saison estivale, y ont installé des fours a baleines pour faire fondre la graisse et ainsi ramener l’huile, revendue en Europe. Il y eut beaucoup de troc, d’échanges entre eux, d’où la naissance d’une langue « Le basco-algonquin » pour communiquer dans l’échange, chacun étant persuadé qu’il faisait une bonne affaire (les peaux venant des Innus et des Micmacs et les métaux des Basques). Il en subsiste aujourd’hui des traces dans la langues basque et les langues amérindiennes.

Votre livre est accompagné de très beaux textes de la poétesse basque Itxaro Borda. Que peut le basque que n’autorise pas le français ? Qu’entendez-vous de la géographie dans cette langue ancienne et mystérieuse ?

L’institut culturel basque nous a présenté Itxaro Borda, poétesse basque. On lui a envoyé régulièrement quelques images, elle nous a proposé d’écrire dessus. J’aime la sonorité de cette langue. Elle est descriptive et chargée d’émotion, encore plus quand elle est lue. Itxaro a beaucoup échangé avec Charles-Frédérick sur le basco-algonquin : c’était donc un pidgin parlé par les baleiniers basques et les tribus micmacs, Inuits, Innus. Langue primaire, vocabulaire restreint, servant essentiellement pour les échanges, la traites des fourrures.

LES AUTRES, la croix, Christophe Goussard_VU
Les Autres © Christophe Goussard / Agence VU’

Photographiez-vous à la chambre ? Quel est votre processus de travail ?

Comme je l’évoquais avant, j’essaie des formes d’écritures photographiques différentes au fil de mes projets. D’où le noir et blanc dans la première partie de mon travail qui était documentaire, et dans Les autres, balade araméenne. J’utilise la couleur pour la fiction, qui est pour moi une manière de revisiter les lieux, les gens photographiés de façon imaginaire. Cela passe par différents formats (135, 120, 6X7), par le film, mais aussi par le numérique. Je viens de racheter une chambre 4×5 pour finir sur mon troisième et dernier fleuve, L’Adour.

Depuis L’adieu au fleuve, je n’ai pas développé de films ni tiré mes photographies. J’ai enchaîné trop de choses et de projets ces cinq derniers années. Je n’ai pas su dire non pour certains, besoin d’argent pour d’autres. Je tente un retour à la lenteur dans un monde qui va vite.

LES AUTRES, portrait, Christophe Goussard_VU
Les Autres © Christophe Goussard / Agence VU’

Comment abordez-vous plus précisément les couleurs ?

La couleur vient en aplat, j’ai besoin de lumières changeantes, de ciels bas et noirs, je fuis le ciel bleu, la lumière laiteuse de l’été. Dans ce cas-là, si je n’ai pas le choix, je vais vers le contre-jour, la sous-exposition ou bien avant et après le soleil, voire la nuit.

Que devez-vous à Solange Brand, que vous avez déjà citée deux fois, pour Entre fleuve et rivière ?

Je dois à Solange une écoute. Une des premières, avec celle de Christian Caujolle. Un retour vrai sur des images mal choisies (je montais à Paris avec mes boites photos, peu de confiance, un flot de paroles en les montrant, comme une redondance avec les photographies). Le calme et le regard de Solange m’ont apaisé, sa disponibilité me touchait et me touche encore (les rendez-vous pouvaient durer une heure ! incroyable au milieu des gens pressés qui accordaient quinze minutes au mieux). En ce moment, beaucoup de projets me ramènent à mes archives, elle m’encourage à me plonger encore plus dedans. J’ai eu une discussion avec Françoise Denoyelle, encore avec Solange, un matin à Arles pendant un petit-déjeuner, il y a quelques années. Pour elle, l’essentiel, le cœur même, dans l’écriture photographique, se joue dans les 10/15 premières années. Cela coïncidait avec le début de ma numérisation de mes archives, qui continue encore par manque de temps. Tous mes premiers travaux prennent sens aujourd’hui, en parallèle de nouvelles images réalisées sur les mêmes lieux, comme un écho.

Mongolie, ceremonie sur montagne sacrée, 1994 photo Ch Goussard (11 sur 19)
Mongolie, cérémonie sur une montagne sacrée © Christophe Goussard / Agence VU’

Sur quels projets travaillez-vous actuellement ?

Ce métier est fait de rencontres. Je suis allé en Mongolie en 1994, pendant cinq mois, depuis Pékin, à bord du Transmongolien. Je travaillais sur la sédentarisation des Gitans ici. Il y a eu une sédentarisation forcée de la population nomade mongole. Les Russes venaient de partir, présents depuis soixante-dix ans. Beaucoup de Mongols repartaient dans la steppe. J’ai rencontré, lors d’un déjeuner à St Emilion, l’Ambassadeur mongol en France, lui ai parlé de ces photographies, et les lui ai montrées une semaine après : j’ai photographié le pays , la capitale Oulan-Bator, où il a grandi, ça l’a touché. Je suis donc invité le 9 juillet à exposer quelques-unes de ces photographies à Oulan-Bator et projette d’y retourner plusieurs fois sur deux ans sur certains lieux déjà photographiés, avec l’envie de revenir au portrait/paysages, peut-être en diptyque. Ce voyage cet été va aussi me donner l’occasion de repérages pour préparer ces incursions dans la steppe.

Je pense y aller également en hiver, très excité à l’idée de me confronter à l’immensité blanche de la steppe , très minimaliste, et de retrouver une autre lumière monochrome.

Il y aussi un besoin de revenir irrégulièrement sur l’estuaire, depuis le livre, sur des moments courts, assez furtifs, comme un réflexe. J’assume cette mélancolie, j’aime revenir sur ces lieux.

Mongolie, lac Khovsgol, 1994 photo Ch Goussard (2 sur 13)
Mongolie, Lac Khovsgol, 1994 © Christophe Goussard / Agence VU’

Enfin, autre fleuve pour finir ma trilogie après l’estuaire de la Gironde et le St Laurent, l’Adour. Lors de mes rencontres pour préparer mon voyage au Québec, on m’a raconté beaucoup de récits sur les épaves qui jonchent ce fleuve qui prend ses sources dans les Pyrénées. Et le dernier charpentier maritime qui y travaille encore, et les derniers pêcheurs, et…

Propos recueillis par Fabien Ribery

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Christophe Goussard & Charles-Frédérick Ouellet, Entre fleuve et rivière, Ibai Eta Erreka Artean, poèmes de Itxaro Borda, Filigranes Editions, 2019, 94 pages / ce livre est présenté lors des rencontres internationales de Gaspésie en juin 2019 – direction artistique de Claude Bélanger et Claude Goulet

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Christophe Goussard & Christophe Dabitch, L’adieu au fleuve, Filigranes Editions, 2015

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Christophe Goussard & Christophe Dabitch, Les autres, balade araméenne, Filigranes Editions, 2009

Site de Christophe Goussard

Filigranes Editions

Christophe Goussard est représenté par l’agence VU’

Mongolie, Oulan Bator, 1994 photo Ch Goussard (3 sur 17)
Mongolie, Oulan-Bator, 1994 © Christophe Goussard / Agence VU’

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