New York, lost and furious, par Bruce Gilden, photographe

USA. NYC. 1979.
© Bruce Gilden / Editions Xavier Barral

« Si la photographie n’est pas assez bonne, c’est que vous n’êtes pas assez près. » (Robert Capa)

L’heure est à la réhabilitation des travaux de jeunesse.

Après Martin Parr (livre Early Works chez Maison CF), Bruce Gilden ouvre ses archives et redécouvre New York, sa ville natale, telle que la rue la révélait entre 1978 et 1984.

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© Bruce Gilden / Editions Xavier Barral

Travaillant alors sans flash, cherchant sa place tel un électron libre dans le flux des passants, Bruce Gilden photographie des habitants inquiets, tendus, angoissés.

Le cadre est parfois saturé de personnages errants, témoignant par la torsion de leur visage de la charge électrique d’une ville sans repos.

Tout est mouvement, tout est trépidation, tout est agitation folle.

USA. NYC. 1979.
© Bruce Gilden / Editions Xavier Barral

Gilden aime le corps-à-corps, l’inconvenance des situations, et les forts en tronche.

New York bascule, New York est crasseuse, New York est violente.

New York a une sale gueule, New York s’effondre sur le trottoir, New York se drogue.

Ses personnages n’ont rien de commode, ils ont le regard des bêtes aux abois ou sont plongés en eux-mêmes, perdus dans un océan de solitude.

USA. NYC. 1982.
© Bruce Gilden / Editions Xavier Barral

Le sans-abri ne se distingue pas toujours du business man, l’un pourrait être l’autre, l’un est l’autre.

Le diable campe dans la rue, il crée les drames et les bagarres, les jalousies et les dépressions.

Les photographies de Gilden ont la peau sèche et le visage contracté, mais elles ont le cœur qui bat, qui se bat.

New York est un théâtre permanent, une vaste scène épuisant ses acteurs, une pièce sans queue ni tête.

New York appelle à l’aide, dans l’indifférence générale puisque c’est le centre du monde.

Des gangsters, des prostituées, des individus louches ou rigolards, telle est la grande cité américaine à la fin des années 1970.

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© Bruce Gilden / Editions Xavier Barral

L’Amérique dévore ses enfants, voilà peut-être sa véritable identité – tête de Saturne, cerveau reptilien et jazz savant.

Bruce Gilden percute le corps de ses contemporains, se laisse bousculer, titube, se rattache à un bras, une bouche, un œil, c’est un maître du pont flottant, un Japonais en blouson de cuir, drôle de gus slalomant en images dans le chaos de la rue.

« New York était haut en couleur, confie-t-il, je l’ai intégré physiquement. Maintenant, la ville est terne. J’ai toujours pensé que j’aurais fait un excellent travail dans les années 1920 et 1930, quand la plupart des hommes portaient un chapeau et fumaient beaucoup.»

Bruce Gilden est dans la rue, parce que c’est l’espace de l’inattendu, de la surprise et du grand barnum de la démocratie directe impossible.

Nombre des personnages de ses photographies, obèses ou pincés, vieillards ou demoiselles, semblent en attente d’un événement majeur, peut-être qu’on les aime pour ce qu’ils sont vraiment, des monstres attachants, des surmenés du vide, des clochards célestes.

USA. NYC. 1980s (date unknown).
© Bruce Gilden / Editions Xavier Barral

Bric-à-brac cosmopolite, New York est frénétique, affairée, abandonnée.

New York attend la parousie.

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Bruce Gilden, Lost and Found, préface de Sophie Darmaillacq, texte de Bruce Gilden, édition Jordan Alves, graphisme Oona Matta, Editions Xavier Barral, 2019, 176 pages – 80 photographies noir & blanc

Editions Xavier Barral

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