Hommage au corbeau inconnu, par Guillaume Simoneau, photographe

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© Guillaume Simoneau

Lorsqu’il était enfant, en 1982, les parents de Guillaume Simoneau adoptèrent des bébés corbeaux tombés de leur nid, oiseaux que sa mère prenait régulièrement en photo comme des membres de la famille.

En 2016 et 2017, au printemps, à Kanazawa, au Japon, Guillaume Simoneau décida lui aussi de photographier des corbeaux, se souvenant en outre du travail magistral de Masahisa Fukase, Karasu – publié en 1986 et réimprimé récemment sous le titre Ravens par les éditions Mack à Londres.

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© Guillaume Simoneau

Son livre, Murder, est donc un dialogue à de multiples entrées, abordant avec beaucoup de grâce, d’humour et d’inquiétude la figure du volatile noir présent aussi bien chez Edgar Alan Poe (l’isolement du poète amené au suicide), chez Alfred Hitchcock (retour agressif du refoulé sexuel), que chez Pier Paolo Pasolini (clochard céleste et narquois de Uccellaci e Uccellini).

Ses images, qui font quelquefois directement référence au livre de son illustre devancier, n’éludent ni la violence s’attachant à la présence de cet animal turbulent, ni sa drôle de gaucherie, ni l’énigme de son œil.

Le noir & blanc évoque le passé (mémoire familiale) en réinventant l’aujourd’hui (confusion des temps), quand la couleur est d’énergie transformatrice, de catharsis peut-être, de pur instant.

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© Guillaume Simoneau

Tout commence par un anneau de fer flottant dans une structure en fer, installation circassienne propice au jeu, à l’éternel retour du même, au passage du feu, des plumes, des anges.

Mort (des oisillons écrasés sur le sol, atroce enluminure) et ouverture duchampienne (tableau Etant donnés 1) la chute d’eau 2) le gaz d’éclairage), béance du ciel comme un ventre de femme.

La vie remue, vent dans les arbres, attente de l’araignée, géométrie dans l’espace.

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© Guillaume Simoneau
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© Guillaume Simoneau

C’est la loi mystérieuse des rapports, des renvois de sons, et du secret de la perception animale.

Un oiseau est sauvé par un enfant, peut-être avec lui toute une espèce, et même l’entièreté de la création.

Sa danse est mystérieuse, abstraite, et pourtant très concrète.

Dans un bar de Kanazawa, une Vénus se dénude, un peu sorcière.

Yeux corbeaux qui la dévorent, qui la picorent, qui la blasonnent.

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Mélancolie et dureté des humains mettant le monde à l’envers.

Tendresse de l’enfance ne devant rien aux humains suffrages.

La photographie de Guillaume Simonneau n’est pas déclarative, mais allusive, comme le bruit de draps d’un frôlement d’ailes déployées dans la nuit lorsque l’enfant dort.

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© Guillaume Simoneau

Un meurtre a eu lieu, et la Terre demande vengeance.

Rages d’écumes et patience des marées.

Être un innocent dans un monde coupable.

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© Guillaume Simoneau

Être un corbeau dans un monde innocent.

Être un livre prenant son envol, planant au-dessus des nuages du temps, se posant çà et là, observant la comédie humaine, les vapeurs de présence, le dos et la nuque d’un vieil homme sage, le sourire d’un enfant devenu héros de la gent ailée.

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Guillaume Simoneau, Murder, texte de Shino Kuraishi, Mack (London), 2019, 96 pages

Guillaume Simoneau

MACK – Books

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Se procurer Murder

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