Aux ciels du Greco, par Charlotte Chastel-Rousseau, conservatrice au musée du Louvre

toledo1

Il fut d’abord un peintre d’icônes réputé en Crète.

Il découvrit à Venise des maîtres de peinture (Titien, Véronèse, Le Tintoret, Bassano) qu’il regarda profondément, complétant sa formation à Rome (Michel-Ange, Raphaël, Pontormo), avant de s’installer à Madrid (le succès escompté auprès de Philippe II n’arrive pas), puis à Tolède (1577-1614), ville érudite surchargée d’édifices religieux, où il déploie ses roses, ses bleus et ses verts électriques.

Le voici admiré, multipliant les commandes pour les monastères dans le contexte de la Contre-Réforme, les portraits de ses amis, et les tableaux de dévotion privée.

Conscient de la valeur de ses œuvres, il intente de nombreux procès à de mauvais payeurs.

« De Candie à Tolède, écrit Charlotte Chastel-Rousseau, conservatrice de la peinture espagnole et portugaise au département des Peintures du musée du Louvre, qui lui consacre chez Gallimard un volume de la collection Découvertes, la peinture de Theotokopoulos a connu une évolution spectaculaire, illustrant une fois encore la capacité des grands artistes à pousser toujours plus loin leurs recherches. L’ultime manière de Greco, avec ses figures longilignes et tournoyantes, cernées de noir, sa palette froide, dominée par le bleu et le gris éclairés par des coups de lumière surnaturelle, sa touche de plus en plus synthétique, a forgé la légende d’un peintre halluciné, souffrant de déficit visuel ou de la folie. »

image

La légende d’un extravagant (lire Théophile Gautier et Paul Claudel), volontiers mystique (Maurice Barrès, Elie Faure), qui fut plutôt un homme certain de ses talents, habité par la volonté de faire reconnaître ses dons, un érudit connaissant ses classiques (Vitruve) et la substance des meilleurs livres de la Renaissance.

Ce maître des drapés (voir L’Assomption de la Vierge) eut l’ambition de diffuser en Europe ses compositions par l’intermédiaire de nombreuses estampes, travaillant sans cesse à la reprise de ses thèmes (Marie-Madeleine pénitente, le Christ souffrant), de ses personnages et de ses inventions (L’Agonie au jardin des Oliviers) selon le principe d’une logique sérielle très moderne.

ouverture-cinquieme-sceau-apocalypse-el-greco

On comprend qu’une toile telle que L’ouverture du cinquième sceau ait ainsi pu inspirer Picasso pour Les Demoiselles d’Avignon.

La radicalité du Greco fut de ne pas en rabattre sur sa singularité, mais de prolonger jusqu’au terme de sa vie des visions marquées par la venue glorieuse de la Parousie, Tolède étant le lieu même de la réapparition du Christ.

Les-demoiselles-

« No salgas, que te aguarda algún tirano ;
Ne laisse pas, garde-toi des tyrans ;

dilata tu nacer para tu vida,
retarder ta naissance pour que tu vives,

que anticipas tu ser para tu muerte.
car à trop l’anticiper, tu te prépares à ta mort. », écrit son contemporain, l’écrivain du Siècle d’or espagnol, Luis de Gongora y Argote, dans son sonnet A una rosa.

006903455

Charlotte Chastel-Rousseau, Greco, Découvertes Gallimard / Rmn – Grand Palais, 2019, 64 pages

Découvertes Gallimard

Exposition Greco au Grand Palais (Paris), du 16 octobre 2019 au 10 février 2020 – puis dans une deuxième version à Chicago

Grand Palais

main

Se procurer Greco

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s